‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 7 sur 267 · XX NOTICE SUR BURNS · texte numérisé non relu

XX NOTICE SUR BURNS

fut l'amitié que je formai avec un jeune garçon, noble caractère, mais le fils chéri du malheur. Son père était un simple artisan; mais un homme considérable du voisinage, lavant pris en amitié, lui donna une éducation libérale, dans Tidée d'améliorer sa situation dans la vie. Malheureusement son patron mourut tout juste lorsqu'il était en état de le lancer dans le monde, et le pauvre diable, au désespoir, prit le parti de s'embarquer. Après plusieurs vicissitudes de fortune, un peu avant notre liaison, il avait été abandonné, sur la côte sauvage de Connaught, par \m armateur américain qui l'avait entièrement dépouillé...

» Indépendance, magnanimité, il était doué de toutes les vertus d'un homme. Je l'aimais et l'admirais jusqu'à l'enthousiasme, et par conséquent je m'efforçais de limiter. J'y réussis jusqu'à un certain point. Auparavant j'avais de l'orgueil, mais il le dirigea dans une voie convenable. Sa connaissance du monde était de beaucoup supérieure à la mienne, et j'étais tout attention pour m'instruire. C'est le seul homme que j'aie trouvé plus fou que moi lorsqu'une femme était son étoile; mais il parlait d'amour illicite avec la légèreté d'un marin , ce que jusque-là j'avais regardé avec horreur. Ici l'amitié me rendit un mauvais service; et la conséquence fut que , peu de temps après que je repris la charrue, j'écrivis la Bienvenue du poète *. Dans cette ville, ma lecture ne s'accrut que de deux volumes dépareillés de Paméla, et d'un de Ferdinand comte Fathom, qui me donna une idée des romans. Sauf quelques pièces religieuses qui ont été imprimées, j'avais abandonné la poésie ; mais, ayant rencontré les poèmes écossais de Fergusson , je fis de nouveau résonner les cordes sauvages de ma lyre avec la vigueur de lémulation. Quand mon père mourut, tout son bien fut hi proie des chiens

1. Intitulée depuis : Bienvenue de Rob le Rimeur à son enfant bâtard.

NOTICE SUR BURNS. \xi

d'enfor qui hurlent (lan> le chenil de la justice. Nous ramassâmes à grand'peine dans la famille quelque peu d'argent, avec lequel, mon frère et moi, nous prîmes une ferme du voisinage. Mon frère n'avait ni mon imaginalion écervelée , ni ma monomanie sociable et amoureuse ; mais , en bon sens et en sagesse , il m'était de beaucoup supérieur.

' » J'entrai dans cette ferme avec de belles résolutions. Allons, je serai raisonnable. Je lus les livres à l'usage des fermiers; je calculai nos récoltes; je suivis les marchés; enfin , « en dépit du diable , du monde et de la » chair, » je crus que je deviendrais un homme sage ; mais, la première année, pour avoir acheté de mauvaises semences , la seconde , par une moisson tardive , nous perdîmes la moitié de nos récoltes. Cela renversa ma sagesse , et je retournai « comme le chien à ce qu'il .) avait rendu, et comme la truie qu'on avait lavée et » qui se vautra dans la mare. »

» Je commençais à être connu dans le voisinage pour un rimeur. Celle de mes élucubrations poétiques qui vit le jour la première fut une lamentation burlesque sur une querelle de deux révérends calvinistes , tous deux personnages de ma Foire sainte. Je me doutais que la pièce avait quelque mérite : mais, pour éviter malheur, j'en donnai une copie à un ami très^urieux de ces sortes de choses, et je lui dis que je ne pouvais deviner quel en était l'auteur, mais qu'elle ne me semblait pas manquer de talent. Une certaine description des clercs aussi bien que des laïques obtint un tonnerre d'applaudissements. La Prière du saint AVillie fit ensuite son apparition et alarma la fabrique au point qu'il y eut plusieurs séances pour examiner si, dans son artillerie spirituelle, on ne trouverait rien à pointer contre les profanes rimeurs. Malheureusement pour moi, mes erreurs m'amenèrent, d'autre part, juste dans la direction de leur plus lourde décharge. Cest cette déplorable histoire qui

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