‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 74 sur 267 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Au moment où los églantiers ot les chèvrefeuilles poussant des bour- Et les perdrix jetant de grands cris le soir, [geons verts, ]

Et les lièvres t[u'on voit courir le matin,

Inspirent ma muse , Excusez, je vous prie, cette liberté

Dans un ami inconnu.

Le mardi gras nous eûmes une soirée

Pour faire la causette et pour tisser nos bas ;

Et il y eut force gaieté et plaisanterie,

Vous n'en pouvez douter; A la fin nous eûmes une joyeuse partie

De chants à la ronde.

Il y avait une chanson, entre autres, Elle me plaisait plus que tout le reste , Que quelque bon mari avait adiessée

A sa chère femme :

Elle faisait vibrer dans le sein toutes les fibres du cœur

Jusqu'au fin fond.

Je n'ai jamais^guère entendu si bien décrire Ce que sentent les âmes mAles et généreuses ; Je pensai : « Serait-ce l'ouvrage de Pope,

De Steele ou de Beattie ? »

On me dit que c'était d'un brave et singulier garçon,

Auprès de Muirkirk.

Cela me donna grande envie d'en savoir plus :

Je pris donc là des informations sur lui ,

Et tous ceux qui le connaissaient déclarèrent à la ronde

Qu'il avait un génie Que nul ne surpassait, dont peu approchaient.

Tant il était beau ;

Que, mettez-le devant une pinte d'alc,

A un récit grave ou joyeux ,

Ou à des vers et des chansons qu'il a f.iits Uii-méme,

Ou à de spirituels refrains:

Entre Inverness et Tiviotdale,

Il avait peu de rivaux.

Alors jo rno levai, ot fis lo serment

Que, (niand je devrais mettre en jj;a<2e ma charrue et mes outils,

Ou moiu'ir de la mort d'un [jetit cheval de charrette.

Derrière quelque mur, Je donnerais pinte et roquille

Pour vous entendre causer.

Mais d'abord, et avant tout, je devrais dire Que presque aussitôt que je pus lire, Je me mis à rimailler des vers ,

Rudes, il est vrai , et grossiers ; Mais, quand on fredonne pour soi seul ,

C'est assez bien.

Je ne suis pas poète, en un sens,

Mais sim])lement une sorte de rimeur, par hasard,

Et je n'ai aucune prétention au savoir ;

Mais qu'importe ?

Toutes les fois que ma muse jette un coup d'œil sur moi ,

Je résonne aussitôt.

Vos critiques peuvent friser leur narine.

Et dire : « Comment pouvez-vous vous proposer,

Vous qui savez à peine distin.i^uer les vers de la prose,

De faiie une chanson ? »

Mais, avec votre permission, mes savants ennemis,

Tous pouvez bien avoir tort.

Qu'est-ce cpie tout le jargon de vos écoles. Vos noms latins pour cuillers et escabeaux? Si l'honnête Nature vous a faits sots ,

A c(uoi servent vos grammaires ?

Vous auriez mieux fait de prendre des pioches et des pelles,

Ou des marteaux à casser les pierres.

Un tas de nigauds lourds et suffisants

S'embrouillent la cervelle dans les classes des collèges !

Ils y entrent bœufs et en sortent ânes,

A parler franchement ; Et puis ils songent à gravir le Parnasse

Par la vertu du grec.

Donnez-moi une étincelle du feu de la Natiu'C 1

C'est toute l'érudition que je désire;

Alors, (iuoi(|ue je m'éreinte par la boue oi la crolle

A la charrue ou à la charrette.

Ma muse, bien (jne grossière dans son accoutrciiMMit ,

Peut toucher le cii'ur.

POÉSIKS m- Rl'RXS, 113

Oh ! \mo liionr dt- la liaioté d'Allan. Ou de Fcr^nsson, si hardi et si fin, Ou du brillant Lapraik, mon ami futur,

Si je puis l'obtenir 1 Ce serait assez de science pour moi

Si j'y pouvais parvenir 1

Maintenant , monsieur, si vous avez assez d'amis (Quoique les vrais amis, je crois, soient rares , Néanmoins, si votre catalogue est plein.

Je n'insisterai pas) ; Mais si vous avez besoin d'un ami sincère —

Je suis sur votre liste.

Je ne veux pas me vanter;

J'aime aussi peu à dire mes défauts :

Mais mes amis et les personnes qui me veulent du bien

Me louent quelquefois ; Quoique je doive avouer que beaucoup d'autres

Ne disent pas moins de mal de moi.

Il est un petit défaut qu'ils m'imputent parfois, J'aime les filles — Dieu me pardonne 1 Car elles me soutirent bien des sous

A la danse ou à la foire ; Peut-être me donnent-elles quelque autre chose

Dont elles peuvent disposer.

Mais aux courses de Mauchline , ou à la foire de Mauchline ,

Je serais fier de vous rencontrer ;

Nous donnerons pour un soir congé au souci

Si nous nous réunissons , Et nous ferons un échange de rimaillerie

L'un avec l'autre.

Le gaillard qui tient une pinte, nous le ferons babiller, Et nous le baptiserons avec de l'eau fumante ; Puis nous nous asseoirons et boirons un bon coup

Pour nous égayer le cœur ; Et , ma foi , nous aurons fait plus ample connaissance

Avant de nous séparer.

Arrière, ô vous, race égoïste et cupide,

Qui pensez que le savoir-vivre, le bon sens et la grâce,

Même l'amour et l'amitié, doivent céder la place

Au désir de gagner de l'argent !

Je n aime pas à voir votre face

Ni à entendre votre conversation.

tli POÉSIES DE BURNS.

Mais vous que charme le plaisir de la société, Dont une chaude bienveillance inonde le cœur. Qui conformez votre existence à cette règle :

« Aidez-vous les uns les autres , »

Venez à mon bowl. venez dans mes bras,

Mes amis . mes frères 1

Mais, pour terminer cette longue épître, Attendu que ma i)lume est usée jvisqu'au trognon. Deux lignes de vous me feraient p-ter,

Moi qui suis le plus fervent, Tant cjue je pourrai chanter ou siffler,

De vos amis et serviteurs.

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