‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 75 sur 267 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Tandis que les vaches qui viennent de vêler mugissent au poteau, Et que les poneys fument à la charrue ou à la herse, Je prends cette heure à l'entrée de la soirée

Pour me reconnaître le débiteur Du vieux Lapraik , au cœur honnête ,

Pour son aimable lettre.

Cruellement harassé , les jambes lasses , A répandre le blé dans les sillons Ou à distribuer à chacun des chevaux

Sa ration de dix heures, Ma muse maladroite réclame, et me supplie

De ne point écrire.

Négligente et fatiguée, la coqviino

Est molle pour k- moins et tant soit peu paresseuse ;

Elle dit : « Vous savez, nous avons été si occupés,

Tout ce mois et plus.

Qu'en vérité ma tète est devenue en proie à des vertiges

Et assez malade. »

Ses mauvaises excuses me mettent hors de moi ; « N'avez-vous pas honte, » dis-je, « rosse f.ùnéantc? J'écrirai, et cela tout une grande feuille,

Cette nuit même ; Amsi ne déshonorez pas votre métier,

Mais rimez bien.

» Le hardi Lapraik , ce loi dos cœurs ,

Quand le genre humain serait un jeu de cartes ,

Vous vantera pour votre mérite

En termes si affectueux , Et vous, vous négligerez de montrer vos talents,

Et de le remercier tendrement 1 w

Je pris donc à l'instant du papier,

Et mon trognon do plume senfonga dans l'encre ;

Je me dis : « Avant que je ferme Tœil,

Je jure que je le remplirai ; Et, si vous ne voulez pas me le mettre en cadence.

Par Jupiter, jo le mettrai en prose 1 »

Je me suis donc mis à écrivailler, mais si

Cest en rime ou prose, ou tous deux ensemble,

Ou quelque salmigondis qui n'est vraiment ni l'un ni l'autre ,

Que le temps le prouve ; Mais je griffonnerai quelque niaiserie

Tout juste comme cela me viendra.

Mon digne ami , ne murmurez pas et ne critiquez pas , Quoique la Fortune vous traite avec dureté et rigueur ; Allons, animez votre harpe des bruyères

Par un attouchement joyeux !

Ne vous inquiétez pas comment la Fortune vogue et tourne ;

Ce n'est qu'une chienne.

Elle m'a porté bien des coups et des blessures,

Depuis que j'ai pu enfouicher un sillon ;

Mais , par le Seigneur 1 quand je devrais mendier,

La tête grise, Je rirai, et chanterai, et remuerai la jambe

Aussi long-temps cjue je pourrai !

Voici venir mon vingt-sixième été.

Que j'ai vu le bourgeon sur l'arbre, Toujours persécuté par les lilles

D'année en année ; Mais pourtant, en dépit des émoustillantes commères,

Moi, Rob, je suis ici.

Enviez-vous aux gens de la cité

D'être étalés derrière un bureau et de mentir.

Ou tiers de leur bourse, enflés de cent pour cent,

Et avec un gros ventre.

Dans quelque i)elit bourg, de représenter

Un nom de bailli ^ ?

1. Les corporations écossaises se composent d'un prévôt et do cinq baillis. (iV. d. (rnd.\

llfî POESIES DE BURNS.

On b'hMi ost-?e le hautain thane féodal

Aveo sa chomise à manchettes et sa canne étinoelante,

Qui ne se croit pas sorti de la cote d'Adam,

Mais marche fièrement , Tandis que les toques et les bonnets sont otés

Lorsqu'il passe?

0 Toi , de qui vient tout ce cpii nous est donné de bon 1 Donne-moi une dose d" esprit et de bon sens , Puis chasse-moi. sil te plait, à laventure,

Au travers de l'Ecosse; Je ne changerai pas avec bourgeois ou lairds,

Dans tout leur orgueil 1

Si la charte de notre état était :

« Sous peine de l'enfer, sois riche et puissant , «

Alors la damnation serait notre destinée

Sans remède :

Mais, grâce au ciel, ce n'est pas de la sorte

Que nous apprenons notre Credo.

Car telle était la teneur du royal mandat Quand commença la race humaine :

«L'homme sociable, affectueux, honnête.

Quel qu'il soit, C'est celui qui se conforme au vaste plan de la Nature,

Et nul autre que lui : »

0 mandat glorieux et divin !

Les sectateurs des neuf déguenillées ,

Pauvres diables insouciants , peuvent pourtant briller

D'un éclat glorieux , Tandis que les sordides fils de la race de Mammon

Seront obscurs comme la nuit.

Quoiqu'ici ils raflent, et pressurent, et grondent,

Leur vil embryon d'âme

Peut hurler dans quelque future carcasse,

L effroi de la forêt; Ou dans quelque hibou ennemi du jour

Peut fuir la lumière.

Alors puissent Lapraik et Burns s'élever

Pour atteindre leur ciel natal ,

Et chanter leurs plaisirs, leurs espérances et leurs joies

Dans ((uelfiue douce sphère , Toujours plus étroitement unis par les lien*^ de I amitié

A cha(jue année (|ui passe I

POi:SlRS DE BURNV>. 117

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