LA MORT DE JOHN MAC LEOD, ESQ
FRi-:RE d'uN'K JErXE PERSONNE , AMIE PAKTICruÈRE DE LAUTEUR,
Triste est ton récit, page futile.
Et déplorable ton alarme :
La mort arrache un frère bien aimé
Des bras d'Isabella.
Agréablement parée de la rosée en perles,
La rose du matin peut s'épanouir ; Mais à midi une série de froids coups de vent
Peut jeter ses beautés à terre.
Sur le matin d'Isabella
Le soleil souriait propice ; Mais, long-temps avant midi, des nuages successifs
Trompèrent ses espérances successives.
Le destin rompt souvent les cordes du sein
Que la nature avait le mieux garni :
Ainsi était formé le cœur d'Isabella,
Et ainsi ce cœur fut brisé.
Le terrible Tout-Puissant, seul,
Peut guérir la blessure qu'il a faite ; Peut diriger les yeux pleins jusqu'au bord et usés par la douleiu"
Vers les scènes au delà du tombeau.
l.iO POESIES DE lîURNS.
Là les fleurs de la vertu s'épanouiront .
Et ne craindront [)lus avicun souille desséchant Là le mérite sans tache d'Isabella
Sera heureux enfin.
HUMBL,E PÉTITION DE L'EAU DE BRUAK .
Al NOBLE DUC DATHOLE.
I Les chutes de Bruar, dans Athole , sont excessivement belles et pittoresques; mais leur effet est tort affaibli par le manque d'arbres et d'arbustes. i
My lord , je sais que jamais le malheur
N'assiège en vain votre noble oreille ; Enhardi par là , je vous prie d'entendre
Votre humble esclave se plaindre De ce que les rayons brûlants de l'insolent Phœbus,
Dans tout l'orgueil flamboyant de Tété, Dessèchent, consument mes torrents écumeux ,
Et boivent mes flots de crystal.
Les truites curieuses , aux sauts légers ,
Qui jouent dans mes eaux, Si , dans leurs élans aventureux et folâtres ,
Elles s'égarent près du bord ; Si, chance malheureuse', elles s'attardent long-temps.
Je suis tellement tari par la chaleur, Qu'elles restent entre les pierres blanchissantes
A se rouler dans les convulsions de la mort.
L'autre jour je pleurais de dépit et de chagrin,
Quand le poète Burns passa , D'être vu par un barde,
Mon lit à moitié sec :
Même en l'état où j'étais, il m'adressa, je crois.
Des vers louangeurs ; Mais, si j'eusse été dans ma gloire,
11 m'eût adoré à genoux.
Ici, écumant contre les rocs cachés,
Je tords ma course vigoureuse; Là mon torrent fume à gros bouillons,
Mugissant en cascade.
Mettant largement à contribution charpie soiu'ce et fontaine,
Coninie la nature me h^s (loiiiia.
POiiSlES DE BUilNS. 151
Je suis, (iuoi(iue ce soit moi-mcmr» qui lo dise, Digne ({u'oii fasse un mille pour me voir.
Si ilonc il plaît à mon noble maître
D'exaucer mes vœux les plus grands .
Il ombragera mes bords d'arbres altiers
Et de beaux arbustes touffus.
Alors , doublement ravi , my lord ,
Votis errerez sur mes rives , Et écouterez maint oiseau reconnaissant
Vous faire de mélodieux remerciments.
La brune alouette, au gazouillement capricieux,
Aspirera au ciel ; Le chardonneret, le plus gai des enfants de la musique ,
Joindra sa voix charmante au chœur ; Le vigoureux merle, le linot au gosier clair,
Le mauvis doux et moelleux, Le rouge-gorge pensif, égaieront l'automne ,
Cachés dans toutes ses boucles jaunes.
Cela aussi leur assurera un couvert
pour se préserver de la tempête , Et le lièvre poltron dormira en sécurité,
Couché dans son gîte au milieu de l'herbe : Ici le berger s'asseoiera
Pour tresser sa couronne de fleurs ; Ou trouvera une retraite sûre où s abriter
Contre les ondées à la chute rapide.
Et ici, dans un doux et charmant mystère ,
Le couple amoureux se rencontrera.
Méprisant les mondes avec toute leur richesse
Comme un soin vide et oiseux :
Les fleurs rivaliseront de charmes
Pour embellir cette heure céleste, Et les bouleaux étendront leurs bras odoriférants
Pour cacher les tendres embrassements.
Ici peut-être aussi, à l'aube printanière,
Quelque barde rêveur pourra errer.
Et contempler la plaine fumante et humide de rosée,
Et la montagne grise de brume ; Ou , â la lueur de la lune des moissons
Bigarrant les arbres de teintes douces.
Se livrer à son délire, i)rès de mon torrent qui coule dans lOmbre
Enflant sa voix rauque dans la brise.
Permettez aux sapins altiers et aux fiènes si frais De couvrir mes humbU-s bords ,
152 POESIES DE BUR\?i.
Et de voir, on se peii'hant >ur 1 étan,2,
L humide lit de leurs ombrages !
Permettez aux bouleaux odorants, revêtus de chèvrefeuilles,
D'orner mes rocs escarpés ; Et, pour le nid du petit chanteur.
L'épine au berceau caché.
Et que puisse l'espoir chéri de la vieille Ecosse,
Votre petite troupe d'anges, S élever, comme ses pères, pour être l'appui
De sa terre natale honorée 1 Et que puisse, aussi loin que voit Albion,
De chaque verre empli par Tamitié , Le bénédicité être — « Les honnêtes gens d'Athole ,
Et d'Athole les jolies filles 1 »