CHAPITRE I
La Machine humaine.
L’Homme naît, vit et meurt dans un milieu aérien composé de 79 parties d’azote et de 21 parties d’oxygène.
Le cycle de la vie est contenu dans une inspiration initiale et dans une expiration linale.
Le premier muscle qui enli’e en fonction dans la vie aérienne est le diaphragme. Comme le cœur, il ne se repose jamais. La fonction fait l’organe ; l’organe facilite la fonction, d’où nécessité d’assurer le libre jeu du diaphragme dans tous les actes de' la vie et surtout dans la nutrition gazeuse.
La nutrition gazeuse est assurée par l’absorption de l’oxygène et par l’expulsion de l’acide carbonique, produit des déchets de l’acte musculaire vis-à-vis des aliments carbonés et hydro -carbonés.
La vie est une oxydation. Cette oxydation est assurée par le jeu élastique des poumons et du cœur placés dans la cage thoracique, rendue élastique par ses articulations cartilagineuses.
L’homme est morphologiquement formé d’un tronc auquel sont adaptés deux segments ou trains ; le train inférieur, les jambes ; le train supérieur, les bras.
Le train inférieur, par sa structure anatomique, est fait pour mettre l’homme en relation avec ses semblables par la marche. C’est le train social ou altruiste, il porte l’homme à l’inüni. Le train supérieur, par sa structure anatomique, a son aire d’action restreinte à la longueur des bras. C’est
le train individuel ou égoïste. Il est tributaire du train inlérieur ; 1 homme doit se porter avec les jambes vers
1 objet avant de pouvoir le saisir avec les mains. D’où nécessité biologique et sociale de ne pas violenter la nature et de ne pas renverser l’ordre établi par elle, c’est-à-dire de ne pas laire produire au train supérieur le travail de force dévolu au train inférieur comme une gymnastique mal comprise la lait jusqu’à ce jour, avec les agrès de suspension.
Le tronc de l’homme est divisé en trois étages : i° L’étage supérieur : la tête, étage psychique ; 2° L’étage moyen : la cage thoracique, étage mécano -chimique renfermant une pompe foulante, le cœur ; et une surface d’épandage, les poumons, possédant 809 millions et demi d’alvéoles dont la superlicie, d’après Sée, est de 81 mètres carrés, soit 54 fois la surlace cutanée, superlicie sur laquelle passent constamment
2 litres de sang d’où se dégage l’acide carbonique pour la fixation de l’oxygène. Pour d’autres auteurs la superficie serait bien plus grande ; elle atteindrait 200 mètres carrés avec 1.700 à 1.800 millions d’alvéoles ; 2.000 litres de sang passeraient sur cette surface d’épandage dans les 24 heures ; 3° L’étage inférieur : l’abdomen, étage chimique, manutention aux vivres, avec la masse gastro -intestinale et les glandes. Un plancher voûté, le diaphragme, sépare l’étage moyen de l’étage inférieur ; ces deux étages sont très élastiques. L’étage supérieur est très rigide avec la boîte crânienne osseuse qui le constitue.
Tous les muscles qui prennent leur point d’appui audessus du diaphragme sont des muscles inspirateurs pour le soulèvement des côtes de bas en haut ; tous les muscles qui prennent leur point d’appui au-dessous du diaphragme sont des muscles expirateurs, pour l’abaissement des côtes de haut en bas.
Les muscles inspirateurs, en soulevant les côtes, élargissent le pourtour périphérique de la coupole formée par le diaphragme ; ils soulagent ainsi le jeu de la voûte diaphragmatique ; celle-ci peut d’autant plus s’abaisser qu’elle trouve une résistance antagoniste moins grande dans son pourtour périphérique.
Les muscles expirateurs, en abaissant les côtes, resserrent le pourtour périphérique de la coupole diaphragmatique ; ils violentent ainsi le jeu de la voûte du diaphragme; celle-ci peut d’autant moins s’abaisser qu’elle trouve une résistance antagoniste plus grande dans son pourtour périphérique.
Dans l’élévation des bi'as, les pieds reposant sur le sol,
la voûte diaphragmatique .joue au maximum, en inspiration. Mais dans cette même élévation des bras, quand le corps est suspendu au-dessus du sol, le diaphragme est à peu près immobilisé par le contre -poids fait par le corps suspendu ; ce poids attire les côtes de haut en bas, le bénéfice du soulèvement des côtes par l’extension des bras de bas en haut est nul. La meilleure attitude respiratoire est celle de la suspension p,ar les mains, le bout des orteils touchant le sol. On peut ainsi, par un jeu de bascule établi entre les orteils et les bras soulevés, favoriser le jeu de la voûte diaphragmatique, en soulageant les points d’insertion périphérique du diaphragme.
Tous les exercices de soulèvement du corps, au-dessus du sol à la force des bras, modifient le jeu diaphragmatique ; ils sont congestifs parce que pour soulever le corps, la cage thoracique est transformée en manchon à air comprimé. Le point d’appui est pris au sommet de la cage thoracique, élastique, renfermant deux organes élastiques, le cœur et les poumons. Leur élasticité ne doit jamais être violentée parce qu’elle constitue la vie elle-même.
Tous les mouvements localisés au-dessus du diaphragme ont une Jonction respiratoire d’ordre mécanique, par soulèvement de la cage thoracique. Tous les mouvements localisés au-dessous du diaphragme ont une fonction respiratoire d’ordre chimique, en provoquant des échanges gazeux plus profonds. Le travail chimique existe dans les muscles susdiaphragmatiques, mais la caractéristique de ces muscles est leur fonction mécanique de soulèvement des côtes pour le plus grand développement du champ respiratoire, en vue d’une irrigation sanguine plus grande et plus active, provoquée par le travail des muscles sous -diaphragmatiques. Les sports qui actionnent le train inférieur et qui facilitent le jeu extenseur du train supérieur au diaphragme sont les meilleurs exercices de plein air. La gymnastique rationnelle a pour effet d’établir la fonction mutuelle des deux trains, en vue d’une plus grande irrigation pulmonaire.
Chaque soulèvement du corps au-dessus de la terre établit un antagonisme entre les deux centres dé gravité : celui du corps et celui de la terre.
Dans la lutte entre ces deux centres de gravité, la victoire est toujours remportée par le centre de gravité terrestre.
L’homme est soumis à la loi de la pesanteur, il est attiré vers le centre de la terre. Le centre de gravité de la tête, du tronc et des bras, formant un tout rigide, se trouve
placé au niveau du bord antérieur de la l'ace inférieure de la onzième vertèbre dorsale. La verticale abaissée du centre de gravité passe en arrière de la ligne qui réunit les deux articulations coxo-fémorales. (Landois.)
La partie la plus charnue du corps, celle qui est la plus développée musculairement est la partie inférieure placée au-dessous du centre de gravité, c’est-à-dire au-dessous de la onzième vertèbre dorsale. Les jnuscles forment 45 */, de la masse totale du corps. Les 2/3 environ des 4 5 % sont localisés à la partie inférieure et le i/3 à la jjartie supérieure du corps. Le poids le plus lourd étant situé au-dessous du centre de gravité, l’équilibre du corps est ainsi mieux assuré dans la station debout.
Comparant le chargement du corps humain à la cargaison d’un navire, on peut dire que son chargement est placé au-dessous de la ligne de flottaison.
Le corps humain étant articulé, la pesanteur agit sur chacune de ses articulations qu’elle attire vers le centre de la terre.
Tous les muscles placés en dehors de l’angle externe de chaque articulation, formée par les segments, sont des muscles extenseurs, antagonistes de la pesanteur et redresseurs bout à bout des segments articulaires. Ces muscles doivent être entraînés, parce qu’ils fixent le corps dans la station verticale, la meilleure pour le plus grand jeu du diaphragme et pour les échanges gazeux les plus profonds. La gymnastique rationnelle de développement doit surtout s’appliquer à développer les extenseurs.
Les muscles fléchisseurs sont placés en dedans de l’angle interne de chaque articulation. Ils subissent la pesanteur, tendant toujours à plier les segments articulaires les uns sur les autres, à la façon d’un mètre articulé, décimètre par décimètre.
Le corps humain est composé des bi*as de levier du i" et du 3e genre. Levier interrappui dans le i" genre (type balance) ; levier interpuissant dans le 3° genre (type grue à mater).
Le levier du 3e genre, interpuissant, met en fonction les bras, les jambes, le tronc jouant sur le bassin.
Les leviers appartiennent à la mécanique. La fonction des leviers humains est régie par les lois de la mécanique.
La partie la plus essentielle du levier est placée à son point d’appui. « Donnez-moi un point d’appui, disait Archimède, je soulèverai le monde. » Dans les leviers humains,
le point d’appui est placé aux articulations. Dans la station debout (levier du i'r genre), il est placé à la plante des pieds. Par la lixation et l’immobilisation des segments articulaires, le point d’appui pris sur le sol est reporté à l’articulation qu’on veut mettre en fonction. Cette préparation est nécessaire à tout mouvement rationnel articulaire. En gymnastique suédoise, cette fixation s’appelle : Position fondamentale, pi’ise en forme pure sur un des deux grands segments du corps : les jambes ou le tronc.
La valeur du travail du levier est en raison directe de la valeur du point d’appui, d’où nécessité, en gymnastique rationnelle, de bien fixer le point d’appui du levier mis en action par le muscle (puissance) et de bien connaître la valeur du jeu articulaire (point d’appui), par rapport à la résistance du segment.
La puissance musculaire est fonction de la résistance segmentaire, augmentée du poids supplémentaire volontairement ajouté au bras de levier (haltère, opposant élastique ou humain, etc.). La puissance musculaire et la résistance segmentaire sont fonction du point d’appui du levier.
Le déplacement du centre de gravité du corps, en dehors du plan vertical (qui passe en arrière de la ligne réunissant les deux articulations coxo-fémorales), déplace un poids qu’il faut savoir utiliser.
Toute gymnastique, quelle qu’elle soit, doit être respiratoire et ne jamais violenter le libre jeu des poumons. Tous les mouvements doivent avoir pour elfet le développement de la cage thoracique pour mieux faciliter le jeu pulmonaire et élargir le champ d’épandage, en Ame des échanges gazeux.
« Il n’y a pas d’hypertrophie cardiaque de croissance, dit M. le professeur Huchard, il n’y a que des cœurs gros par insuffisance de développement thoracique »... A poitrine aplatie, cœur gros ; à poitrine élargie, cœur normal. Le développement rationnel de la cag-e thoracique s’obtient par le jeu plus grand des six premières côtes. Celles-ci ont une grande influence sur le rétrécissement supérieur de la cage thoracique surtout chez les malingres d’origine respiratoire. La soudure des six premières côtes au sternum est établie par des segments cartilagineux très courts et par cela môme moins élastiques que les segments très allongés qui vont du sternum de la septième à la dixième côtes en formant de longues branches cartilagineuses. Cette structure anatomique a sa raison biologique, elle est très
élastique aux dernières côtes alin de donner un appui élastique au diaphragme ; elle est très peu élastique aux premières côtes parce que la partie supérieure du thorax doit donner un point d’appui rigide à l’anneau musculo -osseux scapulo- claviculaire servant de point d’appui aux bras, leviers du troisième genre (Fig. i et a). Une bonne gymnastique respiratoire rationnelle doit donc s’appliquera entretenir
TlSïlE
. Fig. i.