‹ Précis de gymnastique rationnelle de plain pied et à mains libresChapitre 32 sur 36 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Lu science du mouvement est une science positive, très complexe, elle n’est pas éclectique ; elle ne peut être comprise ni appliquée rationnellement que par des maîtres très instruits et de valeur. Nous ne possédons pas ces maîtres.

Jusqu’à ce jour, à part la Suède, cette science a été ignorée, c’est ce qui explique la poussée des nations civilisées vers ce pays où l’éducation physique a pris une place si importante en hygiène et surtout en sociologie.

L’équivoque, lille de l’ignorance, se nourrit de mots d’où tant de palabres et tant de discussions ; d’où, « l’éclectisme » avec sa piperie des mots, alors que la question eut été vite tranchée si, tout simplement, on avait voulu être sincère. Un chauvinisme claironnant et encombrant, fait d’émotivité inférieure, nous a empêché jusqu’à ce jour d’appliquer à notre race, qui dégénère, les principes de la Méthode de Ling par lesquels la race suédoise a été régénérée en un demi siècle.

Malgré tous les encouragements accordés aux Sociétés de gymnastique par notre Gouvernement, le nombre des malingres augmente et la proportion des recrues réformées aux conseils de révision atteint le nombre de cinquante-cinq mille ! soit un homme invalide sur cinq !! Il y a donc quelque chose à faire, qui n’a pas encore été fait. Il faut le faire.

La solution de la question physique, au point de vue de la race, n’est pas dans les Sociétés de gymnastique, elle est à l’Ecole, par l’instituteur, par l’officier, nouveau pédagogue, par le médecin, ingénieur biologiste, et au Foyer, par la mère.

En Suède il existe très peu de Sociétés de gymnastique, la race a été régénérée et embellie par l’école et par le foyer, grâce à la Méthode de gymnastique physiologique de Ling.

Une grave erreur, à laquelle tout le monde a sacrilié jusqu’à ce jour, surtout en France, par une fausse interprétation des travaux chronophotographiques de Marey, a consisté à ne voir que des gestes dans tout acte gymnastique. En gymnastique rationnelle, le mouvement ne se suffit pas à lui-même, il est régi par des lois mécaniques, en vue de leur effet physiologique, pédagogique, psychologique, esthétique, athlétique, médical et social. La proposi-

tion est celle-ci : il n’y a pas des mouvements, il y a du mouvement, c’est-à-dire du travail mécanique des bras de levier du corps, et surtout des côtes, en vue de leur effet direct ou indirect sur les grandes fonctions vitales de l’économie dont la principale est l’aete respiratoire assurant la nutrition gazeuse, la première des ti*ois nutritions : gazeuse, liquide, solide; puis viennent la circulation, la digestion, l’innervation, les articulations, la musculation.

La valeur d’un levier dépendant de son point d’appui, la gymnastique rationnelle, a pour principe la fixation du point d’appui des leviers avant leur mise en train, d’où les positions fondamentales de la méthode de gymnastique suédoise. La gymnastique est donc la science de l’utilisa-' tion des cinq grands segments du corps : les bras, les jambes et le tronc en vue du plus grand développement des grandes fonctions vitales de l’économie. Le travail synergique de ces cinq grands segments provoque un développement harmonieux de chacun d’eux. Le tronc offre ainsi le point d’appui principal, plus solide et plus rigide, aux leviers formés par les bras, par les jambes et par les côtes.

Ne voir que des mouvements en gymnastique c’est ne voir que le jeu des volants dans une machine industrielle ; c’est vouloir, en géométrie, atteindre le centre d’un cercle en partant de la périphérie au moyen de sécantes incalculables et se condamner ainsi à de longs tâtonnements avant d’atteindre le rayon. De même, en gymnastique, ignorer la valeur des positions fondamentales dans leur rapport avec le jeu des leviers, en vue de leur action bien définie sur une ou plusieurs des grandes fonctions de l’économie, c’est exécuter des quantités incalculables de mouvements sans jamais satisfaire au principe fondamental du cycle vital, à savoir que la vie est une oxydation et que le diaphragme ouvre et ferme la vie. Tout acte de gymnastique qui part de ce principe initial rayonne directement et forcément vers son but par la production rationnelle du mouvement. Dès lors, celui-ci peut être appliqué quantitativement et surtout qualitativement en vue d’un effet biologique recherché. Alors seulement les mouvements sont ordonnés. Dans tout autre cas ils sont désordonnés, aucune règle fixe ne les régit ; chaque exécutant étant son propre conseiller, agit d’après ses aptitudes, ses goûts, sa mentalité, son éducacation, son âge, sa paresse. Il recherche le plus grand plaisir dans le moindre travail, au lieu de rechercher le plus grand bénéfice dans le plus grand effort.

La gymnastique rationnelle est avant tout une éducatrice de la volonté; l’acte volontaire au début, se transforme rapidement en acte réflexe, dès lors il constitue un plaisir, il crée un besoin. De même que l’éducation crée le besoin de procéder tons les matins à la toilette de la peau, de même une bonne éducation physique crée le besoin de procéder tous les jours à la toilette de ses muscles et de son sang par une gymnastique respiratoire rationnelle. Tant que ce besoin réflexe ne sera pas créé dans la Nation, la cause de l’éducation physique ne sera pas gagnée et la santé publique en souffrira. Tant que la méthode de gymnastique éducative suédoise ne sera pas appliquée dans ses principes on piétinera sur place. C’est d’ailleurs ce que nous faisons en France depuis un siècle. Nous n’avons jamais fait de la gymnastique, nous avons fait des mouvements. Nous avons fait du sport aérien à poids lourd, avec la gymnastique allemande amorosienne ; nous avons fait des sports de plein air en copiant les Anglais. Il serait temps d’adopter les principes de la méthode de gymnastique éducative suédoise pour le meilleur avenir de notre race.

Mais pour cela il est nécessaire de posséder des maîtres instruits, auxquels il faut assurer une situation honorable. En Suède, les professeurs de gymnastique reçoivent des appointements de 6.000 francs ; en France, ils varient entre 1.200 et x.800 francs. Dans certains établissements les professeurs reçoivent un traitement annuel variant entre 200 et 700 francs. A vrai dire, ces professeurs cumulent : quelques-uns sont pompiers, maçons, horlogers, menuisiers, commis, etc.

En Suède, on confie l’enseignement physique à des biologistes ; en France il en est autrement, d’où le peu de résultat. Nous n’avons plus de faute à commettre.

Les propositions suivantes nous paraissent résumer la question physique.

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