ARTICULATION SC A PU LO - HU MÉR A LE
Schéma <le l’articulation de l’humérus au thorax par le système de pince formé en avant par la clavicule et en arrière par l’omoplate.
A) Clavicule. — B) Tête de l'humérus. — C) Omoplate. — D) Cage thoracique. — E) Humérus. — F) Cavité glénoïde.
C est donc commettre une Imite de ne voir en gvmnastique que du muscle en fonction et se condamner ainsi à errer perpétuellement. Il faut surtout voir l’innervation et la respiration, celle-ci domine toute la vie.
Dans le système musculaire, c’est encore à un muscle qu’on ne voit pas : le diaphragme qu’est dévolue la fonction dynamique vitale principale. C’est pourtant ce muscle qu’on violente depuis cent ans avec la gymnastique de suspension aux agrès : trapèze, anneaux, barres fixes, barres parallèles, etc. C’est encore sur le jeu de ce muscle que la nouvelle école, dite « éclectique », apporte une attention trop superficielle.
Il ne faut jamais perdre de vue, en gymnastique rationnelle, que la circulation de retour, c’est-à-dire la circulation veineuse et lymphatique est fonction de la respiration. Cette circulation est basée sur le principe des vases communicants par changement alternatif de la pression dans les poumons où, dans l’inspiration, la pression est négative. La circulation d’aller, c’est-à-dire la circulation artérielle, est assurée par la pression mécanique du piston d’une pompe. Le ventricule gauche et le ventricule droit refoulent le sang. Le cœur n’est pas une pompe aspirante ; il ne possède aucun organe d’aspiration, aucun système de lèvres pour sucer. La montée du sang de retour est produite par quatre forces : i° La vis à tergo, constituée par le refoulement en avant, dans les capillaires, du sang veineux par le sang artériel ; 2° la contraction musculaire qui agit sur les capillaires ; 3° les valvules sigmoïdes des veines, qui empêchent le sang de revenir en arrière, formant un système de cloisons étanches ; 4° le jeu du thorax en inspiration augmentant la surface du champ pulmonaire, où s’épand plus facilement le sang de retour, attiré par une pression moins grande, d’après le principe des vases communicants. Cette pression pulmonaire, diminuée dans l’inspiration, amoindrit d’autant la pression dans le ventricule droit ainsi soulagé. Toute aspiration est basée sur la rupture de l’équilibre de l’air par pressions barométriques différentes. Comme il n’y a pas d’air dans le sang, le cœur ne peut être une pompe aspirante, il n’est donc qu’une pompe refoulante.
La gymnastique respiratoire produit un triple effet. A chaque mouvement du diaphragme se produisent : i* un effet chimique par l’hématose ; 2” un effet physique, par la circulation de retour qui étant favorisée, facilite ainsi une
plus grande circulation d’aller ; 3° un effet mécanique, par l’action massothérapique du diaphragme sur la masse gastrointestinale : estomac, foie, rate, intestin, vessie, annexes féminins, etc. Ces trois effets de la gymnastique respiratoire ont une répercution profonde sur la nutrition générale et particulièrement sur l’abdomen. Beaucoup d’auto -intoxications sont d’origine nutritive, beaucoup de cas de neurasthénie, de folie, etc., sont provoqués par des auto-intoxications gastro- abdominales. On déraisonne avec son ventre déséquilibré. Tel est un des secrets des bienfaits hygiéniques, médicaux, pédagogiques et sociaux de la gymnastique respiratoire.
L’attitude verticale de la colonne vertébrale est la meilleure pour le jeu diaphragmatique. Cette attitude ne peut être prise que grâce à la solidité des muscles extenseurs du massif lombaire, d’où nécessité absolue, pour faciliter la meilleure respiration, de fortifier les muscles lombaires, dorso-lombaires, dorsaux et cervicaux. L’attitude verticale de la colonne vertébrale ne peut être obtenue qu’à la condition de placer le tronc sur un point d’appui solide. Ce point d’appui est l’articulation coxo-fémorale. Celle-ci repose sur les jambes qui sont articulées au genou et au cou-de-pied, d’où nécessité de fixer le cou-de -pied et les genoux et le bassin pour bien respirer, dans la position debout.
Les muscles de la ceinture abdominale ont une action antagoniste sur le jeu du diaphragme en même temps qu’ils agissent sur la masse intestinale, d’où nécessité de les développer, surtout chez la femme, en vue de leur fonction particulière dans la gestation.
Il existe un antagonisme entre la respiration et l’attention forcées ; entre la musculation et la cérébration. Savoir respirer, c’est savoir travailler cérébralement. Un bon pédagogue doit savoir utiliser tour à tour la respiration et l’attention forcées, en les opposant l’une à l’autre, afin de donner, par ce jeu antagoniste, plus d’élasticité au cerveau et aux poumons de l’enfant.
Les mouvements respiratoires pour la détente psychique doivent être introduits dans l’enseignement intellectuel et appliqués au cours même d’une leçon ou d’une étude tant soit peu laborieuse.
La gymnastique de développement et d’assouplissement est basée sur des lois scientifiques ; elle est créatrice de la beauté. Elle a une action sur la volonté et sur le caractère par l’obligation que l’on s’impose de vaincre tous les jours
des difficultés souvent sérieuses ; ou bien la paresse, toujours mauvaise conseillère. Cette gymnastique est une école de la volonté à longue échéance.
Les sports surtout, en provoquant une action plus intense et plus virile, agissent directement sur la nutrition générale en même temps que sur la volonté et sur le caractère. Le sport est le complément indispensable de la gymnastique de développement. Celle-ci est à l’éducation physique ce que sont les exercices d’assouplissement des doigts, par les gammes, à l’exécution des partitions qui constituent le sport, en musique.
L’éducation physique comprend : i° la gymnastique rationnelle de développement ; 2* la gymnastique d’application sportive avec les jeux et les sports. La gymnastique de développement est surtout somatique ; la gymnastique d’application est surtout psychique.
La gymnastique éducative est basée sur l’analyse par la raison ; le sport est basé sur la synthèse par l’émotivité. Le spox-t procède ainsi de la gymnastique. Celle-ci doit X'ationnellement passer avant le spox't comme l’aixalyse passe avant la synthèse. Comme il est plus facile à l’homme de s’émouvoir par impulsion que de x’aisonner par inhibition, le jeu et les sports ont plus d’attrait qxxe la gymnastique. C’est poxxrquoi on sacrifie aux exercices de suspension aux agrès qui xxe sont pas de la gymnastique mais qui sont dxx sport aérien à poids lourd le pire de tous pour la respiration. D’axxtre part, le sport frappe au cœur chez les sujets à poitrine rétrécie ; il frappe au cerveau chez les héréditaires nerveux qu’il fatigue, d’où la neixrasthénie par abus des sports. C’est la « chute sportive » des Anglais.
Les lois mécaniqxxes qui régissent la gymnastique rationnelle de développement ne sont pas les mêmes pour les sports. La gymnastique est basée sur la division quantitative et qualitative du travail physique, par articulation et par groupes musculaires, d’après leur fonction et leur importance. Cette division a pour principe la loi chimique de l’hématose qui régit la nutrition gazeuse ; et la loi mécanique de la pesanteur qui régit la fonction des bras de levier. Tout mouvement de gymnastique y est réglé et exécixté d’après des angles et des plans de géométrie biologique en vue d’xxne plxxs grande hénxatose. La gymnastiqxxe x-ationnelle de développement est xxixe science exacte. C’est nxénxe une scieixce très difficile à posséder parce qu’elle s’appuie sxxr l’anatomie, la physiologie, la chimie biologique, la
mécanique, l’esthétique, la psychologie, la pédagogie et la sociologie.
Dans les sports, aucun mouvement n’est scientifiquement réglé, chaque muscle ou groupe musculaire agit à sa fantaisie, d’après la puissance de son développement naturel.
Le saut est l’exemple d’un exercice de gymnastique sportive pouvant se transformer en un exercice de gymnastique rationnelle de développement, selon qu’on fixe ou non le centre de gravité du corps.
Les exercices aux agrès de suspension : trapèze, anneaux, barrés fixes, etc., etc., dans lesquels on ne peut localiser le travail en établissant une position fondamentale -base, appartiennent au sport aérien à poids lourd. C’est pourquoi les Sociétés de gymnastique actuelles sont des Sociétés sportives à type aérien, et point du tout des Sociétés de gymnastique au sens exact du mot. Elles utilisent un système d’éducation défectueux, qui ne développe pas rationnellement le corps d’après le travail quantitatif et surtout qualitatif. Tout est abandonné au hasard et au moindre effort qui veut que les groupes musculaires les plus forts travaillent et que les muscles les plus faibles se reposent. Ce système est nul au point de vue du développement de la volonté et du caractère. Il provoque le goût de la parade. Il exalte le sot orgueil de l’exhibition en plaçant en vedette, au-dessus de la foule ignorante et inférieurement émotive, un sujet que la nature a spécialement construit pour les exercices de suspension aux agrès car tous ces sujets sont petits et trapus, aux jambes courtes et maigres.
L’homme est fait pour vivre sur terre et non dans les arbres. Il ne possède pas, comme le singe, quatre mains ni une queue, cinquième main, pour s’accrocher en l’air. L’homme est charpenté pour marcher. La solidité de l’articulation du bassin est faite pour supporter le poids lourd du tronc où tout est élastique, cage thoracique et abdomen, cœur, poumons, diaphragme, intestins, etc.
La gymnastique aux agrès de suspension violente cette élasticité ; elle entre en lutte contre la physiologie et contre les principes mêmes de la vie. Les jambes du marcheur qu’est l’homme sont sacrifiées aux bras du grimpeur qu’est le singe. Elle enraie la circulation de retour en rétrécissant l’aire du champ d’épandage pulmonaire, elle congestionne, elle asphyxie, elle déforme.
Cette fausse conception de la gymnastique la fait considérer encore comme un excellent moyen d’amuser la foule
aux heures des réjouissances publiques. La gymnastique est ainsi devenue un numéro sensationnel des l’êtes populaires ; elle a dégénéré forcément en exhibitions, obligée qu’elle est, pour se maintenir et pour intéresser la foule, de recourir à l’acrobatie et au phénoménisme.
C’est surtout le peuple, par l’ouvrier, qui participe à ces exhibitions, comme exécutant. C’est le peuple, c’est l’ouvrier qui fournit à la société la machine humaine qui doit produire le travail nécessaire à la vie de la Nation, il y a donc intérêt majeur à rendre celte machine productrice le plus forte et le plus résistante possible par une bonne méthode de développement et d’entraînement physiques, afin de donner au peuple qui peine un pouvoir d’action et de vie plus grand. On a tout fait en gymnastique pour atténuer ce pouvoir, dont l’alcool, l’avarie, la tuberculose, les logements insalubres, etc.... diminuent le rendement. Alors que par une bonne méthode d’éducation physique on relèverait la race, une fausse conception nationaliste nous fait rejeter le remède suédois en faveur du poison allemand.
La gymnastique n’est pas un art d’agrément ; elle est l’art de la vie par la santé et par la beauté ; elle est une des branches les plus importantes de l’hygiène publique. Sa place sociale est au foyer, à l’école, à la caserne et à l’hôpital, et non au cirque. Sa fonction est avant tout physiologique, psychique et sociale. Elle est sérieuse comme la vie elle -même, dont elle est une des premières fon ctions.
Il y a nécessité absolue à unilier l’application de l’éducation physique au foyer, à l’école et à la casei'ne. Une même méthode doit être imposée avec les mêmes procédés et les mêmes formules dans les sociétés de gymnastique, dans l’école et dans l’armée. Les sociétés de gymnastique ne sont que des œuvres intermédiaires. Les deux seules grandes institutions sociales sont l’Ecole et la Caserne. L’armée, avec le service restreint, a besoin de recevoir dans ses rangs des recrues débourrées. Ce débourrage doit commencer de bonne heure, à l’école, dès l’âge de sept ans.
Il ne peut être pratiqué rationnellement que par l’instituteur et par l’officier, q’est-à-dire par les deux seuls pédagogues que la Nation investit d’une responsabilité vis-à-vis du Pays. L’école est le vestibule de la casex'ne. Une méthode sûre d’éducation physique s’impose. Elle ne peut être basée que sur la science.
Une expérience poursuivie pendant cent ans, en Suède, prouve que la méthode de Ling est excellente. Il faut en
adopter les principes. C’est d’api'ès ces principes que nous avons rédigé le présent ouvrage.
Le rôle des sociétés de gymnastique n’est pas de former des hommes, mais de continuer l’entraînement de l’adolescent, de sa sortie de l’école jusqu’à son entrée dans l’armée. Son rôle est post- scolaire. Il est désirable que les sociétés de gymnastique modifient leurs programmes et deviennent des sociétés d’éducation physique en ajoutant le sport éducatif à la gymnastique rationnelle de développement, d’après la méthode de Ling.
Les sociétés sportives doivent s’entraîner à la gymnastique rationnelle.
La Ligue Girondine de l’Éducation physique que nous avons fondée, en 1888, et qui nous a servi de champs d’expériences vécues sur nature, est entrée dans la voie nouvelle en prenant l’enfant à l’école et en le menant, adolescent, jusqu’au régiment par des sections post -scolaires d’instruction militaire, de jeux et de sports. Les résultats qu’elle a remportés sont probants.
L’expérience poursuivie dans le Sud-Ouest de la France a bien réussi. Il y a tout intérêt à la reprendre et à l’étendre sur tout le pays. C’est comme contribution à cette œuvre nationale que j’ai composé ce Précis de gymnastique. Il peut être utilisé par l’officier à la Caserne ; par l’instituteur à l’École ; et par la mère, au Foyer.