SO LA GAULE AYAITT LA CONQUÊTE
tribus étaient en guerre continuelle les unes avec les autres et s'allièrent seulement à l'approche des Romains pour défendre la patrie commune contre les envahisseurs. Plusieurs d'entre elles avaient des chefs auxquels César donne le titre de roi (*). Ce titre n'était pas héréditaire, mais électif, et les Romains en profitèrent habilement pour susciter comme compétiteurs des rois élus les descendants des anciens rois. D'autres , comme les Éduens , avaient un chef qu'ils appelaient Vergobret, dont les fonctions ne duraient qu'un an, mais qui, pendant sa courte magistrature, jouissait d'un pouvoir absolu W.
11 y avait chez certains de ces peuples des assemblées locales, et César en signale une à laquelle il donne le nom de Sénat chez les Nerviens (3). Mais y eut-il des assemblées générales où toutes les tribus gauloises fussent représentées? César parle à diverses reprises d'un Concilium totvus Gallise (*), qu'il déclare avoir convoqué lui-même; mais si, dans quelques circonstances exceptionnelles , il y eut des réunions de notables des divers peuples gaulois , il ne paraît pas qu'elles fussent instituées d'une façon régulière et périodique.
Au témoignage de César, on distinguait deux classes W d'hommes dans les tribus gauloises, une classe supérieure comprenant les druides et les chevaliers, et une classe populaire. Les druides y qui étaient les ministres de la religion, étaient exempts du service militaire et affranchis de toutes les charges. Ils étaient seuls dépositaires des traditions religieuses et les transmettaient à leurs disciples , non pas par l'écriture , ce qui aurait pu divulguer un savoir dont ils étaient jaloux, mais par la mémoire, en leur apprenant des poëmes dans lesquels leur science était renfermée. Les druides enseignaient aussi divers systèmes sur les mouvements des astres, l'étendue de l'univers, la nature des choses. Ils étaient chargés de rendre la
(i)C8B8., Corn,, V, 27.
(3) Cœs., Il, 28.
(B)Cœs., VI, 13.
ORGANISATION POLITIQUE. Si
justice et prononçaient sur presque tous les procès , qu'il s'agit de guestions civiles ou de crimes et délits. L'un des châtiments les plus graves qu'ils appliquaient était l'interdit qui ressemble d'une manière frappante à l'excommunication du droit canonique. Ceux que frappait cette peine étaient regardés comme des impies et des scélérats ; chacim les fuyait , on évitait de les aborder et de leur parler dans la crainte d'éprouvei quelque malheur par leur contact.
Quant aux chevaliers ou équités, c'étaient ceux qui étaient assez riches pour avoir un cheval et combattre comme cavaliers. Leur principale occupation était de prendre part aux expéditions militaires (*). Lorsqu'ils allaient à la guerre, chacun d'eux s'entourait d'une troupe de clients et d'ambacti (dévoués, vassaux), dont le nombre était d'autant plus grand que le chef était lui-môme plus éminent par la naissance et la fortune.
Le peuple paraît avoir été dans une condition très-dure et semblable à celle des esclaves , plebs pêne servorum loco hahetur. Il n'ose rien par lui-même et n'est jamais consulté sur les affaires du pays. Dans un état social profondément troublé, soit par des guerrres extérieures , soit par des luttes intestines , les hommes du peuple se groupaient , ainsi que nous l'apprend César (2) , autour d'un chef en fédérations ou factiones, afin de trouver auprès d'un homme puissant et riche une protection contre les vexations et actes de violence. A côté du lien de famille se créait ainsi une sorte de lien volontaire entre le client et le patron. Aussi pourrait-on dire que le régime féodal a ses racines les plus profondes dans cet état social de la Gaule qui nous est dépeint par César; avec cette différence toutefois, que, comme nous le verrons, la féodalité était fondée sur la possession du sol, tandis que le patronage gaulois n'impliquait qu'un rapport d'homme à homme et un lien tout personnel.
(l)C«8.,vi, 15.
3)Cœ8.,vi,H.