RÉFORMES DB TURGOT
rhumanité. » Mais les édits de 1776, si équitables qu'Os fassent, heurtaient un trop grand nombre d'intérêts pour qu'ils fussent acceptés sans résistance , et il fallut que le roi tînt un lit de justice pour forcer les Parlements à les enregistrer.
Bientôt d'ailleurs, le roi qui avait eu le courage de prendre le parti de Turgot, céda à d'autres conseils. Il renvoya son ministre et trois mois après le départ de Turgot, Louis XVI créa de nouveau six corps de marchands et quarante-quatre communautés d'arts et métiers à Paris. D'autres édits de 1777 W rétablirent en province le système des corporations. D'ailleurs, il faut bien le dire, l'organisation nouvelle était un progrès véritable sur l'ancienne. Ainsi elle réunissait les professions qui présentaient entre elles le plus d'analogie , afin de mettre un terme aux procès et aux querelles qui trop souvent s'étaient élevées entre les membres de corporations exerçant des professions analogues. Elle diminuait les droits de maîtrise, supprimait les exclusions portant sur les étrangers ou sur les femmes, enfin elle interdisait aux corporations nouvelles de tenir des assemblées générales ou des banquets. Toutefois ces dispositions ne constituaient pas moins un retour vers le passé et il est probable que , si quelques annnées après elles n'avaient pas été emportées par la Révolution de 1789, l'industrie et le commerce n'auraient pas tardé à souffrir des mêmes inconvénients et des mêmes abus auxquels ils avaient été exposés dans le passé.
Action de la royauté dans Tordre de renseignement.
Le terme d'université désignait au moyen âge un ensemble, une catégorie de personnes placées dans une même condition et jouissant des mêmes privilèges. Il fut d'abord appliqué d'une manière plus spéciale à l'ensemble des professeurs et des écoliers de Paris. On a cherché à faire remonter les annales de l'Université de Paris jusqu'à Charlemagne. Mais , s'il est vrai que ce prince ait encouï*agé la culture des lettres et des sciences et fait refleu-
(1) Isambert, t. XXiV, p. 336 et 393.
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rir renseignement, il est démontré aujourd'hui que les écoles qu'il créa ne survécurent pas à la volonté puissante qui les avait fondées et que c'est à TÉglise qu'il faut surtout reporter Thooneur du réveil des études au moyen âge.
C'est en effet à l'ombre des cathédrales et plus spécialemeni à Paris, dans le cloître Notre-Dame, que vers le xi* siècle furent faits des cours publics qui attirèrent bientôt un grand nombre d'auditeurs. C'est là qu'enseigna Guillaume de Champeaux qm devait être bientôt dépassé par un de ses élèves , Pierre Abailard , en savoir et en éloquence. Un jour vint où l'école de la cathédrale de Paris se trouva trop étroite pour la foule d'étndiants qui s'y pressaient , et où maîtres et élèves quittèrent la cité pour s'établir sur la montagne Sainte-Geneviève.
On y distingua bientôt la faculté de théologie, une des plus florissantes de l'Université de Paris , la faculté des arts qui comprenait la grammaire, les humanités et la philosophie, puis la faculté de droit ou de décret, ainsi nommée parce que l'explicalion du décret de Gratien était la base de l'enseignement du droit canonique, et enBn la faculté de médecine. Nous avons vu plus haut comment l'enseignement du droit civil fut interdit dans l'Université de Paris par le pape Honorius III. Il resta défendu jusqu'au xvn' siècle et ce n'est qu'à partir de Louis XIV qu'il put y être donné de nouveau. Dans la faculté des arts principalement, les écoliers formcdent des nations ou groupes, ayant entre eux une certaine affinité d'intérêts ou de langage. II y avait la nation de France et celle d'Angleterre, la nation de No^ mandie et celle de Picardie. La nation de France comprenait cinq tribus qui correspondaient, les quatre premières aux diocèses de Paris, Sens, Reims et Bourges, et la dernière à tout le midi de l'Europe, y compris l'Espagne et l'Italie. La nation de Normandie correspondait à la province qui porte ce nom , celk de Picardie aux cinq diocèses de Beauvais, Noyon, Amiens, Laon et Térouanne. La nation d'An^eterre, qui comprenait te étudiants venus des régions du Nord , prit le nom de Nation d'Allemagne à la suite des longues rivalités qui mirent aux prises l'Angleterre et la France.
L'Université de Paris avait à sa tète un recteur qui était
PRIVILEGES DE l'uNIVERSITÉ DE PARIS. 475
nommé par les procureurs des quatre nations et qui ne pouvait être pris que dans la faculté des arts. Quand les procureurs ne pouvaient s'entendre, les nations nommaient chacune quatre électeurs qu'on enfermait sans communication avec le dehors jusqu'à ce que le recteur fût nommé.
Cette Université fut d'abord placée sous l'autorité des papes. Ce sont eux ou leurs légats qui, au xiii* siècle, font dresser les règlements d'études ou de discipline , approuvent ou interdisent tel ou tel ordre ^L'enseignement et confèrent même aux écoliers divers privilèges, entre autres celui de ne pouvoir être arrêtés pour dettes et de faire fixer par leurs maîtres le prix de leur logement. Toutefois, c'est le pape qui obligea l'Université à céder dans la lutte que celle-ci soutint au xiii" siècle contre les ordres mendiants , Franciscains et Dominicains. Elle ne voulait pas les ftiire participer à ses grades et à ses chaires , craignant que, attachés comme ils devaient l'être à leur ordre, ils ne le fussent pas suffisamment aux privilèges de l'Université. Elle fut pourtant obligée de céder sur l'ordre exprès du pape , et c'est ainsi que saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin furent admis au doctorat.
L'Université de Paris était également placée sous la protection des rois de France dont elle reçut de nombreuses marques de faveur. Ainsi , quoiqu'elle eût une existence de fait bien antérieure, elle ne fut regardée comme corporation qu'après une ordonnance de Philippe-Auguste de l'an 1200, qui lui donna cette qualité. Une série d'ordonnances des xin* et xiv' siècles, investirent les professeurs et écoliers de l'Université de nombreux privilèges W. Une déclaration de Philippe VI de Valois de janvier 1340 (2), décida que l'on ne pourrait les inquiéter ou molester à l'occasion des péages, tailles, impositions et droits de même nature. De plus, les maîtres et écoliers ne pouvaient, dans les causes personnelles, être traduits devant aucun juge
(1) Sous le Bas-Empire, un grand nombre de textes montrent que des faveurs spéciales étaient accordées à ceux qui se consacraient k l'enseignement. Voir Code de Justinien, liv. X, t. LU, et Code Théodosien, liv. XIII, t. ÏII et 1. XII, t. XV.
{2)Isambert,t. IV, p. 457.
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laïque hors des murs de la ville de Paris. Les objets et provisioDs destinés à leur subsistance ne pouvaient être arrêtés sons quelque prétexte que ce fût, même à Foccasion des guerres. Le prévôt de Paris était établi conservateur et gardien de ces privilèges. Des ordonnances de 1371 et 1383 affranchissaient encore les écoliers du paiement des droits établis sur la vente en gros et en détail des denrées leur appartenant lorsqu'elles proviendraient de leur patrimoine ou de leurs bénéfices. Enfin, en 1420, l'Université fut exemptée des aides, subsides et contributions des gens de guerre, des droits de guet et de garde, etc.
L'Université de Paris était encore en possession d'autres avantages. Ainsi elle pouvait disposer de quatorze bénéfices dont les titulaires étaient nommés successivement par chacun des sept corps qui composaient cette Université, les trois facultés supérieures et les quatre nations de la faculté des arts. Elle exerçait une certaine juridiction sur ceux qui étaient considérés comme ses suppôts, notamment les libraires-jurés, les papetiers, parcheminiers , les messagers qui servaient à maintenir les écoliers en relations avec leurs familles, etc.
D'autres Universités furent fondées dans les provinces sur le modèle de l'Université de Paris. Ce ne furent pas d'ailleurs toujours des créations nouvelles et le plus souvent elles succédaient à des écoles qui existaient en fait depuis longtemps. La première qui fut créée après Paris fut l'Université de Toulouse, fondée en 1233 par le pape Grégoire IX, puis celle de Montpellier établie par le pape Nicolas IV en 1289 et qui comptait seulement deux facultés, le droit et la médecine. En 1312, une Université fut fondée à Orléans par Philippe le Bel et fut surtout consacrée à l'enseignement du droit civil qui n'exbtait pas à Paris. L'Université de Bourges, que devaient illustrer au xvi* siècle de grands jurisconsultes comme Gujas et Doneau , date de 1465. Il y avait en 1789 en France vingt-quatre Universités, non compris celle d'Avignon qui appartenait au pape.
L'autorité de l'Univei'sité de Paris , qui avait été très grande aux xiii* et XIV* siècles, alla en déclinant à mesure que le pouvoir royal était lui-même mieux affermi C*). Sous Charles VIII,
(1) Jourdain , EUtoire de l'Université de Paris aux xvii' et X7ui* sièdes.