LA FAMILLE CHEZ LES GERMAINS
Droit die famille. — Chez les GermÛDs le mariage était monogame à l'époque de Tacite, mais les grands et les riches pouvaient pratiquer la polygamie : Singulis uxoribus eontenti sunt, excepHs admodum pauds qui non hbidine sed ob nobUiiaiem pharùms nupliis ambiuntur W. La femme est d'ailleurs en tutelle perpétuelle : pendant le mariage , elle est placée sous la puissance de son mari ; devenue veuve elle Test sous celle des parents du mari et ne peut se remarier qu'avec leur consentement. La femme n'apporte aucune dot au mari , c'est le mari qui dote la femme. Il y a là, comme nous l'avons remarqué plus haut, un reste de l'achat qui est le mode originaire du mariage chez un grand nombre de peuples. Les objets donnés à titre de dot sont plutôt destinés à l'utilité qu'à l'agrément. Ce sont des bœufs , un cheval et un bouclier (2). Tacite donne à ces objets un sens symbolique, et y voit un moyen d'avertir la femme qu'elle doit partager les fatigues et les dangers de son époux.
Les enfants ainsi que la femme étaient placés sous le mtmdium du mari, terme qui correspond à la fois à l'idée de puissance paternelle et à celle de protection. Le mundium était sans doute, à l'origine, un pouvoir analogue à celui qui, chez les Romains, s'appelait \^ patria potestas , mais qui paraît pourtant avoir été moins rigoureux, et avoir consisté surtout dans un droit de garde et de protection (3).
Au-dessous du chef de famille se trouvaient des esclaves, des affranchis et des clients , à peu près de la même manière que dans la famille romaine. Les esclaves, au dire de Tacite (^), jomssaient d'une certaine indépendance. Chacun avait son habitation particulière, ses pénates, et ne devait rien au maître au delà d'un certain tribut en blé, en bestiaux, en vêtements. Il était rare qu'on les frappât ou qu'on les condamnât aux fers, mais on les tuait souvent, moins pour les châtier que*par emportement et par colère. Les affranchis n'avaient pas une condition
(i) Tacite, § i8.
(2) Tacite , § 18, in fine.
(3) Laferrière , Histoire du Droii, t. III, p. 53.
(4) Tacite, §25.
sociale bien supérieure à celle de l'esclave, ils avaient peu d'influence dans la famille , aucune dans la cité.
Des successions. — Les Germains , comme nous l'avons vu, ne connaissaient pas le testament. Quant à la succession ab miestat, elle se réglait de la manière suivante : les enfants succédaient à leur père, et, à défaut d'enfants, la succession se transmettait à ceux qui étaient au plus proche degré de parenté , aux frères, aux oncles paternels et aux oncles maternels : a Si liberi non sunt, proximus gradus in possessions, fratres, patrui, avunculiW. » Il semble pourtant qu'il y ait eu encore chez les Germains, à l'époque de Tacite, des vestiges de la parenté maternelle. Les neveux maternels, d'après le grand historien, sont aussi chers à leur oncle qu'à leur père. Quelques-uns regardent même ce degré de parenté comme plus saint et plus étroit, et quand ils reçoivent des otages, ils préfèrent aux fils les enfants d'une sœur comme si ces neveux tenaient au cœur par de plus fortes attaches , à la famille par des liens plus nombreux.
De la propriété. — La propriété chez les Germains n'était pas encore devenue individuelle, les champs étaient occupés en commhn , et chaque année on procédait dans la communauté de village, appelée dans le langage germanique la mark, à un lotissement et à une distribution des lots en tenant compte de la condition des copartageants (2). Les Germains faisaient d'ailleurs comme les peuples qui peuvent cultiver à leur gré sur de vastes surfaces, tantôt une portion, tantôt une autre. Us ne défrichaient qu'une partie du sol et changeaient chaque année la portion à cultiver. Cette culture était toute superficielle, ils ne cherchaient ni à arroser leurs champs , ni à enclore leurs prairies , et il leur suffisait d'obtenir de quoi pourvoir à leur subsistance W.
(i) Tacite, ^20.
(2) Tacite, § 26. — Cœs., vi, § 22; iv, i, 3.
(3) César, qui avait été sans doute fort étonné de ce communisme si opposé aux mœurs romaines, invoque, pour Texpliquer, plusieurs considérations ingénieuses : « Ces institutions ont été imaginées afin que les Germains, par TeiTet des habitudes sédentaires , ne perdent pas le goût de la guerre pour prendre celui de Tagriculture ; pour qu'ils ne s'efforcent pas d'étendre les limites de leurs champs et que les puissants ne chassent pas les faibles
LBS OBRMÂINS COLONS DB l'BMPIRB. 81
Du droit pénai. — Quant aux crimes et délits, les Germaius pratiquaient le système des compensations que nous avons vu être en vigueur chez tous les peuples anciens. Seulement, comme à l'époque de Tacite, ils n'étaient pas encore arrivés à se servir de monnaie comme intermédiaire des échanges, c'est en têtes de bétail que cette compensation était arbitrée. Ainsi Fhomicide pouvait être racheté par un certain nombre de bœufs ou de moutons qui étaient remis à la famille de la victime. Pour les crimes les plus graves et qui ont un caractère public , par exem* pie pour la trahison et la désertion (0, les coupables étaient pendus aux arbres. Comme on le voit par les indications que nous venons de donner, les Germains , avant l'invasion , présentent tous les caractères des peuples aryens primitifs.
€k>iiiment les Germains sont -Us entrés dans la Gaule?
On a longtemps imaginé que les Germains pénétrèrent en vainqueurs sur le sol gallo-romain , que les chefs barbares s'attribuèrent vis-à-vis des vaincus tous les droits que nous voyons au moyen âge appartenir aux seigneurs et que telle fut l'origine de la féodalité (2). D'autres auteurs (3) ont soutenu au contraire que les Barbares n'entrèrent en Gaule qu'en vertu de traités passés avec les empereurs romains et que, s'ils s'arrogèrent des droits spéciaux vis-à-vis des habitants de la Gaule, ce fut par une véritable usurpation. Chacune de ces thèses présente cet avantage d'expliquer d'une fagon assez simple les origines du régime féodal, mais il est rare que les transformations sociales qui sont ordinairement complexes s'accomplissent avec autant de simplicité, et la vérité paraît être, d'après les travaux
de leurs possessions ; pour qu'ils ne cessent pas de s'endurcir contre le froid et le chaud en élevant des habitations construites avec trop de soin , etc. » César allait chercher bien loin les motifs d*un ordre de choses commun à la plapart des peuples anciens.
(1) Tacite, §§12 et 21.
(2) Boulainviiliers, Essais sur la noblesse de France. — Augustin Thierry.
(3) L'abbé Dubos , Établissement de la monarchie française dans les Gaules.
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les plus récents, que rentrée des Germains sur le sol gaulois est due à diverses causes, qu'ils y vinrent sans doute comme ennemis et en conquérants, mais qu'ils y avaient déjà pénétré à d'autres titres, comme colons ou laboureurs , et même comme soldats à la solde de l'Empire romain.
I. D'abord les Germains arrivèrent souvent sur le sol gaulois attirés par la perspective de jouir des avantages que la civilisation romaine, jusqu'à la décadence de l'Empire, assurait à ceux qui vivaient sous son ombre. Quatre grandes voies stratégiques ouvertes par Auguste (*), des travaux d'entretien et d'endiguement exécutés le long des fleuves , des ouvrages publics de toute sorte, avaient, en facilitant les communications, permis de tirer un meilleur parti de la fertilité du sol et rendu la vie à la fois plus facile et plus agréable. Au lieu d'être déchirée par des dissensions intestines comme avant la conquête, la Gaule, paciQée et défendue par les légions des césars, présentait des conditions de sécurité inconnues en Germanie. Aussi s'explique-t-on fort bien que les Germains , chassés de leur pays par des guerres incessantes , à l'étroit d'ailleurs sur un sol moins fertile et moins bien cultivé, soient venus offrir leurs bras aux propriétaires de la Craule et aient été attachés à la culture du sol à titre de colons ou à'adscriptitii. Déjà au temps de Néron , d'après les Annales de Tacite (2), les Ansibarii offrirent de se soumettre à la domination romaine si on leur permettait d'occuper les terres qui étaient vacantes.
IL De plus les Germains furent souvent employés par les généraux de Rome à titre de soldats. Au siècle d'Auguste, le service militaire avait reçu de profondes modiBcations. Jusquelà c'étaient les citoyens qui pouvaient seuls faire partie de l'armée , et ce système , qui était d'une application facile quand les guerres n'étaient ni trop lointaines ni trop prolongées, avait durant de longs siècles assuré à Rome la prépondérance entre les nations. Mais un tel mode de recrutement ne pouvait suffire quand il fallait faire campagne sur les bords du Rhin ou du
(i) Strabon, iv, ch. 6, 11.
(2) Tacite, Annales, xiii, § 53.
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Danube, et laisser des légions en permanence le long des frontières pour repousser les incursions incessantes des Barbares. La perspective de passer des années loin de Rome , un certain adoucissement des mœurs qui était le résultat de Taccumulation dans la même ville des richesses du monde entier, écartaient les citoyens valides du service militaire et rendaient nécessaire de pourvoir par d'autres moyens à la défense de TEmpire. Aussi les empereurs romains furent-ils souvent amenés à prendre à leur solde des hordes barbares et à opposer aux envahisseurs des hommes de même race qu'eux et de même origine. Les bandes germaniques qui entrèrent au service de Rome y subirent des conditions différentes suivant qu'elles étaient acceptées comme populi fœderati ou comme Usti.
Les fœderati ou alliés étaient ceux qui passaient à la solde de Rome en vertu d'un contrat par lequel ils s'engageaient à rendre le service militaire. Ils entraient librement dans l'alliance romaine et par suite ils conservaient leurs chefs, leur organisation, leurs usages. Ils étaient ordinairement rétribués au moyen de Vannona, c'est-à-dire des contributions en nature fournies par les habitants des provinces où ils étaient cantonnés. C'est pour eux surtout qu'on imagina l'usage de Yhospitalitas qoi devait jouer un si grand rôle au moment de l'invasion des Barbares. Au lieu d'être installés dans des bâtiments appartenant à TËtat, ces Germains, devenus soldats pour le compte de Rome, étaient logé^ chez les habitants comme hôtes ou hospites et ceux-ci devaient pourvoir à leur entretien. Il s'établissait ainsi, entre les propriétaires et ceux qui profitaient de Vhospitalitas, une sorte de partage de jouissance qui explique comment plus tard les Barbares, notamment les Burgondes et les Wisigoths, purent s'attribuer une portion des biens des contrées qu'ils avaient envahies. Ils procédèrent par imitation des usages qui avaient été observés antérieurement à leur égard , lorsqu'ils étaient reçus dans l'Empire comme fœderati ou auxiliaires.
Les IdBti dont le nom indique un rapport de sujétion (du radical germanique leûte) étaient les Barbares qui , après avoir été battus et faits prisonniers, étaient établis par les généraux romains sur les frontières de l'Empire. Là, cantonnés dans des
colonies militaires, ils étaieat obligés de défendre le territoire romain contre les incursions de l'ennemi (0. Au lieu d'être rétribués par Vannane comme les fœderati^ les lasH ou lètes devaient vivre des produits du sol qu'ils cultivaient et dont ils avaient reçu la jouissance. Les terres qui leur étaient affectées portaient le nom de terres Utiques; ils étaient tenus d'y résider sous peine d'ôtre traités comme déserteurs.
Les lètes .vivaient dans une situation assez semblable à celle des colons; comme eux ils étaient fixés au sol et ne pouvaient l'abandonner, leur condition était héréditaire et transmissible à leurs enfants. Ils pouvaient se marier entre eux«et eurent même jusqu'en 365 le connubium avec les citoyens romains. A cette époque, ils tombèrent sous le coup d'une constitution de Valentinien et Valons (2) qui défendait le mariage entre Romains et Barbares ; mais il paraît que cette constitution ne fut pas longtemps mise en pratique et peut-être même ne fut-elle point appliquée aux Francs P).
Le terme de lasti était spécialement employé pour désigner les Barbares établis dans la Gaule à charge de service militaire. Il y avait sur d'autres points de l'Empire, dans une condition toute semblable, d'autres Barbares à qui on avait donné le nom de gentUes. Cette expression désignait surtout les Barbares d'origine slave.
Les terres léliques ne furent pas les seules qui furent concédées à charge de service militaire. Dans des régions éloignées de rSmpire, où la nécessité de défendre la frontière se faisait sentir, les empereurs imaginèrent de donner des terres à des vétérans, à charge peu* eux de rendre le service militaire auquel ils s'engageaient par serment. C'est ce que l'on appela les ierrœ limitarus ou furuii limUrophi. L'obligation imposée à ces vétérans passait comme celle des lètes à leurs enfants mâles et les terres faisaient retour, à la mort des ayants-droit , au corps dont ils faisaient partie.
(i) C'était un système semblable à celui des confins militaires de l'Autriche. Elysée Reclus, t. III, p. 283.
(2) Code Tbéod., 1. III, t. xrv, loi 1.
(3) Garsonnet, Histoire des locatians perpétitelles , p. 170.
LES GBRMAINS ENVAHISSEURS DE l'eMPIRE. 88
Il ne faudrait pas confondre avec les lètes des Barbares auxquels on donnait le nom de deditices* Ceux-ci , comme leur nom rindique , s*étaient rendus à la discrétion du peuple romain et avaient conservé leurs terres ou obtenu des concessions, mais à titre de colons et sans être astreints au service militaire. Ils n'avaient donc rien de commun avec les bsti dont nous venons de parler.
III. Nous venons de voir comment les Barbares entrèrent dans l'Empire romain, non par la violence, mais à titre d'alliés et d'auxiliaires; mais s'il est vrai qu'ils n'y arrivèrent pas seulement en conquérants, on ne saurait, d'autre part, faire abstraction de ces invasions formidables qui bouleversèrent le vieux monde romain et préparèrent la séparation des peuples placés sous le même joug en un grand nombre de nations diverses. Nous n'avons pas ici à faire l'histoire de ces incursions incessantes que, à partir d'Auguste, les empereurs romains furent constamment occupés & repousser. Rappelons seulement cette invasion terrible que causa la poussée des Huns, en l'an 406, et où deux cent mille Germains se répandirent sur la Gaule en ravageant tout sur leur passage.
On comprend que , à la suite de ces violentes secousses et de l'insécurité sociale qui en était la conséquence, les conditions d'équilibre de la société gallo-romaine durent se modifier. A mesure que l'empire romain s'affaiblissait , on vit reparaître le patronage; les hommes préféraient être soumis à l'autorité d'un homme puissant qui pouvait les prendre sous sa protection plutôt que d'être subordonnés à une autorité centrale, mais éloignée , et qui était devenue totalement impuissante.
Nous avons déjà vu le patronage se manifester sous la forme des précaires , des fundorum patrocinia, mais il n'était pas toujours individuel. Poussés par la nécessité de trouver un protecteur, des bourgs, des villages entiers, se donnaient à un homme, se plaçaient sous sa protection. C'est ce qu'on appelait les patrocinia vicorum. Ainsi , peu à peu , le lien qui obligeait l'individu vis-à-vis de la puissance publique disparaissait et se trouvait remplacé par une série de liens personnels qui le rattachaient à un chef, à un senior. Les empereurs com-
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prirent bien qu'il y avait là une grave cause de désordre. Celui qui était soumis au patronage avait-il un procès , son patron venait le défendre en justice; avait-il à payer l'impôt, il renvoyait également à son patron. En vain considéra-t-on le patronage comme un acte coupable, on le frappa d'une amende, on arriva même jusqu'à prononcer la confiscation des biens à la fois contre l6 patron et contre le client (*). Rien n'y fit, aucune rigueur ne pouvait arrêter cette tendance générale qui portait les hommes à se mettre sous la domination d'un autre homme. Au milieu de la désorganisation sociale un courant irrésistible poussait les individus à se soustraire au régime de l'État et d'un pouvoir public central pour s'acheminer vers la féodalité.
Quelle était à la fin de l'Empire d'Occident la situation de la Gaule?
Lorsque les diverses causes que nous venons d'énumérer eurent agi pendant des siècles et que les Barbares eurent à divers titres pénétré sur le sol romain , nous voyons que vers la fin du V* siècle, à la chute de l'Empire d'Occident, la Gaule était occupée par certains peuples barbares répartis de la manière suivante : les Wisigoths au sud de la Loire, les Burgondes sur les rives du Rhône, les Francs au nord sur les bords du Rhin et de l'Escaut.
Les Wisigoths après avoir, vers l'an 410, pénétré jusqu'à Rome môme, obtinrent de l'empereur Honorius, en l'an 419, la permission de se fixer au sud de la Loire et d'occuper la plus grande partie de l'Aquitaine. Les rois wisigoths demeurèrent à Toulouse, d'où ils débordèrent sur l'Espagne où ils finirent par être rejetés par les victoires des rois francs. Leur histoire fait donc partie plutôt de celle de la péninsule ibérique que de la France.
Quant aux Burgondes, ils vinrent s'établir à peu près à la même époque que les Wisigoths dans l'Empire romain. Ils s'étendirent sur la rive gauche du Rhône et occupèrent à peu près tout le sud-est de la Gaule. Ils arrivèrent moins en conquérants
(\) Code Théod., De patrociniù vicorum, l. XI, tit. xxiv, loi 5.
TICTOIRBS DBS FRANCS. 87
qu^en amis, et ils farent appelés parles habitants de plusieurs cités qui espéraient trouver en eux des défenseurs contre les inyasions des autres barbares. Ce sont eux surtout qui mirent en pratique Yhospitalitas, déjà employée, comme nous Tavons vTi , par les Romains eux-mêmes, lis se firent attribuer une partie de la jouissance du sol jusqu'à ce que ce partage de jouissance se transformât en une acquisition de la propriété.
Les Francs étaient inconnus au temps de Tacite, et des auteurs pensent que leur nom vient de ce qu'ils formaient des bandes errantes entre le Rhin et l'Elbe (i). A diverses reprises, un certain nombre d'entre eux étaient venus se fixer dans l'Empire à titre de colons ou bien avaient été employés par les empereurs pour défendre les rives du Rhin. On distinguait parmi eux les Francs Salions et les Ripuaires. Le nom de Salions fut donné aux premiers sans doute à cause d'une petite rivière , affluent de l'Elbe, la Sala (l'Yssel), le long de laquelle ils avaient longtemps demeuré. On désignait sous le nom de Francs Ripuaires les tribus qui étaient établies sur les rives du Rhin.
On a prétendu qu'à la même époque où la Gaule était occupée par ces tribus barbares et vers la fin du v* siècle , il y aurait eu une confédération Armoricaine, sorte de république fédérative comprenant les peuples établis au bord de la mer dans le pays qui est devenu plus tard la Bretagne , mais l'existence de cette confédération ne parait nullement établie (2).
Les rois de ces peuples barbares établis dans l'Empire romain étaient loin de posséder des pouvoirs absolus. Ils reconnaissaient la suprématie de l'empereur de Rome et notamment celle des généraux romains que l'on appelait magistri militum. Ainsi Childéric, père de Glovis, fut déposé par OEgidius qui était magister militum des Romains. Lorsque l'Empire d'Occident s'écroula en 476, le roi des Hérules, Odoacre, ayant déposé le dernier de ces empereurs, les généraux romains conservèrent le pouvoir pour leur propre compte , et nous savons que, en Gaule notamment, la région comprise entre la Loire et la Somme était au pouvoir de Syagrius, chef des Gallo-Romains.
{î) De Wrang, errant.
(2) Fustei de Couianges, Histoire des institiUiims politiptes, t. I, p. 591.
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Entre tous ces peuples établis sur le sol de la Gaule c^est aux Francs que le sort des armes devait réserver la prépondérance. En Tan 486 , Clovis triompha d'abord à Soissons des Gallo-Romains commandés par Syagrius ; puis il remporta la victoire de Veuille sur les Wisigoths et, par une conversion habile , s'attira les sympathies des Gallo-Romains restés catholiques et qui regardaient comme hérétiques les rois barbares qui étaient ariens. « Comme le remarque Lehuerou(0, trois victoires lui assurèrent la Gaule et quatre assassinats toutes les tribus franques qui avaient franchi le Rhin avec la sienne. Sa gloire absorba toutes les gloires rivales , comme son royaume s'agrandit de tous ceux qui jusqu'alors lui avaient servi de limites, et les vainqueurs n'eurent qu'un chef comme les vaincus n'eurent qu'un maître. L'unité de territoire et l'unité de dynastie sortirent ainsi des mêmes événements. » Les fils de Clovis achevèrent son œuvre en soumettant à leur tour les Burgondes.
Il est intéressant d'observer que , malgré ses victoires, Clovis ne se considéra jamais comme un souverain indépendant. De même qu'Odoacre, après avoir renversé l'Empire d'Occident, avait demandé à l'empereur d'Orient Zenon le titre de patrice et une sorte d'investiture, de même Clovis se regarda comme un délégué de l'autorité romaine représentée par les empereurs d'Orient. D'après Grégoire de Tours (2), il reçut de l'empereur Anastase le titre de maître des soldats et de patrice des Romains. On lui envoya môme les insignes du consulat, titre auquel s'attachait, d'après les traditions romaines, l'honneur le plus grand que l'on pût conférer à des particuliers.
Nous venons de voir comment les Barbares sont entrés et se sont établis dans la Gaule. Avant de rechercher quelles furent les dispositions principales de leur droit public et privé, il importe d'indiquer brièvement quels sont les textes auxquels on doit recourir pour connaître la législation de cette époque.
(1) Histoire des insUltUians mérovingiennes, p. 350.
(2) Grégoire de Tours, Historia francorum, II, 38. « Igitur Clodovechus ab Anastasio imperatore codicillos de consulalu accepit et in basilica beati MarUni tunica blatea indutus est et chlamyde imponens vertici diadema. »