II. ÉPOQUE CAROLINGIENNE
Transition à la féodalité.
Ce qui caractérise la période carolingienne c'est la fusion qui se produisit entre les éléments germaniques et romains qui se trouvaient en présence , fusion qui devait aboutir à la formation d'une société nouvelle, la société féodale.
U Y avait eu sur le sol de la Gaule après la période de création des royautés barbares deux populations juxtaposées, vivant l'une sous le régime des institutions romaines, Tautre sous celle des institutions germaniques. Comme ces populations étaient soumises à la même administration, régies par les mêmes édits royaux et capitulaires, Taction du pouvoir politique fut de rapprocher ces éléments divers et de tendre à les fondre en un seul tout. Aussi a-t-on distingué avec raison à côté d'un droit populaire, un droit royal et administratif applicable à tous les sujets et qui devait concourir à l'assimilation des races comme à celle du droit et des institutions. Une organisation politique et administrative ingénieuse fut imaginée dans ce but et sous la main puissante d'un Charlemagne on put croire qu'un grand empire allait être fondé qui continuerait à travers les âges la grandeur et la civilisation de l'empire romain. Mais le règne de Charlemagne n'eut d'autre résultat déQnitif que de mettre un terme à ces invasions des Barbares qui désolaient TEarope depuis quatre ou cinq siècles et de permettre une sécurité relative au sein de laquelle les nations modernes commencèrent à se développer. Quant à l'œuvre politique de Charlemagne, elle était destinée à disparaître et aucun de ses faibles successeurs n'eut le génie nécessaire pour la consolider.
Déjà sous les Mérovingiens s'était formée une aristocratie de grands propriétaires qui avaient assez d'importance pour tenir en échec la royauté. Ce fut le plus puissant de ces hauts personnages qui, après avoir rendu la mairie du palais héréditaire à
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son profit, finit par supplanter la dynastie mérovingienne. Peu à peu chacun de ces grands propriétaires, en présence de Taffaiblissement du pouvoir central, se fit indépendant dans son domaine. Ainsi devait prendre naissance la société féodale qui était une conséquence nécessaire de la condition des hommes et des choses sous les Carolingiens. M. Guizot, dans ses Esseas sur l'histoire de France (*), a parfaitement démontré, comment il était impossible à cette époque de maintenir Tunité d'un grand État : « Quand Texistence des hommes ne s'étend guère hors de Tétroit espace où ils naissent et meurent, quand l'absence du commerce , de l'industrie, du mouvement d'esprit, la nullité ou la rareté des communications matérielles et intellectuelles , resserrent leur pensée dans un horizon à peu près aussi borné que celui qu'embrasse leur vue , comment une grande société pourrait-elle subsister? Quelles idées, quelles relations, quels intérêts, en seraient le lien et l'aliment? La seule société qui soit alors possible est une société étroite, locale, comme l'esprit et la vie de ses membres. Et si par quelque puissant accident, par quelque cause passagère, une société plus vaste est un moment formée, on la voit bientôt se dissoudre, et à sa place naissent une multitude de petites sociétés faites à la mesure du degré de développement des hommes et qui bientôt produisent, chacune dans ses limites, un gouvernement de même dimension. »
OrganiscUion politique et judiciaire.
Nous n'insisterons pas longtemps sur l'organisation politique et judiciaire au temps des Carolingiens. Les rois sont toujours désignés par l'hérédité et ont des pouvoirs absolus. Mais Charlemagne organisa des assemblées régulières qui, sous le nom de placita, se tenaient deux fois dans Tannée, au prin* temps et en automne. Il n'y avait là rien de semblable à des institutions parlementaires. Le souverain réunissait des di^ûiiaires de l'Empire, des ducs, des comtes, des évèques, qui ne votaieat
(i) Troisième essai.