BUT DU MOUVEMENT COMMUNAL
de leurs seigneurs , de gré ou de force , des chartes d'affraucbissement. Comment expliquer ce mouvement général et irré-* sistible qui, vers les xi* et xn* siècles, se manifesta avec tant d'ensemble, surtout dans les communes du nord de la France, jusqu'à ce qu'elles eussent obtenu leur émancipation? C'est que plusieurs de ces communes devenues riches, supportaient avec d'autant plus d'impatience le joug féodal auquel elles étaient soumises et que ces richesses même leur donnaient les moyens d'engager la lutte contre les seigneurs et de la soutenir plus longtemps. Et si les agglomérations urbaines secouèrent plutôt que les campagnes la domination des seigneurs, c'est que la réunion des hommes dans les mêmes murs , la facilité qui en résulte pour une entente mutuelle, donnent à leurs revendications une cohésion et une force que ne pourraient avoir des réclamations isolées. Le mouvement communal n'eut donc rien d'artiQciel et fut comme le résultat nécessaire de la prospérité croissante de certaines cités.
Le but de ce mouvement fut surtout d'acquérir un certain ensemble de libertés civiles et politiques. Jusque-là les hommes avaient été obligés de supporter des tailles et des corvées sans limites. Ils ne pouvaient quitter leur lieu d'habitation sans le consentement du seigneur, ils étaient soumis à des banalités de tonte sorte et leurs réclamations contre le seigneur n'étaient point soumises à une justice régulière. Aussi voyons-nous que , dans les chartes d'affranchissement, ce sont moins des droits politiques que tous ces droits primordiaux sans lesquels l'existence est insupportable, qui sont stipulés par les hommes des communes. La charte de Saint-Quentin (i) donne aux habitants le droit d'aller et de venir, de s'établir où ils veulent. Elle les exempte de certaines banalités qui leur étaient imposées jusquelà. La charte de Poitiers (2) leur reconnaît le droit de se marier sans le consentement du seigneur. Celle de Mantes (3) supprime les tailles et capitations. D'autres chartes, telles que les statuts
(i) Augustin Thierry, Lettres sur Vhistoire de France. — Reciieil des Ordonnances des rais de France, t. XI , p. 270. (2) Recueil des Ordonnances des rois de France , t. XI , p. 290. (3)R,t.XI,p. 197.
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de Liège, décident que la juridiction des échevins de la commune sera substituée à celle du seigneur et prennent des garanties pour qu'il soit interdit au seigneur et à ses agents de pénétrer arbitrairement chez les particuliers. Les communes rejettent loin d'elles toutes les traces de la servitude , et nous voyons notamment, dans la charte d'Amiens (*), que le nom de serf appliqué à un homme de commune, à un juré, est considéré comme une grave injure.
Les rois de France ne furent pas toujours et d'une manière systématique , comme on Ta cru longtemps , favorables à l'émancipation des communes. Dans leur domaine personnel, pas une seule ville , et il y en avait de très prospères , n'obtint an affranchissement semblable à celui des villes des seigneurs. Us intervinrent, il est vrai, assez souvent dans les luttes de leurs vassaux contre les bourgeois qui désiraient voir leur ville érigée en commune, mais ce qui les déterminait à se prononcer en faveur de l'une ou l'autre des parties , c'étaient les avantages qui leur étaient offerts par les belligérants, notamment les sommes d'argent qu'ils avaient soin de stipuler. On voit dans les péripéties de la lutte si longue et si curieuse de la commune de Laon contre son évêque , que les rois intervinrent quatre fois en faveur de la commune et cinq fois contre elle , et que finalement, en 1331 , Philippe VI de Valois abolit la commune, mais en ayant soin de stipuler qu'il y aurait dans la cité un prévôt exerçant la justice au nom du roi et choisissant le maître de tous les métiers (^). L'affranchissement des communes est donc le résultat, moins de l'action plus ou moins énergique des rois de France, que d'une sorte de commotion sociale qui se communiquait de proche en proche et poussait les populations des cités les plus nombreuses et les plus riches à secouer le joug féodal.
Dans le midi de la France un grand nombre de villes continuèrent à jouir des libertés locales dont l'origine remontait à la domination romaine et à l'organisation des municipes. Marseille, Arles, Toulouse, Narbonne et un grand nombre d'autres cités
(l)W.,t. XI,p.266.
(2) Augustin Thierry, Lettres sur Vkistoire de France,