‹ Précis de l'histoire du droit français (volume 2)Chapitre 76 sur 162 · GHILDES ET CORPS DB METIERS · texte numérisé non relu

GHILDES ET CORPS DB METIERS

IHBUSTRIE ET GOHMERGE AU MOTEH AGE.

Le trait caractéristique de Tindustrie au moyen Age est surtout la division des artisans et gens de métiers en corporations. Sans doute, cette organisation remonte par une tradition ininterrompue aux collecta et sodalitates des Romains , quoiqu'il soit difficile de suivre leurs traces du v* siècle au x*. Ces corporations précédèrent souvent la commune, car, dans beaucoup de villes, on voit les métiers déjà organisés au moment où commence la lutte pour Taffranchissement. Les corps de métiers appelés aussi métiers, ghildes, associations, étaient sans doute d'autant plus nombreux et plus florissants que Tindustrie était plus prospère dans les villes où ils étaient organisés. Les statuts des métiers sont fort anciens et, pour la ville de Paris, plusieurs remontent à Philippe-Auguste et même au delà. Le registre des métiers, rédigé par ordre d'Etienne Boileau, au temps de saint Louis, contient les statuts de nombreuses corporations W.

Chaque corps de métier formait ordinairement une confrérie ayant un saint pour patron et des fêtes spéciales. Pour entrer dans la corporation , il fallait commencer par être apprenti. Le nombre des apprentis était très restreint, et, dans la plupart des métiers, les maîtres ne pouvaient en avoir plus de deux. Le temps de l'apprentissage était assez long et variait de trois ans à dix ans.

Sorti de l'apprentissage, l'ouvrier devenait compagnon ou valet et travaillait pour le compte d'un patron. Les valets devaient se rendre sur certaines places où ils attendaient que les mattres vinssent les embaucher* Ceux-ci ne pouvaient les engager qu'après s'être assuré qu'ils remplissaient les conditions exigées par les statuts.

Le nombre des maîtres était limité. On ne pouvait le devenir

(il Deppinff , RêglemenU sur les arts et métiers de Paris rédigés au zui« siMe, dajis la collection des documents inédits pour l'histoire de France.

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qu'autant qu'il y avait une place vacante, que l'on prouvait sa connaissance du métier, et que l'on payait au seigneur, à la corporation ou au roi , un droit qui était déterminé par les usages. Dans presque chaque métier, des règlements minutieux fixaient le mode de fabrication des produits , et non-seulement le mattre devait veiller à ce que ses ouvriers ne s'écartassent point des conditions prescrites par les statuts, mais on nommait des prud'hommes ou gardes du métier qui étaient chargés de veiller à l'exécution des règlements. Ces gardes avaient le droit de faire des visites dans les ateliers, et s'ils surprenaient quelques dérogations aux statuts , ils pouvaient saisir les objets fabriqués et citer le maître devant le juge pour le faire condamner à l'amende. Chaque corporation était renfermée par ses statuts dans un certain ordre de fabrication , et ne pouvait empiéter sur les attributions d'un corps de métier différent. De là de nombreux procès entre des corps de métiers exergant des professions qui présentaient entre elles quelque analogie W.

Les corps de métiers organisés d'une façon si étroite devaient mettre obstacle d'une manière presque absolue aux progrès de l'industrie. Et pourtant quand on se reporte au temps où cette organisation prit naissance, on comprend qu'elle a été une conséquence des conditions sociales du Moyen ftge, et que, au point de vue politique aussi bien qu'au point de vue économique, elle a eu sa raison d'être. Les corporations, en réunissant les gens qui exerçaient les mêmes professions, leur permettaient de se défendre avec plus de succès contre les seigneurs féodaux et leurs officiers , et ceux-ci devaient traiter une association nombreuse avec plus de ménagements que des individus isolés. De plus, au Moyen âge, les transports étaient difficiles et les débouchés restreints, l'artisan ne travaillait que pour un marché étroit et qui n'était guère susceptible d'extension. Les besoins de la consommation étaient peu variables et l'on s'explique que, lorsque dans une localité le nombre des producteurs était en équilibre avec le nombre et les besoins des consommateurs , il s'établit un ordre de choses presque inunobile

(1) Levasseur, Histoire des classes ouvrières en France, 1. 1, p. 263.

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