‹ Précis de l'histoire du droit français (volume 2)Chapitre 77 sur 162 · LB8 FOIRES AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

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et que le nombre des métiers, celui des compagnons et des affranchis , et la façon même de fabriquer fussent déOnitiyement arrêtés W. Enfin , comme le nombre des maîtrises était limité, les statuts étaient rédigés de manière à assurer la loyauté de la coDcurrence entre ceux qui exerçaient le même métier. Ainsi le règlement de mainte corporation défendait à ses membres d'appeler de loin les chalands, de les détourner de la boutique du voisin et de leur faire des offres de service au moment où ils étaient en marché avec un autre.

Pour le commerce , les x* et xi* siècles furent des époques de stagnation et d'inertie , mais à partir du xii* siècle , l'émancipation des communes et surtout les croisades imprimèrent une impulsion toute nouvelle. Les croisades surtout eurent une grande ioflaence. Elles établirent des relations entre des peuples qui étaient étrangers l'un à l'autre, ouvrirent des routes jusque-là fermées et eurent pour conséquence l'envoi en Orient, chaque année, de flottes qui rapportedent des marchandises distribuées ensuite dans toute la France et les pays étrangers. L'Italie que traversaient les croisés et qui leur fournissait les moyens de transport, s'enrichissait de ce passage et voyait se développer la prospérité croissante de ses grandes cités , Gènes , Pise , Venise, etc.

Les marchés et les foires avaient au moyen âge une grande importance , parce qu'ils étaient des lieux de réunion dans lesquels se faisaient les approvisionnements de villes et même de régions entières. Dans un temps où les transports étaient difficiles, où les routes n'étaient pas toujours très sûres, les marchands avaient imaginé de se réunir ainsi à certaines époques fixes, dans des lieux déterminés, où ils trouvaient une grande réunion de marchandises et où ils étaient placés sous une protection efficace. Les grandes foires, au ziii* siècle, étaient celle du Lendit qui se tenait dans une grande place au nord de Paris, entre la Chapelle et Saint-Denis , les foires de Champagne et dans le midi celle de Beaucaire. Des prud'hommes ou gardiens des foires élus par les marchands faisaient la police et

(1) De Molinari, L'évolution économique an xix« siècle, p. 206.

prononçaient sur les contestations. Pour garantir le paiement des obligations contractées , il était permis de saisir les biens du débiteur et même ceux de ses compatriotes. On établissait ainsi une sorte de solidarité entre les étrangers d'une même nation qui étaient venus à la foire.

Au xu* et au xm* siècle, on voit prendre naissance des contrats commerciaux importants, sous rinflueoce des Italiens et des Israélites, les grands agents du commerce au moyen âge. C'est ainsi que dans la seconde moitié du xu* siècle on constate l'apparition des premières lettres de change. A qui faut41 attribuer l'invention d'un instrument commercial qui devait acquérir par la suite une si grande importance? On est encore aujourd'hui loin de s'accorder sur ses origines. Quelques-uns ont avancé qae la lettre de change remonte à la plus haute antiquité et qu'on en aurait trouvé des traces dans les écrits cunéiformes attiibnésanx Assyriens, mais c'est une opinion qui ne paraît pas démontrée. D'autres W soutiennent qu'elle aurait été imaginée par les Gibelins. Lorsque ceux-<;i, après avoir été vaincus à Florence, furent contraints de fuir, ils auraient laissé leurs biens en dépôt à des amis et, une fois parvenus dans la ville où ils s'étaient réfugiés, ils auraient emprunté à des capitalistes en s'engageant à leur faire toucher une somme égale ou supérieure dans la | ville qu'ils avaient abandonnée. Mais cette opinion est peu admissible, car on a trouvé des lettres de change antérieures à la défaite gibeline. — Peut-être est-il plus exact d'attribuer, avec une troisième opinion (2), cette même invention aux Israélites. Ceux-ci furent à diverses reprises expulsés de France par Dagobert, Philippe-Auguste, Philippe V, et c'est dans ces circonstances qu'ils se seraient servi de la lettre de change pour retirer les sommes qu'ils avaient laissées en France. Cette opinion est assez probable, étant donnée l'habileté des Israélites en matière de commerce, et s'accorderait assez bien avec la date de l'expulsion des Juifs sous Philippe-Auguste, car c'est

(1) Casarégis, Disc., 2i8, note f .

(2) Montesquieu, Esprit des lois , liv. XXf, ch. xx. — Nouguier.DM lettres de change.

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