‹ Précis de l'histoire du droit français (volume 2)Chapitre 81 sur 162 · PRESTIGE DE LA ROYAUTE · texte numérisé non relu

PRESTIGE DE LA ROYAUTE

sorte de magistrature donnant au souverain le droit d'intervenir pour assurer Tordre et la paix, et pour protéger les faibles contre les puissants. L'onction divine qui était nécessaire pour sacrer les rois de France les revêtait d'un caractère religieux qai était de nature à frapper Timagination de leurs sujets. On peat dire qu'il en était de ces rois comme des prêtres et des évêques dont le pouvoir était censé procéder de la divinité ellemême, et Ton ne saurait nier que ce caractère sacré dut, en des temps de foi, inspirer un profond respect et une crainte salutaire à tous ceux qui étaient soumis à l'action de la royauté W. Eq&q, comme pour augmenter encore ce prestige, ajoutons que les légistes qui furent les conseillers souvent écoutés des rois de France et leurs auxiliaires les plus puissants dans la lutte contre les seigneurs, trouvèrent dans les études et les souvenirs du droit romain de nouveaux motifs pour concevoir une haute idée du pouvoir royal. Ils virent dans le roi le continuateur de ce princeps souvent cité dans les textes des jurisconsultes qui, ayant réuni sur sa tête toutes les fonctions publiques, était investi de pouvoirs absolus et pouvait par sa seule volonté faire et modifier la loi. Aussi furent-ils conduits à transporter dans le droit français le principe des Institutes (2), qitod principi placuù, legis habet vigorem, qu'ils traduisirent en ces termes énergiques : «Se veut le roi, si veut la lai, Boutillier dans la Somme rural k^), exprime la môme idée en disant : < Les nobles rois de France sont empereurs en leur royaume et faiseurs et conditeurs en la loi. Si sachez que le roi de France peut généralement faire tout autant que à droit impérial appartient. » Ainsi s'appuyant sur les légistes et sur les bourgeois (les communes, fortifié par le progrès des mœurs devenues plus douces et une sécurité qui, en grandissant, enlevait à la féodalité sa raison d'être, le pouvoir royal, assimilé à celui des empereurs romains, devait finir par être absolu et sans contrecomme celui de ces empereurs l'avait été dans le passé.

(i) Bévue politique et littéraire, avril 4880.

{^)^t,DeJurenat.

{^] Somme rural; II» partie, tit. i.

272 REGIME FÉODIL SECONDAIRE.

Page 1