‹ Principales œuvres pédagogiquesChapitre 103 sur 151 · I. Voir p · texte numérisé non relu

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ment de gôiie et tV oppression qui se produit dans toute société par le jeu des ellbrts et des résistances des hommes. Trop de concessions de la part de ses camarades donnent à Tenfant des illusions sur les vrais rapports de la vie.

En outre, la fréquentation de la société doit alterner avec la vie retirée. Il ne faut pas que le courant de la vie sociale entraîne, et devienne plus puissant (pie Y éducation. Le jeune enfant, et à plus forte raison F adolescent, doit aussi déjà apprendre à être seul et à remplir convenablement son temps.

46. En vivant alternativement au milieu de ses pareils et parmi les adultes , l'enfant apprend à connaître différents points d'honneur. Les unir ou les subordonner entre eux comme il convient, peut être pour l'éducation, suivant les circonstances, une lâche plus ou moins aisée ou diflicile, selon que l'estime de la force brutale s'accordera plus ou moins avec les exigences du bon ton et la considération accordée aux talents et au savoir. L'essentiel, c'est qu'on n'entretienne artificiellement aucun amourpropre, mais qu'on n'en étouffe non plus aucun lorsqu'il est naturel et juste. Mais, ordinairement, ceux qui s'intéressent aux progrès de l'élève ont besoin de se mettre eux-mêmes en garde contre l'illusion d'espérances exagérées. En y cédant, ils deviennent involontairement flatteurs, ils poussent l'enfant, et à plus forte raison l'adolescent, au delà du point auquel il doit se tenir : il faut alors s'attendre plus tard à d'amères expériences.

47. Une chose qui se développe plus lentement que l'amourpropre naturel, c'est l'appréciation, l'estimation de la valeur des choses considérées par rapport aux besoins ordinaires de l'existence. Ainsi, en particulier, les jeunes enfants savent rarement manier l'argent ; le petit garçon est victime des illusions, et au lieu de dire, par exemple : ceci ou cela, quand il s'agit de ce qu'on peut avoir pour une certaine somme d'argent, il est tenté de dire : ceci et cela. Là encore, il faut qu'il fasse des expériences en petit, et qu'il apprenne à estimer par la pri-

j I vation ce qu'il n'a pas, non seulement au point de vue de

l'argent, mais aussi des choses elles-mêmes. Il est rarement besoin de prévenir la jeunesse contre l'avarice mesquine ; pourtant il arrive plus souvent qu'elle contracte un peu ce défaut par ouï-dire, et il peut arriver que tel soit avare par imitation, qui, de son propre mouvement, serait dissipateur. Lorsque ces défauts ne cèdent pas devant l'amour-propre, ils sont du ressort de la culture morale proprement dite.

48. Une fois que l'enfant a appris quelle gêne il est ou n'est pas obligé de subir parmi les autres hommes, et la somme d'honneur, de choses, de jouissances à laquelle il peut prétendre ou doit renoncer, il s'agit de savoir comment il combinera tout cela avec les occupations auxquelles il se livre avec plus ou moins de plaisir ou de déplaisir. Il arrive souvent alors quo telle chose rend l'autre possible, ou qu'elle en dépend, ou que celle-ci limite celle-là ; tout cela, l'esprit réfléchi le remarque bientôt de lui-môme, mais l'esprit léger ne s'en pénètre pas suffisamment : il faut alors que l'éducateur l'y aide, car si la réflexion sur ces sortes de choses fait défaut, l'honmie restera sans caractère.

Mais il arrive souvent qu'un certain man(|ue de fermeté est môme désirable; c'est en effet le cas lorsque les différentes sortes iVintérèt intellectuel que doit éveiller Y enseignement, ainsi que la culture morale et la culture religieuse, sont restées en retard. La partie objective du caractère ^ ne doit pas se compléter troj) tôt, et bien souvent une grande partie de la valeur de Yéducation morale consiste à reculer ce moment. C'est à cela que sert la gêne qu'on impose à l'enfant, la situation inférieure qu'on lui donne conformément à son âge, et surtout la privation de liberté par laquelle on l'empêche d'agir sans permission et à son gré -. L'appréciation esthétique des choses

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