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(le la volonté ne vient souvent que tard , ou reste faible par rai)port à Tinipression des expériences mentionnées précédemment ; alors on constate aussi l'absence de chaleur morale, et, en pareil cas, on parviendrait sans doute à former le caractère, mais bien mal, si on laissait le jeune homme en i)leine liberté. 11 vaut mieux favoriser tout ce qui peut contribuer à prolonger au-delà de la mesure ordinaire les amusements de la jeunesse, môme les jeux enfantins.
3^ La culture morale considérée en tant quelle a pour but
tiétablir des règles.
49- La culture morale, considérée en tant qu'elle a pour but à' établir des règles, connnence au moment où la partie subjective du caractère apj)araît, c'est-à-dire ordinairement dans les dernières années de Tenfance. Dans la j)ériode qui précède, la règle était de ne i)as raisonner avec les enfants (§ 4i)» du moins tant <pie cette règle pouvait suffire . Mais cela cesse d'être possible dès (pie rélève raisonn(* j)ar lui-même, et le fait même av(?c une telle suite que ses pensées, au \\v\\ de venir et de disjïaraitre comme des idées fugitives, gagnent en durée et en solidité. 11 ne faut pas alors abandonner ce raisonnement à luimême, on ne peut non plus le réprimer par des paroles d'autorité, il faut au contraire (pu? l'éducateur s'y prête en raisonnant lui-même, et prévienne ainsi un déveh)ppement ultérieur dans une fausse direction.
La tendance à établir des règles se remanpie déjà dans les jeux des enfants. A chaque instant un ordre règle ce qu'il faut faire;" seulement on obéit mal aux ordi*es impératifs et on les change souvent. Il ne nuuupie pas non plus de desseins, de projets que les enfants se tracent à eux-mêmes, mais ils ne peuvent signifier grand chose tant qu'ils manquent de fixité. Il en est tout différemment lorscpie ces projets ou desseins
Fac. de Litte. Tome IV. — A. 18.
'2"]^! PROCÉDÉS DE LA CULTUUE MOHALl'^
deviennent fixes, que 1(îs moyens et les fins se combinent pour devenir des ]>lans, dont Texécution est tentée au milieu des obstacles, lorsqu'enlin ces mômes desseins ou projets, conçus à Taide de principes généraux, peuvent désormais élever la prétention d'être valables aussi pour les cas futurs possibles, et se trouvent ainsi transformés en maximes.
5o. La prudence exige d'abord (|u on ne rebute pas les discours sincères j)ar un mauvais accueil, mais (ju on tolère plutùt une discussion gênante, pourvu qu'on soit sur qu'elle est sincère, et que l'enfant ne se sente pas trop flatte j)ar l'attention inespérée qu'on lui accorde.
5i. La prudence exige en outre, <lans les cas où l'élève ne se laisse pas convaincre immédiatement, qu'on ajourne le jugement définitif plutôt (jue d'y j)ersister; il sera toujours facile de renvoyer l'enfant à des notions non encoi'e ac([uises et à des études ultérieures. La grande assurance avec laquelle les jeunes garçons et les adolescents soutiennent ordinairement leurs opinions a toujours j>our cause une grande ignorance: ils ne soupçonnent pas de loin combien de choses ont déjà été pensées ci contestées avant eux. C'est V instruction qui les guérira de leur mancpie de modestie.
Mais l'essentiel poui' la culture morale, c'est la logique ou l'inconséqiuînce dans les actes. La difficulté d'agir strictement d'après des maximes, doit être rendue sensible à celui qui établit aisément des maximes. C'est dans ce sens qu'il faut mettre le miroir devant les yeux de l'enfant, soit pour écarter les maximes (|ui ne peuvent subsister, soit pour consolider les autres.
Mais ])armi \es maximes à écarter, nous comptons aussi celles (pii, bi(Mi cpie dictées par la sagesse i)ratique, seraient pourtant contraires à la morale. En îidmettant que cette chose n'ait pas été d'avance bien claire pour l'élève, il faut qu'elle ressorte dans la pratique par les consérpicnces choquantes qui en résultait.
PROCÉDÉS DK LA CULTUKE MOUALE 2'j5
5a. La culture morale, eu tant qu'elle a pour objet d'établir des règles, exige souvent qu'on tienne à Fenfant un langage vif, (ju'on lui rappelle le passé et qu on lui prédise Tavenir pour le cas où il persisterait dans ses fautes, qu on Tainène à regard(îr en lui-niOme, pour chercher à la source môme le lien qui doit exister dans ses actions. Si cependant tout cela a déjà été fait précédemment dans une intention morale, alors il n'y a plus besoin de longs discours; on se montrera d'autant plus calme et plus bref dans ses paroles qu elles ont déjà produit plus d'effet, qu'on peut avoir déjà plus de confiance dans le jugement personnel de l'élève, et qu'enfin on avance davantage dans la période où, entrant dans le monde, il pourra observer les discours et les actes des personnes étrangères qui l'entourent. En effet, loi*squ' arrive le moment où il veut comparer le nouveau à l'ancien, son sentiment pour l'ancien est devenu bien faible, et disparaît bientôt tout-à-fait s'il n'est pas déjà profondément enraciné.
4** La culture morale considérée en tant qu'elle doit maintenir , dans rame le repos et la sérénité.
53. En quatrième lieu, l'humeur doit être maintenue égale dans son ensemble, et l'esprit toujours prêt à concevoir clairement. Cett(» règle est bonne contre les effervescences passionnées (mais non d'une façon générale contre les passions), mais elle est surtout indispensable pour la formation des jugements esthétiques, et contribue aussi par là (bien que non d'une façon exclusive) au fondement de la moralité.
Tout désir j)eut devenir passion lorsque l'àme reste souvent dans l'état de désir et y persiste assez longtemps pour qu'il puisse se grouper des idées qui s'y rapportent, (pie des plans et des espérances puissent se former, et le dé[)it envers autrui se confirmer. Aussi faut-il porter sa vigilance sur tous les désirs qui ont une tendance à persister et à se renouveler souvent.
Mais les désirs les plus fréquents sont ceux qui naissent du besoin naturel de nourriture et d'exercice physique.
54. Tout d'abord il faut dompter T ardeur exagérée qui résulte de besoins naturels non satisfaits en la satisfaisant sans excès. La faim ne doit pas pousser au vol, non plus que Tenfant qui reste trop longtemps assis ne doit être amené à Tidée de s'enfuir. Cet avertissement n'est pas superflu ; il y a de fâcheux exemples de ces cas, même dans les familles où l'on ne s'y attendrait pas. C'est pourtant l'excès contraire qui est le cas de beaucoup le plus fréquent.
Lorsque le besoin a perdu son aiguillon, il faut opposer aux désirs ultérieurs un refus déterminé et irrévocable, et en môme temps faire diversion par un objet quelconque qui puisse occuper Teniant.
Si Tobjet qui. excite le désir d'une façon continue peut être éloigné, ce sera le meilleur moyen. Cela est plus souvent possible, et aussi plus nécessaire à la maison que chez les étrangers. Si l'objet ne peut èive éloigné, on pourra en ajourner la jouissance et la permettre pour plus tard. Telle est par exemple la jouissance des fruits dans les jardins, dont l'interdiction absolue entraîne comme conséquence une excitation dangereuse à la désobéissance, tandis que la faiblesse illimitée à cet égard serait tout à fait inadmissible, ne fût-ce que pour les dégâts causés par les enfants qui arrachent les fruits avant leur maturité, et à plus forte raison des ravages qu'ils exercent dans les jardins d' autrui.
On pourra, par analogie avec ce cas bien connu, juger de beaucoup d'autres semblables.
55. Il faut en outre observer les enfants dans leurs jeux. Plus leur imagination sera libre et les changements fréquents, moins on obtiendra d'eux la réflexion ; mais lorsqu'un certain jeu se répète souvent, d'après des règles fixes, lorsqu'il s'y ajoute une certaine sorte d'étude pour y acquérir une habilelé particulière.
il peut dégénérer en passion : ainsi que le prouvent quelquefois les jeux de cartes, môme lorsqu'ils n'ont pas un but intéressé. Les jeux d'argent doivent être absolument interdits, mais il faut surveiller l'application de cette défense, si Ton n'est pas tout à fait sûr d'être obéi.
56. Un de nos meilleurs moyens de parer au danger inséparable des mouvements de la passion consiste à faire étudier à Tenfant une branche quelconque des beaux-arts, même s'il n'est doué que d'un talent médiocre : ainsi la musique et le dessin sous n'importe quelle forme restreinte (on ne devra pas laire étudier plusieurs instruments à la fois, et au lieu de disséminer les efforts de l'enfant en lui faisant essayer tous les genres de peinture, on fera en sorte qu'il s'applique avec suite à acquérir de Tliabileté dans un genre déterminé). Si le talent lui manque, on peut se rabattre sur les travaux d'amateur, les collections de plantes ou de coquillages, les travaux de cartonnage, et môme de menuiserie et de jardinage, etc.
Le talent poétique, si désirable en soi, réclame pourtant un contre-poids bien déterminé, qu'on trouve dans les occupations sérieuses de l'étude, car un jeune poète élève des prétentions qui peuvent lui devenir funestes s'il y persiste.
57. Tout dessein ayant pour origine une tendance passionnée et se révélant par le trouble qu'il apporte dans l'ordre, dans le travail et la répartition du temps , doit être combattu sérieusement. Cela est d'autant plus nécessaire que le nombre de ceux qui y prennent part est plus grand : à plus forte raison lorsque l'ostentation, l'esprit de parti et de rivalité viennent s'y mêler. Il ne faut pas (pie cet élément prenne le dessus, car il envaliirait très rapidement le sol que V éducation a eu tant de peine à défricher.
58. Admettons qu'on ait réussi à tenir éloignées les passions : il importe maintenant de savoir, pour le fondement de la morale f comment l'action de V enseignement se combinera avec
les occupations. A cet égard, la partie la j)lus importante de renseignement est avant tout Y enseignement religieux. Mais c'est dans le cercle de ses relations que les sentiments de l'enfant se développent de la façon la plus immédiate, et ici la culture morale doit voir la tâche qui lui incombe. Le moment est venu d'examiner à cet égard chacune des idées pratiques *.
59. En ce qui concerne tout d'abord les cas de conflit, qui né sont pas toujours faciles à éviter entièrement entre les enfants, et qui doivent au moins leur apparaître comme une chose possible, on ne peut leur interdire de se défendre eux-mêmes contre les attaques brutales imprévues; il faut au contraii'e leur recommander de montrer de la résolution dans la résistance défensive, mais aussi de ménager leur adversaire. En revanche il faut leur interdire absolument de s'approprier arbitrairement quoi que ce soit à l'exclusion des autres et sans eu avoir conféré avec eux, et cela môme pour les objets les plus insignifiants, qui n'appartiennent à personne ou qui ont été jetés. Personne ne doit s'imaginer que son seul caprice puisse être une loi pour autrui. Il faut plutôt accoutumer les enfants à restreindre leur propriété. Ce qu'on leur donne pour un usage déterminé ne peut être employé autrement et doit être ménagé pour l'usage prévu.
Les promesses que se font les enfants entre eux ne doivent pas être purement et simplement déclarées nulles, si insensées et irréalisables qu'elles puissent être. Il faut que celui qui, par suite de telles promesses, se trouve dans l'embarras , en subisse les conséquences, et soit averti pour la suite. Mais les promesses précipitées ne doivent pas non plus être acceptées, et à cet égard on a le devoir de dénouer les liens dans lesquels les enfants s'embarrassent quelquefois.
Il n'est pas mauvais que les enfants se préparent à eux-