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mômes quelques épreuves sensibles de litiges dilliciles à résoudre: seulement il ne faut pas tolérer cliez eux le goût des querelles, mais plutôt leur apprendre à les éviter et à les prévenir le plus possible. Ils ptîuvent connaître la chose , mais pour se convaincre qu'elle est déplaisante.
60. Ici un double chemin s'ouvre à nos considérations. La lutte plait aux enfants, parce (ju'elle indique de la force, et ils la recherchent le plus souvent par pétulance. A cet égard il faut tantôt serrer le frein, tantôt leur laisser libre carrière. Ce sont les exercices gynmastiques qui doivent leur donner l'occasion de montrer leui' force; l(\s luttes d'énmlation, qui ne sont pas des luttes proprement dites, seront bienvenues, si elles sont accompagnées de cris et de jeux. L'activité intellectuelle i)eut également fournir aux enfants l'occasion de se produire; elle peut aussi donner lieu à des comparaisons, mais à la condition toutefois de repousser absolument toutes les prétentions ((ue ces conq)araisons pourraient faire naître. Ici la mesure })ratiquement utile, c'est-à-dire celle des proportions et par consécpient du perfice ic, est fournie i)ar chaque enfant, suivant les pas qu'il fait en avant et en arrière. Proposer l'un comme exemple à l'autre, c'est éveiller la jalousie, et il est bien préférable d'excuser le plus faible lorsqu'il ne peut pas faire plus qu'il ne fait en réalité.
Oi. L'autre voie ouverte à nos considérations nous conduit de ridée du droit à celle de Yéquité, La lutte déplaît, mais plus (mcore la vengeîince, . bien (ju'il soit vrai de dire que ce qui est juste pour l'un est équitable pour l'autre. Les enfants peuvent bien exercer leur sagacité à déterminer combien l'un d'entre eux mérite de recevoir ou ài\ soulfrir de la part des autres pour ce qu'il s'est permis ou refusé, niais ils ne doivent pas s'arroger le droit de vouloir distribuer les peines et les récompenses. Ceci est un point sur lequel , sans renoncer à leurs propres lumières , ils doivent pourtant se soumettre volontairement à leurs supérieurs.
aSo PROCÉDÉS DE LA CULTURE MORALE
Pareillement, lorsqu'il s'agit de répartir des dons, des faveurs, des marques d'approbation, il importe que d'une part réducateur, évitant de laisser paraître quelque préférence, ne , s'écarte pas sans raisons déterminées de l'égalité dans la distribution, mais que d'autre part aussi il ne concède aux enfants aucun droit à ses dons volontaires, et que, tout en leur permettant d'avoir une opinion sur l'opportunité du plus ou du moins , il ne souffre pas néanmoins qu'ils se fondent sur cette opinion pour élever la moindre prétention.
62. Lorsque les enfants se sont absorbés dans les considérations relatives au Juste et à Y équitable, il ne faut pas trop se hâter d'exiger d'eux d<» la complaisance et de la docilité. Il faut qu'ils aient le temps d'en finir avec ces idées et d'être fatigués de ces méditations souvent bien stériles avant d'en arriver à se dire qu'à la lin il est pourtant nécessaire de céder, et que pour cette raison même il n'y a aucune grandeur d'âme à le faire. Plus tard on pourra leur rappeler que tout aurait mieux marché si, dés le début, l'action des sentiments de bien vouloir avait prédominé de manière à écarter les sujets de conflits plutôt que d'avoir à les apaiser.
En toutes circonstances , le bien vouloir doit être respecté comme la chose supérieure, mais le droit doit être représenté comme le degré inférieur qu'on ne peut franchir impunément à moins de consentement comnmn , c'est-à-dire de l'approbation des parties intéressées.
63. Enfin, en ce qui concerne l'idée de la liberté intérieure^ la différence entre ceux qui, bien que de loin, s'en approchent plus ou moins, est déjà, dans la plupart des cas, assez frappante parmi les jeunes garçons les plus âgés, et à plus forte raison parmi les adolescents , pour être remarquée de tous. L'éducateur fait ordinairement valoir lui-même, plutôt avec trop de force et de bruit qu'avec trop de faiblesse, le mérite de ceux qui se distinguent par une conduite sage et rai-
PROCÉDÉS DE LA GULTUUE MORALE sSl
sonnabic ; et les enfants entre eux sont des observateurs ti'op attentifs de leurs propres faiblesses pour ne pas voir combien les autres restent loin de ces modèles. C'est pourquoi il importe plus de ne pas exciter chez les enfants la tendance à rabaisser leurs camarades, que de diriger leui\s regards sur ce qui déjà ne saui'ait leur échapper.
64. On se gardera naturellement de dévoiler les mauvais exemples provenant d'adultes qui peuvent entourer la jeunesse : s'ils sont notoires, ils répugneront plutôt qu'ils ne séduiront, à moins que la jeunesse n'ait quelque intérêt à les imiter ou à y trouver un prétexte d'excuse. D'autre part, on ne peut guère espérer (jue les exemples louables soient imités ; ils paraissent à la jeunesse trop faciles, comme étant une chose qui va de soi. Aussi ne sera-t-il pas superflu de les faire ressortir expressément en témoignant de l'estime qu'ils doivent inspirer, surtout quand les enfants avançant en âge commencent à vivre dans des milieux plus étendus, et à établir des comparaisons avec maintes choses capables de faire illusion par un faux éclat.
5'* La culture morale considérée en tant qu*elle doit émouvoir l'âme par Vapprobation et par le blâme,
65. Admettons donc (|ue le regard de l'enfant ait été déjà dirigé comme il convient, soit dans ses rapports avec les autres enfants, soit par des exemples, soit par renseignement, sur ce qu'il y a lieu de distinguer d'après les idées pratiques, et que le jugement esthétique des choses relatives à la volonté ait été par là sufïisaniment éveillé : alors le moment de la cultur*e morale proprement dite est venu. Kn eflet, il ne faut pas attendre que la jeunesse saisisse d'elle-même ce qui est louable ou ce qui ne l'est pas, et ([u'elle s'y arrête, — et que chacun en fasse l'application à lui-même : il faut au contraire que les vérités qui sont en général désagréables à entendi'e, soient dites à tous et à chacun en particulier. Plus
aSa PHocÉDÉs dk la gultuuk morale
Téducatcur connaît exacteniont ses élèves, mieux cela vaut. Car le moyen le plus eliicace pour engager chacun à s'observer soi-même, c'est de montrer (ju'on voit au fond de son ànie. Un coup d'œil rétrospectif sur la conduite de Tenfant pendant une période 'assez longue, le souvenir qu'on éveille d'une chose qui avait agi sur lui, la distinction qu'on fait du bien et du mal en lui , tout cela constitue ce qu'on appelle ordinairement moraliser, et qui, loin d'être en aucune façon superflu ou même mauvais dans l'éducation, est au contraire absolument nécessaire, à la condition d'être à sa vraie place. Certes, il y a assez d'hommes ([ui grandissent sans qu'il soit jamais tombé dans leur oreille un mot sérieux de blAme mérité, mais il ne devrait pas y en avoir.
&S, Il n'est question ici que d'éloge et de blâme, mais non de dureté de traitement, ni même de dureté de j)aroles. Il s'agit de réprimandes et de punitions succédant à des actes isolés, ce qui est bien difFcrent ; sans doute les unes et les autres peuvent donner lieu à des considérations d'ordi*e moral, mais seulement après leur application. L'amélioration morale ne s'obtient pas par la contrainte du gouvernement ; elle ne s'obtient pas non plus par cette sorte de punition pédagogique qui rend plus sage et plus avisé par l'effet des conséquences naturelles des actes ' . Mais elle s'obtient par l'imitation du langage de la conscience et du vrai honneur en présence de spectateurs impartiaux. Un tel langage ne dédaigne pas non plus de prendre en considération les excuses que chacun lient ordinairement prêtes dans le fond de son âme, et permet à ces excuses de se faire valoir autant qu'elles le peuvent , mais il pi^end soin aussi d'avertir qu'on ne s'y iie pas pour la suite.
67. Dans les cas ordinaires, il n'y a rien d'important à louer ni à blâmer chez la jeunesse. Si d'une part, il est bon de pré-