Lorsqu'on s'aperçoit qu'il existe déjà chez un jeune
DE l'enseignement ueligieux 3i3
homme une forte tendance religieuse , qui s'accroît ou se manifeste tout-à-coup, il faut avant tout donner pour base à cette religiosité la s^-mpathie, et venir en môme temps en aide à la spéculation et au goût, afin que la religion ne s'empare pas de la spéculation, et que le tout ne prenne pas une fausse direction et ne dévie. La métaphysique doit rigoureusement sortir de la physique. Mais lorsqu'une tète bouillante remue tout et raisonne sur tout, il faut la prendre dans ses propres filets, et exprimer son mécontentement chaque fois qu'elle ose s'attaquer aux choses du goût et de la religion, auxquelles est dû le respect. L'amour et la foi sont le fondement de toute religion; il faut les entretenir, mais il faut aussi que le maître ait clairement conscience de sa vocation et de ses propres convictions, et qu'il y tienne fermement : c'est par celte supériorité de Tesprit qu'il pourra toujours mettre aisément l'élève au vrai point.
12. Ceux qui veulent donner aux enfants une culture très morale ont l'habijude, souvent, de les abasourdir d'idées religieuses et ascétiques, et à force d'agir ainsi, en viennent à perdre eux-mêmes le sens naturel, c'est-à-dire la facilité de reconnaître et de sentir F en faut dans sa nature pour ce qu'il est. Il est, en général, très dangereux de tout rapporter directement à la moralité , parce qu'on s'aveugle ainsi sur les rapports des choses qui lui sont étrangers. L'intelligence peut y sombrer.
i3. On ne doit point, par la religion, rendre encore plus sentimental un enfant (jui l'est déjà, et faire qu'il s'agenouille comme une petite fille avec des airs de saint et son livre de prières à la main. Lorsque la virilité s'éveillera en lui, — ce qui doit infailliblement arriver, — il rejettera loin de lui toutes ces pratiques. C'est ainsi que beaucoup de libres penseurs se sont révélés depuis cinquante ans. La religion ne doit pas vouloir empêcher la force de la nature.