CHAPITRE IV
EnquUse, I . Il faut distingiicp dans renseignement de la géographie au
moins deux systèmes : Tun qui se rattache analyti({uenient au lieu environnant (au plan de la localité), et l'autre qui part du globe terrestre. Il ne sera question ici que du premier, cai* le second peut ôtre étudié directement dans de bons traités.
Remarc^ue. — Lii méthode qui consiste à prendre pour point de départ le globe terrestre prêterait moins à la critique si, pour faciliter la conception de notre planète sphérique, on montrait d'abord le globe lunaire, et même, à Foccasion, à Taide d'un télescope. Mais, en admettant môme qu on s'y prit ainsi, il n'en resterait pas moins absurde de vouloir d'abord donner Tidée vague et incertaine d'une boule immense, au lieu de faire ap])el à V intuition directe. Il est tout aussi irrationnel de commencer par le Portugal et l' Espagne. Le lieu ou se trouvent présentement élèves et maîti'e est le point d'où l'on doit partir pour s'orienter et étendre par la pensée son horizon. Jamais il ne faut négliger Yaperception sensible des ol)jets, quand elle fournit d'elle-même les points d'appui.
2. La géographie est une science qui procède par association, et elle doit utiliser les occasions de combiner les diverses notions qui ne doivent pas rester isolées. Ce n'est pas sa partie mathématique, dont le complément et l'intérêt se trouvent dans l'astronomie populaire, (jui constitue tout d'abord (dans le second système) uji lien entre les mathématiques et l'histoire; mais elle peut déjà s'apjmyer dans ses éléments sur les exercices intuitifs, et servir à déterminer d'après ceux-ci quelques
triangles qui se trouvent sur les cartes employées au coniniencement ; ceci toutefois n'est pas toujours nécessaire clans la suite, lorsqu'on a acquis une certaine facilité à distinguer les points essentiels. (La détermination d'un point ])ar la longitude et la latitude est aussi peu à sa place dans le premier système, que s'il venait à l'idée d'un voyageur, en Allemagne ou en France, de se représenter les lieux ou il compte s'arrêter au moyen de la position qu'ils occupent par rapport à l'équateur et au méridien). La géographie physique suppose des notions déjà acquises à'hvitoire naturelle, ou bien elle fournit l'occasion d'étendre celles qu'on possède. I^i géogi'aphie politique expose la manière dont l'honmie habite et utilise la surface du globe. Le rôle pédagogique de renseignement géographique consiste à combiner toutes ces choses.
3. Le maître devra savoir raconter, à la manière d'un voyageur. La détermination de la position respective des lieux cités (soit par leur groupement autour d'un point principal, soit, pour les plus importants, par des triangles) ne doit pas être plus en désaccord avec la narration qu'en histoire^ où la chronologie doit s'accorder avec le récit. La narration doit domier un tableau clair; pour cela il faut prendre dans res])ace certains points d'appui fixes. Mais ces points ne doivent pas être isolés; il faut au contraire qu'ils soient reliés par les traits du tableau.
4. Le nombre des noms étrangers qui résonnent à l'oreille en une minute ou en une heure n'est pas indifférent. 11 ne l'est pas davantage que ces noms soient prononcés avant ou après le moment où le tableau représenté par la carte géographique a été compris des élèves. Au contraire, il importe essentiellement que toute carte mise sous les yeux soit présentée comme l'image d'un pays. Pour cela, il suffit de citer quelques noms de fleuves, trois ou quatre tout au plus, et quelcjnes noms de montagnes ; car ce n'est pas à ce moment qu'il faut songer à être complet. Les noms donnés servent déjà à déterminer la position de
points importants, soit par rapport les uns aux autres, soit par rapport aux frontières du pays.
On distinguera ces points, puis on les reliera entre eux ; (on peut se servir pour cela d'un tableau noir, sur lequel ils seront d'abord indiqués isolément à vue d'œil, puis reliés comme il convient, ce qui peut se faire pour les sources et les embouchures de fleuves par une ligne représentant leurs cours). Lorsqu'on suppose que les élèves ont sullisanmient observé la nature extérieure, et notamment la pente des rivières et des ruisseaux, les déclivités d'une certaine région (toute lacune à cet égard devra être réparée avant tout), le moment est alors à peu près venu de décrire l'aspect que ce pays oflrirait à un voyageur. On pourra ensuite donner plus complètement les noms des rivières et des montagnes, mais en ayant soin de les faire répéter immédiatement plusieurs fois aux élèves. Ce sera le moyen de voir si les listes de noms étrangei's qu'on avait données étaient trop longues : car c'est l'insouciance apportée à cet égard qui est cause en grande partie de la stérilité de l'enseignement géographique ou de l'ennui qu'il inspire aux élèves. On continuera par mie description détaillée des curiosités naturelles particulières s'il y en a, et de quelquesunes des villes les plus importantes, en donnant le nombre de leurs habitants. Ici encore il y a lieu de déterminer la situation respective de ces villes, et il est indispensable de faire intervenir l'activité personnelle de l'élève. Enfin on parlera, pour terminer, de tout ce qui caractcnse l'industrie humaine appli-
quée aux produits du pays, et on ajoutera sur les institutions politiques le peu qui soit à la portée des élèves. En général il faut se dispenser, dans le premier système, de donner les noms des provinces.
5. Dans les répétitions, qui devront être fréquentes, on veillera de plus en plus à ce que chaque nom désigne bien son lieu, et qu'aucun ne reste attaché à une place fixe dans la suite des
mots. On devra donc souvent changer Tordre des noms, et faire parcomnr la carte dans toutes les directions et à tous les points de vue. Naturellement on s'inspirera des qualités individuelles des élèves, et si, à la vérité, il s'en trouve à qui on ne doive demander que le strict nécessaire, il en est d'autres dont il faudra exiger d'autant plus, afin qu'ils donnent l'eflbrt qu'on est en droit d'attendre d'eux.
6. Au milieu d'autres études auxquelles on attache plus d'importance, la géographie est entièrement négligée par des élèves, et souvent même par les malti'es : rien n'est plus regrettable. On peut restreindre beaucoup l'enseignement géographique (cela est même nécessaire dans le premier système), mais ce n'est pas une raison pour le dédaigner. Pour bien des individus, c'est le premier enseignement qui leur donne la conscience qu'ils peuvent apprendre comme on le leur demande. Pour tous, il doit servir de lien entre les auti*es études, et maintenir celles-ci dans cette liaison. Sans lui, tout le reste est chancelant: les événements historiques manquent de théâtre et d'espace, les produits naturels n'ont plus de source, l'astronomie populaire (qui doit préserver l'esprit de tant de divagations !) manque de base, enfin V imagination géométrique est privée d'un de ses plus puissants stinmlants. Si on laisse ainsi se détacher les unes des autres les différentes parties de la science, on compromet gravement toute la culture que doit donner V instruction.
Far. de Lille. Tome IV. — A. 22