Nous n'avons rien à dire ici de Ja façon dont les langues
anciennes doivent être enseignées lorsqu'on les considère comme un objet de nécessité ou de convenance, en dehors de toute considération pédagogique. Il faut plutôt reconnaître qu*il n'existe pas de procédés pédagogiques pour amener des natures plongées dans les intérêts du présent à s'assimiler le contenu des œuvres de l'antiquité en y prenant un intérêt direct.
Considérée au point de vue pédagogique, toute différence dans la représentation vivante de l'antiquité, dans la façon de la relier plus intimement aux autres objets principaux du savoir, et d'écarter le souvenir désagréable des tourments de la période scolaire , constitue la valeur plus ou moins grande qui peut être attribuée aux connaissances acquises à cet égard. Si Ton pouvait obtenir la même représentation de Tantiquité sans le secours des langues anciennes et de la puissance des impressions de la jeunesse, les matières d'enseignement dont il a été question dans les chapitres précédents, et qui constituent le progranmie des écoles primaires supérieures, ne laisseraient plus rien à désirer, et Tétude des langues anciennes serait un mal nécessaire des gymnases, si haut qu'on puisse priser les avantages accessoires quelle offre.
5. Mais les langues seules ne donnent point par elles-mêmes à Tenfant l'image des temps ni des hommes, elles ne sont à ses yeux qu'une occasion saisie par le maître pour le tourmenter de devoirs. Même les sentences mémorables, les fables, les petites narrations ne peuvent changer cette impression ; elles ne sont pas un contre-poids suflisant à l'ennui que lui inspire l'étude des racines qu'il faut retenir, des flexions qu'il faut appliquer dans les exercices , des conjonctions qu'il faut employer comme jalons indicateurs dans les périodes , — quand bien même tout cela serait d'ailleurs à portée de la jeunesse.
L'histoire ancienne (ch. II, ^ 5, 8) est le seul point d'appui possible pour un enseignement vraiment pédagogique des langues anciennes.
(î. Si on veut commencer par le latin, on trouvera en Eutrope et en Curnélius Nepos deux uuteurs bons à utiliser après les exercices priîpai'atoii'es faciles (% i) ((ui se rattHchcnt à la comparaison avec la langue maternelle. Ce choix mOme n'est pas tout-à-fnit mauvais, si le professeur s'en sert pour fiiii-e revivre l'antiquité par des narraliaiis. Mais on connaît la sécheresse de ces deux auteurs, et ce n'est certes pas en les prenant comme point de départ qu'on se ménagera un chemin aisé pour avancer.
7- Ou sait pour quelles raisons l'Odyssée d'Homère convient plus que toute autre œuvre aux prcmièi'es années d'études. Chacun peut s'en rendre compte en lisant avec attention l' Odyssée, et en ayant constamment en vue les différents genres d'inlérél que l'enseignement doit éveiller '. Mais il ne s'agit pas ici uniquement d'obtenir un effet direct, il faut encore trouver les points de rattachement nécessaires pour la suite de l'enseignement. On ne peut mieux preparer l'étude de l'histoire ancienne qu'en fixant rintcr6t pour la Grèce antique à l'aide des récits homériques; c'est un moyen de préparer en môme temps le terrain pour la culture du goût et l'étude des langues.
Les raisons de cette nature, qui sont empruntées directement au but principal de tout enseignement, et qui n'ont contre elles que la tradition (c'est-à-dire l'étude conventionnelle du latin), s'imposeront bien un jour ou l'autre à l'attention des philologues, s'ils ne veulent pas qu'avec l'extension que prennent l'histoire et les sciences naturelles, et les exigences croissantes des intérêts matériels, le grec ne soit réduit dans les écoles aux limites oii l'a déjà été l'hébreu. Il y a «pielques années, ne fut-on pas déjà sur le [>oint de dispenser du grec ceux <{ui ne se destinaient pas à la théologie?
Sans doute, l'Odyssée ne possède pas une force magique capable de remuer ceux qui ne l'éussissent pas en général dans