LA CULTURE MORALE
soit qu'il arrive, comme c'est le cas le plus fréquent, qu'il disparaisse bientôt de la mémoire.
2° La culture morale
33. En général, on reste toujours dans l'incertitude sur la question de savoir si Yinstruction sera reçue et utilisée, et de quelle manièi*e. C'est pour diminuer au moins cette incertitude qu'il faut constamment s'occuper du caractère des enfants.
Ceci est le rôle de la culture morale,
34. Mais, môme indépendamment de V instruction, la culture morale doit tendre à éviter les passions vives et à en prévenir les manifestations nuisibles. Sans doute, au terme de la période d'éducation, V individualité ressort toujours à ce point de vue; mais alors elle se prépare aussi des expériences, auxquelles vient s'ajouter Telfet lointain de l'éducation, qui se manifeste, suivant qu'elle a plus ou moins réussi, dans la nature et le degré de la connaissance de soi-môme, par laquelle l'adulte cherche à réprimer ses défauts naturels.
35. En général, dès que l'homme devient plus libre dans ses mouvements, il cherche à se reporter dans la situation de sa vie qui lui avait paru de bonne heure comme la plus enviable. La culture morale doit donc, de concert avec ^instruction, tendre à ce qu'il n'apparaisse dans la direction des désirs aucune image trompeuse, mais qu'au contraire il soit donné à l'individu une notion vraie des avantages et des inconvénients des difféi'entes conditions et situations.
36. I/action efficace de la culture morale vis-à-vis de V individualité consiste moins à apporter des restrictions (qui ne sauraient dui'er), qu'à aider au développement précoce des meilleurs sentiments de l'individu, de manière à ce qu'ils prennent le dessus.
• 44 CONDITIONS DE l/ÉDUCABILITÉ
3*» Le goiwernement.
37. La majeure partie des restrictions nécessaires dans la période de l'éducation rentre dans un autre ordre d'idées, celui du gouvernement. En effet, indépendamment de la culture d'ensemble, les enfants doivent subir, aussi nécessairement que les adultes, la contrainte que chaque individu doit subir de la part de la société : il faut qu'ils soient maintenus dans leurs limites. G*est un soin dont l'Etat se remet aux familles, aux tuteurs et aux écoles. Ce ipd a trait à ceci se confond dans la pratique avec la culture morale. Le but du gouvernement est dans le présent, tandis que la culture morale a en vue le futur adulte. Les points de vue sont donc si différents, qu'on doit nécessairement distinguer en pédagogie, entre la culture et le gouvernement,
38. Même pour les mesures de gouvernement y il importe de savoir à quel degré elles sont senties par Tindividu. La vraie sensibilité ne peut être assurée qu'avec une bonne direction morale. Une légère réprimande peut faire plus que des coups. Gouverner les enfants est sans doute la première chose nécessaire lorsque, mal élevés, ils font des sottises, mais il faut allier autant que possible le gouvernement à la culture morale, La séparation de ces deux idées est plutôt utile aux réflexions de l'éducateur, qui doit savoir ce qu'il fait, qu'elle ne doit apparaître dans la pratique.
39. La Pédagogie générale ^ que doivent suivre plus tard maintes remarques particulières, va être traitée d'abord d'après les trois principes généraux du gouvernement^ de Yinstruction * et de la culture morale. Dans cet exposé de la pédagogie, la culture morale est placée à la fin, parce qu'on ne saui*ait guère compter
I . Herbart donne lui-même à la partie de la pédagogie qui traite de Tins traction le nom de Didactique, Voir ci-après, page 47*