‹ Principales œuvres pédagogiquesChapitre 26 sur 151 · DE L'ÉDUCATION PROPREMENT DITE · texte numérisé non relu

DE L'ÉDUCATION PROPREMENT DITE

Nécessité et but de l'éducation 9^"' I. L'art de troubler la paix d'une Ame enfantine, de rattacher

en. Il, *

"^'^ par les liens de la confiance et de l'amour, pour Toppinmer et l'exciter à volonté, et, dans le trouble des dernières années de la jeunesse, la ballotter avant le temps, serait le plus haïssable de tous les arts du mal, s'il ne se proposait d'atteindre un but qui puisse servir d*excuse à de tels moyens aux yeux mêmes de celui dont on pourrait avoir à craindre les reproches.

3. (( — Tu m'en sauras gré plus tard! » dit l'éducateur à l'enfant qui pleure, et, en vérité, cet espoir peut seul excuser les larmes qu'il provoque. - Qu'il se garde, dans une sécurité trop grande, de recourir trop souvent à des moyens trop énei*giques! Toutes les bonnes intentions ne sont pas payées de reconnaissance, et eu agissant ainsi, il prend un mauvais rang parmi ceux qu'un zèle maladroit porte à voir des bienfaits là où un autre ne ressent que du mal! De là le précepte : Pas trop (iéducatioïiy — et aussi le ccmseil de s'abstenir, lorsqu'on le peut, d'exercer ce pouvoir qui fait plier l'individu dans un sens ou dans l'autre, opprime le caractère et détruit la gaieté. (]ar on détruit ainsi, pour l'avenir, le joyeux souvenir qui doit rester de l'enfance, et la joyeuse . reconnaissance, la seule qui reconnaisse vraiment!

54 DE l'Éducation proprement dite

3. Mais aloi^s, préférei^ons-nous ne pas faire d'éducation du tout? Nous bornerons-nous à gouverner, et môme réduironsnous le gouvernement au strict nécessaire ? — Si tout le monde veut être sincère, il y aura beaucoup d'avis en ce sens. Ici encore on nous vantera comme toujours TAugleterre, et une fois entré dans cette voie, on saura môme excuser Tabsence de gouvernement , en vertu de laquelle tant de licences sont permises aux jeunes gens de condition dans cette lie heureuse. — Mais n'entamons pas cette discussion ! Pour nous, la seule question est celle-ci : Pouvons-nous dLscerner à l'avance, parmi les différents buts de V homme futur ^ ceux quil nous saura gré un Jour d'avoir saisis de bonne heure à sa place et poursuivis en luimême ? Alors il n est point besoin d'autres raisons ; nous aimons les enfants, et nous aimons en eux Thomme. L*amour naime pas les hésitations, pas plus qu'il n'attend des impératifs catégoriques.

Le but de l'éducation est-il simple ou multiple ?

4. La recherche de l'unité scientifique conduit souvent les penseurs à vouloir condenser l'un dans l'autre et déduire l'un de l'autre des objets qui, d'après leur nature, sont multiples et coexistants. N'en est-on pas arrivé môme à cette erreur, de déduire de l'unité de la science l'unité des choses, et de demander celle-ci avec celle-là î ' De telles aberrations ne touchent pas la pédagogie; mais elles démontrent d'autant mieux combien il est nécessaire de pouvoir condenser un ensemble comme celui de l'éducation, à la fois si infiniment multiple et pourtant si étroitement lié dans toutes ses parties, et de le faire rentrer dans une seule idée d'où ressorte l'unité du plan et la force qui s'y trouve concentrée.

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