NÉCESSITÉ ET BUT DU GOUVERNEMENT
'éd. gén., j^ On poaiTait discuter pour savoir si ce livre rentre
* '• d'une façon générale dans la pédagogie, ou s'il ne devrait pas
plutôt être annexé aux parties de la philosophie pratique qui traitent du gouvernement en général. Car il est certain que le soin de la culture de Tcsprit didere essentiellement de celui qui vise uniquement au maintien de Tordre; et si celui-là porte le nom (ïéducation, s'il réclame de véritables artistes d'un ordre particulier, c'est-à-dire les éducateurs, s'il est vrai enfin que toute occupation artistique ne puisse être élevée au niveau de la perfection, par la force concentrée du génie qui s'y absorbe, qu'à la condition d'être séparée de tous les travaux accessoires d'un autre ordre : il serait à désh*er, non moins pour le succès de la bonne cause que pour la précision des idées, que le gouvernement des enfants fût enlevé à ceux qui ont pour mission de pénétrer jusqu'au fond des âmes par l'observation et par l'action.
2. Mais inaintenii* les enfants dans Tordre, c'est une charge dont les parents se dispensent volontiers, et qui peut encore paraître à tel ou tel de ceux qui sont condamnés à vivre avec les enfants, la partie la plus agréable de leur tâche, puisqu'elle leur donne l'occasion de se dédommager en quelque sorte, par l'exercice d'une petite domination, de l'oppression quils subissent au dehors. Aussi serait-on assez porté à dire d'un écnvain qui, dans un traité de pédagogie, serait muet sur ce sujet, qu'il n entend rien à l'éducation. Et, en cllet, il serait obligé de se faire à lui-même ce reproche, car autant il est préjudiciable à ces occupations de nature si difTérentes d'être absolument réunies, autant il est malaisé, dans la pratique,, de les isoler tout-à-fait. Un gouvernement qui veut se satisfaire lui-même sans faire œuvre éducatrice opprime l'âme; et réciproquement, une éducation qui ne prendrait point garde aux désordres des enfants, révélerait son ignorance même de l'enfance. 11 est d'ailleurs impossible de faire une heure de classe sans tenir d'une main ferme, mais douce, les rênes du gouvernement. Enfin, si l'on veut faiiiî entre l'éducateur proprement dit et les pai*ents une juste répartition de tout ce qui constitue l'éducation complète des enfants, il faut s'efforcer de régler convenablement de part et d'autre les rapports qui doivent exister entre eux par le fait même de l'aide qu'ils se prêtent mutuellement.
^pf^^H^^es, 3^ V éducation au sens rigoureux est une chose complètement
difl'érente du gouçernement, bien que dans la ])rati(jue les deux se confondent, car l'une ne peut diminuer que si l'autre augmente. Mais les pédagogues s'imaginent pour la plupart que c'est là où ils ont conscience de déployer le plus d'activité, de mouvement et d'efforts, qu'est le point essentiel de l'éducation.