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BUT DU GOUVERNEMENT

^éd. gén. 4- L'enfant vient au monde dénué de volonté, par consé-

«8*-<î- quent incapable d*aucune relation morale. Les parents peuvent donc (soit de leur propre volonté, soit pour se conformer aux exigences de la société) , s'emparer de lui comme d'une chose. Sans doute ils savent bien que dans cette créature qu'ils traitent maintenant selon leur bon plaisir et sans la consulter, il se révélera avec le temps une volonté, et qu'il faudra conquérir cette volonté si l'on veut éviter les inconvénients d'une lutte inadmissible de part et d'autre. Mais jusque-là il y a loin; tout d'abord, ce qui se développe chez l'enfant n'est pas une vraie volonté, capable au besoin de se décider : ce n'est encore qu'une fougueuse pétulance, ([ui l'entraîne dans un sens ou dans l'autre, et qui, étant un principe de désordre, heurte l'ordre île choses établi par les adultes, et expose la personne future de Fenfant même à toutes sortes de dangers. Il faut que cette pétulance soit domptée; sinon la faute de ce désordre serait imputable aux gardiens de Tenfant. Mais c'est par la force qu'on obtient la soumission, et la force doit être juste assez grande et se manifester assez souvent pour réussir complètement avant que des traces d'une vraie volonté commencent à se manifester chez l'enfant. Ainsi le veulent les principes de la philosophie pratique.

5. Mais les germes de cette pétulance aveugle, les désirs grossiers, continuent d'exister chez l'enfant, et même ils s'augmentent et se renforcent avec les années. Si Ton ne veut pas qu'ils donnent à la volonté ([ui s'élève au milieu d'eux une direction contraii'e aux lois sociales, il sera constamment nécessaire de les comprimer, et de telle façon qu'ils ne cessent de sentir cette pression.

6. L'individu adulte et formé à la raison prend lui-môme à tâche, avec le temps, de se gouverner. Mais il y a aussi des hommes qui ne peuvent jamais y parvenir : ceux-ci, la société les tient constamment en tutelle; elle les désigne pour la plupart sous le nom d'imbéciles et de dissipateurs. Il y en a d'autres qui développent réellement en eux une volonté contraire aux lois sociales : ceux-là sont en conflit inévitable avec la société et finissent en général par succomber devant ce qui est juste, et qui se tourne contre eux. Mais la lutte est un mal moral pour la société même ; pour le prévenir il y a un certain nombre de dispositions qu'il est nécessaire de prendre : le gouvernement des enfants en est une.

7. On voit que le but du gouvernement des enfants est multiple. Il consiste, tantôt à prévenir le mal, non moins pour les autres que pour l'enfant lui-môme, pour le présent que pour l'avenir ; tantôt à empocher l'état de conflit, qui est en lui- môme un état fâcheux, ou enfin à éviter la collision, qui contraindrait la société à la lutte sans qu'elle y fût absolument autorisée.

8. Mais tout cela revient à dire qu un tel gouvernement n'a pas de but à atteindre dans l'âme de l'enfant, mais qu'il doit tendre uniquement à établir l'ordre. Toutefois, il apparaîtra bientôt qu'il ne saurait en aucune façon se désintéresser de la culture de l'âme de l'enfant.

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