‹ Principales œuvres pédagogiquesChapitre 34 sur 151 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

«7'lv ^' ^^ premier de tous, c^est la menace. Et là, tout goui^er-

nement se heurte à deux écueils ; d'une part, il se rencontre des natures vigoureuses qui méprisent toute menace, et osent tout pour pouvoir tout vouloir ; d'autre part, il en existe, et en bien plus grand nombre, qui sont trop faibles pour se pénétrer de la menace^ et chez lesquelles la crainte cUe-mt'me est transpercée par le désir. De là une double incertitude dans le succès ; on ne peut faire qu'il en soit autrement.

2. Les cas assez rares où le gouvernement des enfants se heurte au premier écueil ne sont vi»aiment pas à déplorer, tant qu'il n'est pas trop tard pour faii'e servir des circonstances aussi favorables à Yédiication proprement dite. Mais la faiblesse et la légèreté oublieuse de l'esprit de l'enfant, permettent si peu de compter sur les effets de la seule menace^ que depuis longtemps on a regardé la siuveillance comme le moyen dont le gouvernement des enfants peut se passer moins que de tout autre.

3. C'est à peine si j'ose dire ouvertement mon opinion sur la surveillance. Tout au moins Texposerai-je brièvement et sans insister, afin que pai*ents et éducateurs n*attribuent pas à ce livre, en toute gravité, une importance suffisante pour le rendre nuisible. — Peut-être ai-je eu le malheur de constater trop de fois les résultats des inspections rigoureuses dans les écoles publiques ; j'ai peut-être aussi , en ce qui concerne les moyens de protéger l'existence et la santé physique, trop

de prédilection pour cette idée, que les enfants et les jeunes gens doivent Otrc exposés au danger si Ton veut qu'ils deviennent des hommes. Qu'il me suffise donc de l'appeler brièvement quelques points. D'abord, une siirçeil lance étroite et constante est aussi pénible au surveillant qu'à l'individu surveillé : de sorte qu'en général tous deux cherchent, par toutes sortes de nises, à l'esquiver et à s'en décharger en toute occasion. Puis, au fur et à mesure que cette surveillance s'exerce, elle devient plus nécessaire, si bien qu'à la fin la moindi'e interruption peut offrir le plus grand danger. Eu outre, elle empêche les enfants de prendre possession d'eux-mêmes, de s'essayer, et d'apprendre mille choses <[u'on ne pourra jamais faire entrer dans un système pédagogique, mais qui ne |)Ouvent se trouver que par une sorte de flair pei'sonnel. Knfin, pour toutes ces raisons, le caractère, qui ne se forme que par V action résultant de la colonie personnelle^ restera faussé ou failde, suivant que l'enfant surveillé aura ti'ouvé plus o\\ moins de sidïterfuges pour édiapper à la surveillance. Ceci s'applique à une surveillance longtemps continuée, mais ne s'applique guère aux premières années de l'enfance, ni aux courtes périodes pendant lesquelles tel ou tel danger particulier fait vraiment de la siirçeillance le plus strict des devoirs.

/[. Pour ces cas particuliers, qu'on doit considérer comme des exceptions, il faut choisir les observateurs les plus consciencieux et les plus infatigables, et non de véritables éducateurs, dont ou se servirait ici d'autant plus mal à propos qu'il ne faut guère s'attendre à ce qu'ils trouvent là des occasions d'exercer leur talent. Mais si l'on veut faire de la surveillance une règle, alors qu'on ne demande à ceux (jui ont grandi sous cette tyrannie, ni adresse, ni esprit d'invention, ni audace, ni assurance : qu'on s'attende au contraire à avoir des individus qui ne seront et ne voudront jamais être qu'à une seule et même température, se livrer qu'à une seule et même succès-

PIIOCÉDÉS DU GOUVERNEMENT 77

sion indifférente d'occupations prescrites, qui se déroberont à tout ce qui est élevé et distingué, pour se donner à tout ce qui est vulgaire et commode. — Que ceux qui me donnent raison à cet égard se gardent bien de croire qu'ils doivent prétendre à former de grands caractères , parce qu'ils auront laissé courir leurs enfants, sans surveillance et sans éducation, abandonnés à leur propre turbulence ! — L'éducation est une grande somme de travail ininterrompu, un grand tout qui demande à être mesuré exactement dans toute son étendue ; il ne sert à rien de prévenir seulement quelques défauts !

5. Peut-être me rapproche rai-je des autres pédagogues en passant aux auxiliaires que le gouvernement des enfants doit se préparer dans leurs propres âmes, je veux dire : Yautorité et ïamour.

6. Uautorité fait plier Tesprit ; elle s'oppose à son mouvement propre, et peut ainsi parfaitement servir à étouffer une colonie naissante qui prendrait une mauvaise direction. Elle est surtout indispensable avec les natures les plus vives, car cellesci essayent le mal avec le bien, et poursuivent le bien quand elles ne se perdent pas dans le mal. — Mais Yautorité ne s'obtient que par la supériorité de l'esprit, et celle-ci, on le sait , ne se réduit pas en prescriptions : elle doit exister par cUe-môaie , indépendamment de l'éducation. Une action logique et profondément pénétrante doit être ouverte et franche dans sa marche, suivre tout droit sa propre voie, tout en tenant compte des circonstances, mais sans se soucier de l'approbation ou de la désapprobation d'une volonté plus faible. Si l'enfant étourdi, encore grossier, dépasse les limites qu'on a tracées autour de lui, il faut quil sente quel mal il pourrait faire, et s'il était pris du malicieux désir de nuire, il faut que cette intention, réalisée ou ayant pu l'être, soit fortement punie ; mais on dédaignera de tenir compte de la malice d'intention, ainsi que de l'offense qu'elle implique. Quant à frapper la mauvaise

intention, — que le goaverneinent des enfants, comme celui de TKtat, est impuissant à punir, — en lui infligeant la profonde désapprobation qu*elle mérite, ceci est déjà TafFaire de Y éducation y qui ne peut commencer sa tâche qu'au moment où cesse celle du gou\>ernement.

7. L'exercice de l'autorité conquise entraîne pour celui qui détient le gouvernement Tobligation d avoir égard à Véducation proprement dite ; car, si la culture de l'esprit ne gagne lîen directement par la soumission passive à ïautoritéj cette soumission a néanmoins une influence considérable sur la limitation ou l'extension du cercle d'idées dans lequel l'enfant pourra se mouvoir à Tavenir avec plus de liberté et édifier lui-même avec indépendance.

8. h' amour repose sur l'accord des sentiments et sur l'habitude. On voit donc combien il doit être diflicile à un étranger de le conquérir. Il n'ii-a certainement pas à celui qui s'isole, qui élève souvent le ton, et qui aflecte dans ses manières une décence mesquinement calculée. Il n'ira pas davantage à celui qui s'abaisse à être vulgaire, et qui, là où il doit être aimable sans doute, mais en même temps réfléchi, rechei'che son propre plaisir en partageant celui des enfants. L'accord des sentiments qu'exige Vamour peut se produire de deux manières : ou bien l'éducateur pénètre dans les sentiments de l'enfant et s'y associe avec une adroite finesse, sans jamais en parler, — ou bien il fait en sorte de se rendre lui-même, d'une certaine manière, accessible à la sympatliie de son élève. (]e dernier moyen est plus diflicile, mais il doit pourtant être combiné avec le premier, parce que l'enfant ne peut apporter d'énei'gie propre dans ce genre de relation que s'il lui est possible d'avoir d'une façon quelconque quelque chose de commun avec l'éducateur.

9. Mais Vamour de Tenfant est bien passager, bien éphémère, si l'habitude ne vient pas s'y ajouter dans une proportion suffisante ! Le temps, les soins zélés, le tête-à-tête, il faut tout cela

pour donner de la solidité à ces rapports entre l'éducateur et Tenf ant. A quel degré Vaniour, une fois conquis, facilite le gouçernementy il n'est pas besoin de le dire ; mais c'est un auxiliaire si important pour Yéducation proprement dite, — car c'est par lui que se communique à l'enfant la direction d'esprit de l'éducateur, — qu'il faut blâmer sévèrement ceux qui ont la funeste idée de s'en servir pour se donner à eux-mêmes le plaisir d'éprouver leur pouvoir sur les enfants !

10. ISautorité est naturelle chez le père plus que chez tout autre ; car c'est chez lui, — à qui tout obéit, vers qui tout converge, qui règle et modifie les affaires domestiques, ou plutôt à qui elles sont soumises en quelque sorte par la mère, — c'est chez lui, dis-je, qu'éclate le plus manifestement cette supériorité de l'esprit à laquelle il est donné de provoquer, par quelques mots de blâme ou d'approbation, le découragement ou la joie.

11. U amour est surtout naturel chez la mère, car c'est elle qui, au milieu des sacrifices de toute 'sorte, étudie et apprend à comprendre mieux que personne les besoins de l'enfant, prépare et établit entre elle et lui un langage bien avant qu'aucune autre personne ait trouvé les moyens de communiquer avec le petit être; c'est elle qui, favorisée par la délicatesse de sa nature féminine, sait si bien trouver le ton qui s'harmonise avec les sentiments de l'enfant, et dont la douce puissance, s'exerçant toujours sans abus, ne manquera non plus jamais son effet.

12. Si donc Vautorité et Yamour sont les meilleurs moyens d'assurer chez le tout jeune enfant le maintien de la soumission autant qu'il est nécessaire au gouQernement ultérieur, il pourrait bien s'ensuivre que ce gouvernement ne sera nulle part mieux placé qu'entre les mains de ceux à qui la nature l'a confié ; tandis qu'au contraire Yéducation proprement dite, et notamment la culture des idées, ne pouri^a vraisemblablement être

8o DU r.OUVEHNEMENT DES ENFANTS

confiée qu'à des personnes <|iii sont portées par leurs habitudes spéciales à parcourir en tous sens le vaste champ des idées liuniaines, et à en discerner de la fa^on la plus précise possible les hauteurs et les profondeurs, les parties plus escarpées et les régions plus unies.

i3. Mais, puisque ï autorité et Y amour ont sur Y éducation un si grand pouvoir direct, celui qui a la charge de former les idées n*aura pas la présomption de vouloir faire son affaire tranquillement, tout seul, et à Texclusion des parents , d*autant plus que s'il a pu en obtenir lautorisation, toujours limitée, ce n'est que grAcc à la confiance (fu'on avait en lui. Il enrayerait ainsi dans leur action des forces qu'il ne lui serait pas facile de remplacer.

14. Mais quand le gouçernemeni des enfants doit être confié à d'autres personnes qu'aux parents, il importe de Torganiscr de manière à le rendi'c aussi facile <jue possible. Or, ceci dépend du rapport qui existe entre le besoin de mouvement des enfants et l'espace qu'on peut leur accorder pour le satisfaire. Dans les villes, les enfants peuvent causer aux hommes une foule d'ennuis : on est obligé de les tenir renfermés dans les limites étroites, et cela d'autant plus que leur besoin de mouvement s'excite et s'accroît par rcxemple même que tant d'enfants se donnent réciproquement. C'est pourcpioi le gouvernement des enfants n'est nulle part plus difficile que dans les établissements des villes, qu'on appelle h la vérité des établissements iV éducation^ mais avec bien peu de raison : car là où le gouvernement est si dinicilc, qu'adviendra-t-il de Yéducation ? A la campagne, au contraire, les établissements auraient l'avantage d'avoir à leur disposition plus d'espace pour les jeux, si, là encore, ceux qui sont responsables de la surveillance d'un si grand nombre d'enfants, n'étaient souvent poités à prendre des mesures pénibles qui, pour parer à certains inconvénients, ont pour eilet de causer le dommage le plus certain

PROCÉDÉS DU GOUVERNEMENT 8l

et le plus général. — Mais les éducateurs, avec infiniment de raison, ont depuis longtemps songé à offrir aux enfants une foule de distractions agréables et inoifensives, dans le but de prévenir les désordres qu'ilest trop difficile de contenir. On g dit tant de choses à ce sujet, que je puis ?i bon droit m'abstenir d'en parler. — C'est là où les circonstances permettent au besoin de mouvement des enfants de trouver de lui-même la voie de l'utile, que le gouvernement sera le plus facile.

Eêquissf, i5. Il faut supposer qu'on a pris les précautions et les soins

nécessaires pour le développement physique de l'enfant, sans l'amollir, ni Tendurcir d'une façon dangereuse. Aucun besoin réel ne peut égarer les enfants ; et il ne faut pas, en les gâtant, provoquer chez eux des besoins inutiles. A quel degré on peut les endurcir, cela dépend de la constitution de chacun.

i6. Le principe fondamental du gouvernement des enfants consiste à les occuper : non déjà en vue d'un profit quelconque pour la culture de leur esprit, mais le temps doit c>tre rempli dans le but unique d'éviter qu'ils ne fassent des sottises. Toutefois ceci implique l'obligation de satisfaire au besoin de mouvement physique, dans la mesure qui convient à chaque âge, ne fût-ce que pour éviter le désordre naturel qui en est la conséquence. Ce besoin n'est pas égal chez tous ; il y a des individus qu'il semble impossible de tenir parce qu'on les force à rester assis.

17. Les occupations que les enfants choisissent eux-mêmes, toutes choses égales d'ailleurs, sont sans doute les meilleures ; seulement ils savent rarement s'occuper suffisamment et d'une façon durable. Des prescriptions précises de faire telle ou telle chose jusqu'à ce qu'elle soit finie, assurent mieux l'ordre que le jeu sans règle, qui finit ordinairement par les ennuyer. Il est souhaitable que les adultes qui en ont la patience prennent pai*t aux jeux des

/Vir. de Lillr Tomk IV. — A. 0.

enfants, sinon toujours du moins fréquemment, qu'ils leur expliquent des images, leur racontent des histoires et se les fassent répéter, etc. A mesure que les enfants avancent en âge, leurs occupations prennent de plus en plus la forme de l'enseignement ou des exercices qui s'y rattachent : alors il ne faut pas négliger le contre-poids indispensable des récréations.

i8. Les occupations des enfants rendent la suri>eillance nécessaire, et celle-ci entraîne une variété d'ordres et de défenses, qui nous offrent divers sujets de méditation. En premier lieu celui-ci : peut-il y avoir des circonstances où Ton retire un ordre et d'autres où Ton permette la chose défendue? Il est dangereux de donner à l'expression d'un ordre une forme plus générale que celle qu'il doit avoir; rien n*affaiblit le gouçernement comme de céder aux prières, aux larmes, et à plus forte raison à l'impétuosité des enfants.

Vient ensuite la question de savoir si l'on est en état d'assurer l'obéissance. Lorsque les enfants sont inoccupés et sans surveillance, cette question devient grave.

Cette gravité s'accroît rapidemenl en raison* du nombre des enfants^ et surtout dans les grands établissements d'éducation, déjà même dans les simples écoles, à cause des allées et venues des élèves,

19. Il en résulte ordinairement que Ton cherche à organiser la surveillance aussi sévèrement que possible. Mais on s'expose alors au danger de voir tlisparaître l'obéissance volontaire et d'encourager les enfants à rivaliser de ruse.

En ce qui touche le premier point, tout dépend du rapport qui existe entre la contrainte imposée et la liberté encore permise. Les enfants acceptent ordinairement volontiers beaucoup de mesures restrictives, lorsque ces mesures portent sur des points précis et fixes, et qu'il reste encore à côté un espace indéterminé pour leur caprice.

Quant au second point, il est bien dillicile qu'un surveillant

quelconque puisse s'en rapporter à lui seul, surtout lorsqu'il ne parait qu'à des moments déterminés. Il faut qu'il soit aidé par d'autres pei-sonnes, et lui-m(>me doit parfois tomber à Timproviste. La mirveillance est toujours un mal lorsqu'elle témoi^^ne d'une méfiance inutile ; en revanclie, il importe beaucoup de faire comprendre à ceux qui ne méritent pas cette méfiance que ce n'est pas contre eux qu'on prend ces mesures.

uo. La surveillance ne devant pas atteindre le degré d'une oppression qui se fasse constamment sentir, il faut recourir à certains moyens, doux ou non, pour donner au gouvernement des enfants de Ténergie. En général, cette énergie résulte de la supériorité naturelle de l'adulte. Mais, précisément, il est quelquefois nécessaire de le rappeler. Quelle que soit l'organisation de la surveillance, il faut y associer une ligne de conduite conforme vis-à-vis des enfants. Dans les écoles, on devra tenir un livre pour marquer les fautes, non des élèves obéissants, mais de ceux qui se montrent fréquemment désobéissants. Ici, il n'est pas encore question de notés relatives à l'éducation proprement dite, mais uniquement de ce qu'on appelle ordinairement la discipline ; il ne s'agit en réalité que du bon ordre d'une école, auquel les élèves doivent se soumettre.

Dans Téducation en famille, cette comptabilité sera rarement nécessaire, mais parfois elle pourra être utile ; l'enfant isolé sait bien, sans doute, qu'on ne le perd pas de vue, mais c'est un moyen de fortifier le souvenir, que d'inscrire les réprimandes qu'il s'attire.

Î2I. On chercherait en vain à supprimer entièrement les cluUimcnts corporels, auxquels on a ordinairement recours lorsque les réprimandes ne suffisent plus ; mais il faut qu'ils soient assez rares pour être plutôt redoutés de loin qu'a[)pliqués en réalité.

Ce n'est pas un mal pour l'enfant que de se rappeler qu'il lui est arrivé de recevoir le fouet lorsqu'il était petit. Il n'est pas mauvais non plus que, pour lui, l'impossibilité de recevoir encore

des coups de férule soit égale à Timpossibilité de se mettre dans le cas de s'attirer un tel traitement. Mais ce qui lui nuirait certainement, ce serait que son amour-propre fût excité aussi fortement, lors mémo qu'il mépriserait la douleur physique ; et rien n'est plus mauvais que de frapper encore des enfants déjà endurcis aux coups, comme cela arrive encore de temps en temps. Ce procédé a pour elfet de les rendre absolument insensibles, et on peut à peine espérer qu'une indulgence prolongée, devenue alors inévitable, puisse réveiller la sensibilité naturelle disparue.

Il n'en est pas tout à fait de môme pour la privation de nourriture infligée pendant quelques heures ; car ce n'est qu'une privation, et non une action ayant pour elfet de révolter directement.

Mais la privation de liberté est, comme on le sait, le châtiment le plus ordinaire, et avec raison, à la condition qu'elle soit proportionnée à la faute. On peut aussi y apporter les gradations les plus variées, depuis le petit garçon qu'on met dans un coin jusqu'à la réclusion dans une pièce obscure, et même avec les mains liées derrière le dos. Il faut seulement éviter, à cause de certains inconvénients particuliers, que cette punition ne dui*e trop longtemps; une heure, c'est déjà beaucoup s'il n'y a pas de surveillance ; le lieu doit aussi être choisi convenablement.

îia. Des punitions aussi graves que l'expulsion de la maison ou de l'école, ne seront applicpiécs que dans les cas extrêmes, surtout parce qu'il y a lieu de se demander où restera l'élève exclu, et s'il devra tomber à la charge d'un autre établissement. Si, en le changeant de lieu, on lui laisse en même temps sa liberté, il retombera le plus souvent dans les anciennes fautes. Il importe donc, en pareil cas, qu'il soit soumis à une surveillance des plus sévères, et qu'on lui donne de nouvelles occupations. Il faut qu'un milieu nouveau lui fasse oublier les anciennes idées qui l'avaient égaré.

a3. Ptrsé(mne uisjkort qn^ Vastorilf H Vim^ou^ sont 3e iimlleurs garants da ^onveraenimt des enfants que les proce^ies de dmriê d'antjWois. Cependant, tont le monde ne prat pas acquérir laotorîtê à volonté : il faat . pcMir t nntssir . ue s«q»énorité visible de l'esprit, jointe an savoir, non moins que des qualités extérieures et phvsiqnes. Sans doote il est possible, par des procédés affables, de canner à la lonpie l'afflMiion des enfants qui ont on bon natonrl : nuôs l'affabilité cesse préeisêment là où la nécessité an goaiymemfnt s'impose le plus, et rafieciîon ne doit pas s'acheter par one faiblesse indaUrmle : elle n'a de prix qne si elle est alliée à la sévérité nécHïsaîrY.

04. En somme, dans les premières années de l'enfance, le 4?imicemement est facile si l'on n'a pas affaire à on état tMlA .lîf qni réclame des ména^ments : et nne fois lliabitnde de Tob^ssance prise, il est é^lement facile de continuer à Texercer. Mais dès que les enfants sont livrés à eox-mémes on à d*antres« même poar un temps très-court, par exemple pour quelques jours, on s'aperçoit déjà du changement: il en coûte quelque peine de reprendre les rênes, et il ne faut pas le ftiire trop Inrusquement.

Cest lorsque les enfants ont été livrés au désonlre et qu'il s'agit de les ramener à l'ordi^e. qu'on constate les dilTérences entre individus, L^< uns se laissent ramener par une indulgence modérée et des procédés bienveillants, aux occupations qui leur conviennent ; d'autres sont assex rèflécliis pour craindra les menaces et éviter les punitions : mais il est à ivdouter qu'on n'en rencontre ipielques-uns qui ne songent qu'à échapper à la surveillance, mt^me si cela doit les mettre dans une situation pénible.

20. En général, il faut s'attendre à ce que les enfants cherchent à reculer les bornes dans lesquelles on les tient, dès qu'ils en ressentent la gène. Si on les occupe suivant leurs désirs, et que ces bornes aient en tous sens la même fixité, ils renoncent bientôt

86 DU COUVEHNEMENT I>E8 ENFANTS

à leurs tentatives de résistanee, mais pour los recommencer. A mesure qu'ils avancent en îige, leurs occupations changent de nature, et il faut reculer peu à peu ces bornes. Mais il importe alors de savoir si, pendant ce temps, Tédu cation a fait assez de chemin pour rendre le gom^ernement moins nécessaii*e. Alore les occupations dt^sirées se règlent d'après les perspectives d'avenir que le jeune homme voit s'ouvrir devant lui, selon sa condition et sa fortune, et en rapport avec ses aptitudes naturelles et ses connaissances acquises. Favoriser ces occupations qui lui conviennent si bien, et restreindre en iwanche tout ce qui nVst que plaisir ou pi*édilection d'amateur aux limites où cela ne peut nuire : telle est encore à ce moment la tAche du goiwernenumt, dont on ne iloit pas toat-s\-fait se dessaisir prématurément, surtout lorscpic l'entourage de l'enfant est de nature à inspirer des craintes.

Page 1