‹ Principales œuvres pédagogiquesChapitre 41 sur 151 · DE L*EXPÉRIBNCE ET DU COMMERCE DES HOMMES · texte numérisé non relu

DE L*EXPÉRIBNCE ET DU COMMERCE DES HOMMES

tout enseignement religieux ! Qu'on songe à la puissante influence qu'une leçon de philosophie exerce si facilement sur l'auditeur attentif^ et même presque à son insu! Ajoutez encore à cela la puissance terrible de la lecture des romans, — car tout cela rentre dans Yinstruction, bonne ou mauvaise.

i4* Sans doute Yinstruction est actuellement liée à l'état présent, — et même passé, — des sciences, des arts et des lettres. 11 impoi*te de tirer le plus grand parti possible de ce qui existe, et, à cet égard, les progrès à faire sont incommensurables. Cependant, au cours de l'éducation, on se heurte à mille desiderata qui ne sont pas du ressort de la pédagogie, ou plutôt qui font sentir que l'intérêt pédagogique nest pas une chose isolée, — et qu'il ne saurait nulle pai*t moins se développer que dans l'âme de ceux qui ont accepté la tâche de l'éducation et la société des enfants uniquement parce que tout le reste était pour eux trop élevé et trop sérieux, et parce qu*ils voulaient tout simplement être les premiers quelque part.

i5. Uintérêt pédagogique n'est qu'une manifestation de l'intérêt général que nous avons pour le monde et pour les hommes; et Yinstruction concenti*e tous les objets de cet intérêt. . . là où se réfugient enfin toutes nos espérances eflrayées, c'est-à-dire dans le sein de la jeunesse, qui est le sein de l'avenir. — Sans cela, Yinstruction est sûrement vide et sans portée. Que personne ne dise qu'il se livre à Téducation de toute son âme ! C'est là une phrase creuse. L'éduculeur échouera dans son œuvre s'il n'applique pas la plus grande partie de ses méditations aux choses qu'il enseigne à l'enfant et qu'il lui rend accessibles, et s'il ne concentre son esprit dans l'attente de ce que l'humanité, traitée avec plus de soin, pourra réaliser encore au-delà de tout ce qui a été accompli jusqu'à présent par notre espèce. A ce prix seulement peut jaillir de l'âme pleine une source abondante d'instruction qui ne le cède en rien au riche trésor de Yexpérience ; aloi*s aussi l'âme en mouvement communique à

100 l/iNSTRUCTION CONSIDÉRÉE COMME COMPLÉMENT

rauditciir un libre mouvement; et dans les vastes replis d'un tel enseignement il y a place pour mille idées accessoires, sans ([ue l'essentiel perde rien de la pureté de sa forme. L'éducateur même devient pour Tenfant un objet d^ expérience aussi riche qu immédiat ; bien plus, au cours de ses leçons, il s'établit entre eux deux un véritable commerce^ qui donne au moins à Uélève le pressentiment du commerce avec les grands hommes, ou avec les caractères dont les traits purs ont été tracés par les poètes. Les personnages éloignés, historîques ou poétiques, doivent recevoir la vie de la vie même du maître. Qu'il commence seulement, et l'adolescent, l'enfant même s'associera à lui par son imagination, et il arrivera souvent que tous deux se trouvei*ont dans une société élevée et choisie, sans avoir pour cela besoin d'un tiers.

i6. Enfin V instruction peut seule prétendre à pi*oduire une culture multiple étendue et également répartie. Qu'on s'imagine un plan d'enseignement qui n'aurait d'autres divisions que celles qui correspondent à la connaissance des choses à la sympathie^ sans avoir égard à aucune des classifications des matières de nos sciences : car celles-ci ne s'inquiétant aucunement des difTérences entre les diverses faces de la personnalité, n'entrent pas du tout en ligne de compte au point de vue de la culture multiple également répartie, — Si, avec un tel plan, on procède à une comparaison, on discernera aisément celles de ses parties qui profiteront surtout, avec un sujet donné et dans des circonstances données, des contributions de Vexpérience et du commerce des hommes j de celles qui, en revanche, — ce seront évidemment les plus importantes, — ne recevront rien. On s'apercevra, par exemple, que l'enfant a été porté par son entourage plutôt vers Y intérêt social, patriotique peut-c^tre, que vers la sympathie pour les individus, — ou bien qu'il est plutôt porté aux choses du goût qu'aux choses de la spéculation, — ou réciproquement, ce qui est une faute aussi grave. — Nous avons là une double indication.

DE l'expérience ET DU COMMERCE DES HOMMES ICI

D*abord il faadra, du côté qui remporte, analyser les masses dïdées acquises, les compléter, les ordonner. En second lieu on devra^ soit en s'appuyant sur ce ti^avail préliminaire, soit eu procédant directement, rétablir l'équilibre au moyen de Yinsiruc-

iion. Mais jamais on ne devra, à Vàge où TAme pi*end si aisément telle ou telle forme, considérer telle ou telle prédominance fortuite comme une indication d*agir encore plus dans ce sens par Véducation. Une telle règle, bonne pour favoriser la difformité, n'a pu ôtre inventée que par Tamour de l'arbitraire, et suggérée par le manque de goût. Celui qui aime le bariolage et les caricatures aura assurément beaucoup de plaisir à voir, au lieu d*hommes bien venus et de taille égale, capables de se mouvoir en rang et en ligne, un tas de bossus et d'infirmes de toute espèce s'agiter j)ùle-mùle dans un turbulent désordre, ainsi (pi'il arrive dans une société composée d'hommes séparés par les sentiments, où chacun se targue de son originalité et où personne ne comprend son voisin.

^horUmei, '7* ^'instruction a deux points de départ : V expérience (ii\G

commerce des hommes. Si elle en choisit un autre, tout ce qu'elle lait reste en l'air. Mais elle doit compléter les notions fournies par Y expérience et le commerce des hommes. Il n'y a rien en dehors de la nature, de riiumanilé, *et du lien (fui les unit, la Providence. Une fois donc (jue Yinstrucfion a étendu les notions de Y expérience jusqu'à la connaissance de la nature, (pfeUe a élevé celles ([ue fournit le commerce des hommes jus<iu'à l'assimilation des intérêts généraux de l'humanité, et qu'elle a réuni l'une et l'autre chose dans la religion : alors, et seultMuent alors, elh; a satisfait aux exigences du but pédagogique. Maintenant, pour trouver une théorie de l'enseignement, il nous faut d'abord elfacer la ligne de démai*cation qui sépare Yinstrucfion de Yexpérience et du commerce des hommes. Car, pour cette raison même que ceux-ci ne sont

loa DE l'instruction

que des fragments, et des fragments toujours formés d'mie autre manière, il est impossible de les prendre pour base unique d'une théorie suivie, non plus que ce qui les complète, c'est-à-dire Vinstruction : on ne peut prendre que Tensemble constitué par ces trois choses. Cet ensemble peut s'appeler le monde. L'expérience, le commerce des hommes et Vinstruction réunis constituent donc le tableau du monde.

ibid. i8. Il y a une largeur et une lonf^ueur de renseignement,

suivant qu'on considère que les matières sont apprises simultanément ou successivement. La largeur de renseignement devra être moindre que la longueur^ qui s'étend sur plusieurs années. Mais il n'y a que deux fils principaux qui puissent et doivent se dérouler longtemps dans les deux directions : c'est la connaissance de la nature et celle de l'humanité. Les langues ne sont que des choses de métier.

Page 1