RAPPORTS DE L'INSTRUCTION
devient meilleur ou pire. Tel qu*il est à ce moment, et que son but soit bon, mauvais ou indiOercnt, il a Tintention d'apprendre telle ou telle chose, et pour lui le meilleur maître sera celui qui lui donnera tuto, cito, Jucunde, le genre d'habiletc qu'il désire acquérir. Ce n*est pas dune telle instruction qu'il est question ici, mais uniquement de V instruction éducative»
3. Sans doute la valeur de rhomme ne réside pas dans son savoir, mais dans son vouloir. Mais il n'existe pas une faculté de désir indépendante : la volonté prend ses racines dans le domaine des idées acquises, et par là il faut entendre non pas tels ou tels points particuliers du savoir, mais bien la combinaison et l'action commune des idées acquises. Aussi, de môme qu'en psychologie on traite des idées avant de traiter du désir et de la volonté, de même en pédagogie et pour les mômes raisons la, théorie de Vinstruction devra précéder celle de la culture morale.
Remarque. — Jusqu'à présent on ne distinguait môme pas le gouvernement de la culture morale, bien qu'il soit évident que les choses présentes pressent plus que les choses futures. h' instruction était encore moins mise à sa vraie place ; le plus ou moins de sav'oir, qu'on considérait comme une chose accessoire en comparaison de la culture individuelle, venait en dernier lieu et seulement après qu'on s'était occupé de Véducaiion, comme si celle-ci pouvait exister sans Vinstruction, Depuis quelques dizaines d'années, au contraire, on a réclamé des écoles, et notamment des gymnases, une plus grande activité. Les études humanistes devant avoir pour résultat Yhumanité, on a compris qu'il était plus facile de pénétrer jusqu'à l'homme par les connaissances que par les sentiments, et qu'on pouvait faire passer des examens sur celles-là, mais non sur ceux-ci. Alors le temps consacré à Vinstruction devint trop court, inconvénient que les anciennes écoles latines n'avaient guère connu. On en vint à délibérer sur le plus ou le moins de place qu'on devait accorder
AVEC LE GOUVERNEMENT ET LA CULTURE MORALE Io5
à chaque science. Quant à nous, nous nous occuperons surtout de Tenseiuble combiné des études, car ce qui reste isolé a peu d'importance.
4. Ce qui importe par dessus tout dans Yinstruclion éducative^ c'est l'activité intellectuelle qu'elle provoque. Son but est de l'accroiti^e et non de l'amoindrir, de l'ennoblir, et non de la dégrader.
Remarque. — 11 y a amoindrissement de l'activité intellectuelle lorsque, à force d'apprendre, de rester assis, et surtout de copier (chose si souvent inutile) dans toutes sortes de cahiers, le développement physique s'en ressent tellement, qu'il en résulte tôt ou tard des inconvénients pour la santé. C'est ce qui explique la faveur accordée récemment aux exercices de gymnastique, où l'on peut craindre toutefois Texagération des mouvements violents. Il y a dégradation de l'activité intellectuelle lorsque le savoir ne sert qu'à l'ostentation et à Tacquisition d'avantages extérieurs : c'est le mauvais côté de maints examens publics. Les écoles ne devraient pas être obligées de montrer tout ce qu'elles produisent. Loi'sque V instruction va ainsi à rencontre de son but, il arrive en outre qu'elle entre en conllit avec la culture morale^ qui doit avoir en vue tout l'avenir de l'enfant, ut sit mens sana in corpore sano.
5. S'il n'y avait qu'une seule et unique sorte d'activité intellectuelle, il serait indifférent que l'instruction choisit tels ou tels objets pour occuper l'enfant. Mais le contraire ressort de rexpérience, qui montre que les talents des hommes sont extrêmement variés. Cependant V instruction ne peut pas ôti»e non plus aussi variée que les talents manifestes : cela est évident, si Ton considère que toute disposition (|ui se montre moins vivace chez chaque enfant serait alors tout-à-fait négligée et peut-être étouffée. Il faut plutôt que Vinstruction soit variée^ et pourtant aussi, malgré cette variété, égale pour un grand nombre, du moins dans la mesure où elle peut contribuer à