lu' enseignement a en effet pour objet
Des choses.
Des formées.
Et des signes.
9. Les signes, par exemple les langues, n'intéressent évidemment que comme moyens de représenter ce qu'ils expriment. Les formes, — c'est-à-dire le général, ce que l'abstraction sépare des choses, par exemple les (igui*es mathématiques, les idées métaphysiques, les relations normales simples des beaux-arts, — nous intéressent non-seulement directement, mais aussi à cause de leurs applications. Mais si quelqu'un voulait prétendi'e que les choses mêmes, les œuvres de la nature et de l'art, les hommes, les familles et les nations ne nous intéressent que par l'usage que nous en faisons pour réaliser nos vues, nous le prierions de ne pas faire entendre de discours aussi funestes dans le cercle où s'exercent nos efforts multiples, car il pourrait bien arriver à la lin qu'il ne restât plus comme unique intérêt immédiat que le pitoyable égoïsme.
10. Les signes sont un fardeau qui pèse évidemment sur VenseU gnement, et qui, s'il n'est pas allégé par la force de Y intérêt pour la chose (|u ils représentent, jettera maître et élève hors de la voie où doit marcher Yéducation, Cela n'empêche pas l'étude des langues d'absorber une partie considérable de l'enseignement ! — Si à cet égard le maître cède aux exigences ordinaires du préjugé et de la tradition , il tombera inévitablement du rang d'éducateur à celui de maître d'école. Or, dès que les leçons cessent d'être éducatives, l'enfant est entraîné par tous les
LES FOllMES, LES CHOSES ET LES SIGNES 1^5
éléments vulgaires qui Tcntourent, le tact intime disparaît, la surveillance devient nécessaire — et la tâche du maître lui est rendue pénible. — Qu'on s'oppose donc , aussi longtemps qu*on .pourra, à tout enseignement des langues sans exception, qui ne se trouve pas directement sur le grand chemin de la culture de Y intérêt! Qu'il s'agisse des langues anciennes ou modernes, peu importe ! Le seul livre qui mérite d'être lu est celui qui peut intéresser dans le moment même et préparer pour l'avenir un nouvel intérêt. Aucun autre, — et surtout, bien entendu, aucune espèce de chrestomathie (qui n'est jamais qu'une rhapsodie sans but), ne doit faire perdre même une seule semaine : car une semaine est un temps bien long pour les enfants, on peut s'en rendre compte en voyant l'efTct que produit sur eux raffaiblissèment de l'action éducatrice pendant une seule journée I — Mais si difficile que soit un livre quant à la langue, s'il vient chaque fois à son heure, y a-t-il des difficultés qu'on ne puisse surmonter avec de l'art, de la patience et des efforts ?
II. Mais l'art d'enseigner les signes est le môme que l'art d'instruire dans le domaine des choses. Les signes sont d'abord des choses, on les aperçoit, on les considère, on les copie comme des choses. Plus l'impression qu'ils font sur les sens est forte et multiple, mieux cela vaut. La clarté, Y association, Y ordre S)''S' tématiqiie et la marche régulière dans cet ordre doivent se succéder exactement *. Qu'on ne se presse pas trop d'expliquer le sens des signes ; on peut s*en dispenser tout-à-fait pendant quelque temps : c'est autant de temps de gagné -. Il n'y a d'ailleurs aucune utilité à enseigner à fond, dès le début, la théorie des signes ; il faut se borner à enseigner ce qui est strictement nécessaire pour celle des applications immédiates qui est de nature