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matières. Et suivant que telle ou telle opinion vient à prédominer tour à tour, on a non seulement à déplorer Tabsence d'unité dans les vues qui font rechercher et donner Tinstiniction, mais les élèves ont aussi à souffrir directement du manque de suite qui se manifeste lorsqu'on commence suivant un plan et qu'on continue suivant un autre.

i5. Supposez qu'un professeur soit chargé d'enseigner une certaine science : il arrive assez souvent qu'il fait son plan d'enseignement sans le soumettre à aucime méditation pédagogique. La science . en question, croit-il, lui fournit déjà, par son contenu môme, où les choses se déduisent les unes des autres, un plan d'après lequel elle peut ètve enseignée convenablement. Ainsi, pour l'enseignement d'une langue, il exigera que les élèves sachent décliner et conjuguer couramment, afin de pouvoir expliquer avec eux un auteur ; ils devront comprendre l'expression prosaïque ordinaire avant qu'il leur ait expliqué les tournures choisies de tel ou tel poète, etc. S'agit-il d'enseigner les mathématiques, îl voudra que ses élèves sachent d*abord parfaitement l'arithmétique élémentaire, et, à un degré supérieur, qu'ils connaissent le calcul des logarithmes, avant de leur présenter les formules dont l'application exige le secours des logarithmes, et ainsi de suite. Pour l'histoire, il voudra d'abord établir un tableau chronologique dans lequel viendront se caser les faits ; pour Thistoire ancienne, il faudra connaître la géographie ancienne, etc. Ce point de vue, d'après lequel on déduit des matières mêmes de l'enseignement la marche à suivre, comme si l'obligation d'enseigner ceci ou cela existait d'une façon absolue, domine surtout dans le cas où, par exemple, il s'agit pour un établissement de prendre de nouveaux élèves : on veut que les enfants sachent lire, écnre et compter couramment avant de pouyoir être admis dans un gymnase ; de môme, pour pouvoir passer dans une classe supérieure, il faut qu'ils aient satisfait au prog^ramme de la classe précédente. Le bon élève est celui qui peut satisfaire

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à ces exigences et qui s'y soumet volontiers. Il en résulte naturellement qu'on ne s'inquiète guère alors des conditions de ïattention ni des développements successifs de Vintérêt.

i6. Mais il résulte encore de cet état de choses une autre conséquence, et par suite, un autre point de vue. On plaint la jeunesse d'avoir tant de tourments à subir. Il naît dans la pensée toutes sortes de doutes sur l'opportunité qu'il y avait à enseigner les sciences mêmes qui sont la cause de ces tourments, et on en vient à se demander si leur utilité pour l'avenir était bien réelle. Maints exemples viennent démontrer que les adultes négligent et oublient, même sans dommage apparent, ce qu'ils avaient appris péniblement. Il est vrai que ces exemples sont contredits par d'autres, mais on ne peut tirer de là aucune conclusion. On ne saurait nier qu'un très grand nombre d'hommes, même dans les classes cultivées, n'ont pas d'autre ambition que de se mettre à l'abri des soucis par le produit de leur travail, et de vivre en société, et que c'est à ce point de vue seulement qu'ils apprécient la valeur de leurs connaissances. Les choses n'en vont pas mieux avec un enseignement qui excite peu d'intéréty et qui apparaît, dans les souvenirs que laisse la première jeunesse, comme le revers de la médaille.

17. A cela on répond en général avec raison : il fallait bien occuper la jeunesse, on ne pouvait pas la laisser grandir sans frein; il fallait que cette occupation fût sérieuse et dirigée avec sévérité, car le gouvernement ne devait pas se relâcher. Mais alors le doute se reporte entièrement sur le choix des matières à enseigner. Ne pouvait-on donc pas offrir à la jeunesse, pour l'occuper, des objets plus utiles? — Si au contraire on vante, par exemple, l'utilité des langues anciennes, en disant qu'elles donnent surtout beaucoup à faire à la jeunesse, le reproche tombe alors sur la méthode d'enseignement des autres sciences, qui ne pèche que par un point : c'est qu'on ne sait pas les traiter de manière à provoquer autant d'activité de la part des élèves. C'est surtout des

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langues vivantes que Ton aflirnie qu'elles sont aussi des sujets d'études philologiques, qui fournissent roccasion de lire, de parler, d'écrire, de traduire et d'exercer la pensée par la grammaire. Surtout qu'on ne réponde pas que les gymnases devraient conserver le grec et le latin parce qu'ils ont à former de futurs fonctionnaires, à qui les langues anciennes sont tout aussi utiles, et même tout aussi nécessaires que les langues modernes le sont à d'autres classes de la société. Car, une fois qu'on aura abaissé les études classiques au rang d'objets utiles et nécessaires, on aura ouvert la porte à ceux qui demandent encore pourquoi le prédicateur de village a besoin de savoir l'hébreu, ou pourquoi Thomme de loi et le médecin praticien ont besoin de connaître le grec.

i8. Les débats de ce genre ont pu souvent laisser croire que les humanités étaient en opposition avec les études réaies, et ne pouvaient tolérer à côté d'elles l'existence de ces dernières, alors que celles-ci contribuent au moins autant que celles-là à la culture complète. La chose a été aggravée par quelques pédagogues d'une génération récente, qui se sont laissés aller à adoucir l'étude lorsqu'on ne pouvait l'éviter, par toutes sortes d'amusements et de jeux, au lieu de chercher à éveiller un intérêt durable et croissant ^ Considérer ainsi le but comme un mal nécessaire, et l'adoucissement comme un moyen de rendre ce mal supportable, c'est jeter la confusion dans toutes les idées, et empêcher la jeunesse, mollement occupée, d'apprendre à avoir conscience de ce qu'elle peut faire.

Toutefois ou ne saurait oublier de remai*quer qu'il reste encore assez d'occasions même pour adoucir l'étude, pourvu qu'on sache le faire à propos, aussi certainement qu'il reste au médecin assez de palliatifs, si convaincu qu'il soit de l'avantage des cures radicales. Autant il est nuisible et blâmable de remplacer un enseignement sérieux et solide par un badinage constant, autant il est néces-

r. U s'agit encore ici des philanthropinistes.

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saire dans bien des cas, lorsgu*une chose paraît difficile sans l'être réellement, de faire avancer Télève en lui montrant l'objet à imiter d'une manière adroite et enjouée, presque comme un jeu, tandis qu'au contraire des détails et une lourdeur inutiles, par le seul ennui qu'ils provoquent, suffisent à faire échouer l'étude la plus facile. Cela est vrai surtout quand on a affaire aux plus jeunes enfants, et qu'on aborde l'étude des premiers éléments, par exemple, de la lecture du grec, du calcul algébrique, etc.

19. S'il ressort de tous ces débats un point vraiment essentiel de discussion, c'est celui qui résulte du fait d'admettre d'une façon absolue que telle ou telle science doit être enseignée (g i5). h' instruction éducative ne doit pas séparer une telle supposition du but qu'on poursuit lorsqu'on cherche à obtenir l'activité intellectuelle de l'élève. C'est là ce qui détermine le point de vue auquel elle doit se placer, mais cela ne détermine ni la question du savoir pur et simple, ni celle de son utilité. LVa'périence et le commerce des hommes étant les premières sources auxquelles l'enfant a puisé ses idées, de là dépendra la force ou la faiblesse de ces idées, ainsi que le phis ou moins de difliculté que rencontrera renseignement, et le temps plus ou moins éloigne où il pourra faire telle ou telle chose. C'est en puisant à ces sources, dès l'étude des premiers éléments, que les bons écrits enfantins élargissent peu à peu le cercle des idées. Alors seulement il peut êtrd question d'enseignement dans telle ou telle branche déterminée.

QO. Les matières réaies, — histoire naturelle, géographie, histoire, — ont un avantage incontestable : c'est de se rattacher plus aisément que les autres au cercle d'idées de l'enfant. Les idées spontanées • des enfants peuvent, tout au moins en partie, venir à leur rencontre. Les herborisations, les livres d'images, les cartes géographiques, si Ton s'en sert convenablement, rendent aussi

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