ÉDUCATION SYNTHÉTIQUE DE LA SYMPATUIE I7I
nouveau détourné les regards de ce spectacle; et non sans raison, car, à vrai dire, considéré comme tel, ce tout n*est pas un tout, il n*est guère de nature à élever Tâme, et il est insuflisant. — Tout cela devait-il donc faire oublier que, là comme ailleurs, il est toujours et partout question dliommes auxquels est duc la sj^mpat/lie t et à qui il ne faut donner que des spectateurs ayant cette sympathie, — et que c'est précisément chez ceux qui ne peuvent encore regarder avec nous dans Tavenir, parce qu'ils ne comprennent même pas encore le présent, — et pour lesquels, par
conséquent, le passé est le vrai présent, — qu'on rencontre le plus naturellenient cette sympathie^ Le caractère enfantin^ qui est en général le propre de tous les écrivains grecs de l'antiquité, a-t-il donc été impuissant à courber ce sentiment d'orgueilleuse érudition avec lequel on s'approchait d'eux, — ou plutôt, a-t-on été assez dénué de sentiment personnel pour ne pas remarquer qu'en vérité ils nous représentent une jeunesse telle (pie nous aurions dû en traverser une, et non un Age mûr auquel nous devrions aujourd'hui encore revenir?
!2o. Nous ne pouvons plus échapper à l'éducation faussée dont nous ressentons parfois si péniblement les efTets. Nous sentons qu'il est resté en route quelque chose que nous devions conserver avec nous : c'est en vain que nous voudrions le retrouver au prix d'efTorls humiliants. Mais rien ne nous empOche de faire commencer nos plus jeunes frères par le commencement, afin qu'ils puissent ensuite poursuivre leur chemin tout droit dans l'avenir, par leurs propres forces, sans emprunter d'échasses.
ai. Mais pour faire avancer Taîiivre de leurs ancêtres, il faut qu'ils aient passe par là eux-mêmes, — il faut avant tout qu'ils aient reconnu de bonne heure ces ancêtres comme les leurs.
22. Alors nous ne serons pas embarrassés quant à \ objet de la sympathie, lleste à savoir si nous procéderons d'une manière synthétique, élémentaire ,
a3. Tout d'abord, on ne cherchera pas à supputer le nombre
l'ja MARCHE DE l'ENSEIGNEMENT
des éléments de la sympathie, ni à les réunir de force par une méthode synthétique quelconque. Il faut pour cela que Fâme soit élevée à une certaine température, produite non pas de temps en temps par la chaleur momentanée d'une étincelle flamboyante, mais bien établie pour toujours par un élément qui développe constamment une très douce chaleur.
24. De plus, la sj'inpathie se rapporte à des sentiments humains, le progrès de la sj'inpathie qui se développe peu à peu de ses propres éléments est en rapport avec un certain progrès des sentiments humains; mais les sentiments sont subordonnés à Tétat des hommes et progressent avec lui. Ceux que nous éprouvons au milieu de là société résultent de l'état compliqué de la politique et de la civilisation en Europe. Pour que la sj'mpathie qui s*y attache puisse résulter de sentiments simples, purs, clairs, dont chacun se soit manifesté bien séparément dans la conscience, de telle sorte que Tétre entier sache ce qu'il désire, — il faut que cette sj^mpathie suive la marche successive des états humains jusqu'à Tétat présent, en commençant par celui qui le premier s'est exprimé avec une pureté suflisante, et a pris assez d'extension, grAce à l'étendue des mouvements multiples de l'âme qui lui appartiennent. Car assurément, le passé ne nous a révélé qu'un petit nombre de ses états ; il s'est exprimé encore bien plus rarement d'une façon aussi pure et aussi universelle que Téducation devrait le désirer. C'est pour cela précisément que les documents dans lesquels il nous parle d'une voix vivante et vibrante sont d'un prix inestimable. Quant au reste, nous sonmies obligés d'y suppléer par Timagination.
a5. Enfin, il est vrai, c'est dans le commerce des enfants enti^c eux que la sj'mpathie pourrait se développer de la manière la plus simple et la plus continue. Mais ce commerce même se modifie suivant la part pour laquelle chacun y contribue, et qui varie avec les occupations et les vues de chacun : or, celles-ci dépendent évidemment, si on ne laisse pas les enfants grandir