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remplir Tàme, on pourra ajouter à ces exercices un enseignement descriptif quelconque, qui représente vivement les objets, et aussi quelques études accessoires qui pourront ôtre peu importantes en elles-mêmes, mais qui devront se distinguer autant que possible par leur contraste.
Telle sera la forme complète, dénuée de plan en apparence, du plan d'études, là où l'éducation a déjà perdu ses plus beaux droits. Mais ces exercices seront un supplément presque indispensable dans un enseignement dont la marche générale doit d'ailleurs être synthétique^ ne fût-ce que pour ne rien laisser échapper à Tœil vigilant du pédagogue de ce qui se prépare au fond de l'âme de Tentant.
4. Si Ton commence renseignement synthétique en temps voulu et avec pleine confiance, on trouvera facilement dans les développements qui précèdent les deux fils principaux ^ qui relient les points extrêmes de Véducation et que Téducateur ne doit jamais laisser tomber de sa main. L'éducation du goût, comme celle de la sjympathie, veut qu'on monte chronologiquement des anciens jusqu'aux modernes. Le plan d'études doit satisfaire à cette exigence en faisant commencer dès les premières années l'étude du grec, dans les années intermédiaires celle du latin, et à Tàge de l'adolescence celle des langues modernes. — La spéculation, et Y expérience, en tant que celle-ci est éclairée par celle-là, exigent avant tout une étude complète des mathématiques avec de nombreuses applications. — Comme points culminants aux débuts de ces deux séries, j'oserai citer V Odyssée et VA B C de renseignement intuitif, — Une troisième série pourra comprendre une succession d'études diverses, dont les plus importantes seront : l'histoire naturelle, la géographie, V histoire en récits, l'étude préparatoire du droit positif et de la politique. Dans ces études, il n'est pas absolument nécessaire que l'on finisse les choses anté-
I. Ces deux lils sont « la connaissance de la nature et celle de Thumanité. I (Aphorismea, § io3). Voir p. loa, § 18.
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rieures avant d*aborder les suivantes; il importe seulement que les périodes dans lesquelles chaque objet isolé se fait surtout valoir dans Tâme se succèdent : chaque chose a, on cfTet, besoin d'une semblable période pour se fixer à tout jamais. — Si Ton ajoute à cela les exercices décrits précédemment, qui doivent être consacrés de temps en temps à V enseignement analytique, on aura achevé de réunir tous les éléments essentiels nécessaires pour établir le plan complet de Y enseignement éducatif. Il ne reste plus qu'à ajouter par la pensée aux études principales les matières auxiliaires. — Les travaux principaux seront accrus d'un grand nombi*e de travaux accessoires, qui tomberont en grande partie en dehors des heures de classe, mais non en dchoi*s de la sphère d'action d'une éducation logiquement conduite. On peut d'ailleurs espérer qu'un enfant dont l'intérêt est éveillé supportera vaillamment les obligations qui en résultent. Surtout qu'on se garde de disperser Viniérét\ Or, c'est la conséquence inévitable de tout ce qui porte préjudice à la continuité du travail. Celui-ci doit être constitué de manière à tVouver en lui-même, dans sa propi'e richesse, la variété nécessaire ; mais jamais il ne doit, par amour du changement, s'éparpiller et dégénérer en une rhapsodie sans but. Sous ce rapport, les pédagogues les plus expérimentés semblent avoir bien besoin d'expérience! Ils paraissent ignorer les résultats qu'on peut obtenir d'une méthode d'enseignement qui s'attache constamment à un trait uniforme du même intérêt. Comment expliquer auti*ement la répartition moreelée du temps dans la plupart des plans d'études, pour ne citer qu'un exemple ? On devrait pourtant savoir que, de toutes les conditions extérieures d'une instruction qui doit pénétrer profondément, la première et la plus indispensable est celle-ci : consacrer à une même étude une heure par jour ! — Mais il y a tant de choses qui réclament une place ! 5. Il y a des cas où, sans laisser prendre à l' enseignement synthétique tout son développement, on ne veut pourtant pas y
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renoncer tout à fait. Alors il importe de l'abréger, sans toutefois le déformer. Ramené à des bornes plus étroites, tout en restant le même dans la forme, il apparaîtra, comme à travers un verre rapetissant, avec des couleui's plus vives et des contrastes plus forts ; mais il perdra inévitablement en abondance, en fini et en effet. La foule des langues disparaîtra; on se servira de traductions et d'extraits, au lieu de lire des textes originaux et des ouvrages entiers ; mais on s'arrêtera sur les idées essentielles avec d'autant plus d'insistance que Ton sera moins en état, d'en soutenir l'action par un appareil varié. Pour les sciences mathématiques, on renoncera à exposer la variété infinie des relations que ces sciences entretiennent entre elles ; on se bornera à donner les théorèmes essentiels et les procédés de calcul les plus importants, mais tout cela d'une façon encyclopédique, en allant des degrés inférieurs jusqu'aux plus élevés, car les plus élevés ne sont pas nécessairement les plus compliqués. Et ce qu'on montrei'a, on le montrera à fond et de manière à ce que cela reste à tout jamais ûxé dans la mémoire. En histoire naturelle, en géographie et en histoire, on évitera de charger la mémoire de beaucoup de noms, mais on fera en sorte que le monde et l'humanité apparaissent en un abrégé lumineux.
6. Dans l'enseignement pédagogique des sciences, il y aura lieu de faire de semblables abréviations, en choisissant quelques extraits épisodiques bien déterminés.
7. On peut donc toujours produire la variété cT intérêt, même dans le cas où cet intérêt manquerait encore de force intérieure et où l'on ne pourrait le faire valoir par le talent d'expression.
8. Mais quel que soit le plan d'études, si les occasions qu'il prépare ne sont pas utilisées, il ne sert à rien. Les plus vains de tous les plans d'études sont peut-être les programmes scolaires qu'on rédige pour tout un pays ou toute une province, et surtout ceux qui sont délibérés par un conseil scolaire en séance plénière»
DES PLANS D*ÉTUDES 2o5
sans que le chef du corps enseignant ait au préalable entendu les desiderata des uns et des autres, qu*il ait examiné le fort et le faible de chacun, qu'il se soit renseigné sur les relations qu'ils ont entre eux, et qu'il ait préparé d'après tout cela les éléments de la délibération. Ce n'est certes pas peu de chose que la connaissance des hommes et la science politique que doit posséder un bon directeur. Car, parmi ses collaborateurs, il n'y en a peut-être pas deux qui ne soient rivaux — ne fût-ce que par émulation scientifique, — et ce sont ces hommes qu'il s*agit de réunir de telle manière qu'ils concourent de la façon la plus intime à exercer toute leur action sur les élèves ! Il lui faudra déployer toutes sortes d'efforts en tous sens pour atténuer le choc des rivalités, non moins que pour faire naître chez ces hommes, — au moins chez ceux-là, — un meilleur esprit, et pour assigner à chacun d'eux suivant sa nature une part d'action féconde, — combien ne diminue-t-on pas un homme de savoir en l'empêchant seulement de faire ce qu'il aime! — enfin pour leur inspirer à tous le sentiment commun de V action vraiment éducatrice de chaque enseignement. — Comment un programme fait pour tout un pays pouri'ait-il tenir compte de tout cela? Un tel programme, conçu sans avoir égard aux difierentes personnes chargées de l'appliquer en divers endroits ^ aura vraisemblablement donné tous les résultats qu'il peut donner s'il évite seulement de tomber dans des fautes graves contre l'enchaînement des études et contre l'esprit actuel des habitants. Aussi ne pourra-t-ii • jamais donner beaucoup de résultats. — J'avoue ne pas éprouver une bien grande satisfaction lorsque je vois des États s'occuper des choses de l'éducation comme s'ils s'imaginaient être capables par eux-mêmes, par leur direction et par leur vigilance, de réaliser ce qu'on ne saundt attendre que des talents, du dévouement, du labeur, du génie, de la viï*tuosité des individus, ce qui ne peut être le résultat que de leur activité indépendante, et ne se propager que par leur exemple : d'où il faut conclure
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que la tâche des gouvernements se réduit à écarter les obstacles, à aplanir les voies, à préparer les occasions, et à distribuer des encouragements, — lâche grande et honorable par laquelle ils auront déjà bien mérité de Thumanité !
Du PLAN d'Études en général.
Esquiêge, 9. Lopsqu uu grand nombre de dispositions préparatoires doi-
vent concourir a un seul but, qu'il y a beaucoup d'obstacles à suiMuonter, et qu'il faut prendre en considération des personnes de rang divers, — supérieurs, égaux, ou inférieurs, — il est toujours difficile d'avoir sans cesse en vue la fin même qu'on se propose connue un but immuable. Pour Y instruction, il faut ajouter cette circonstance qu'aucun maître isolé n'est en état de la donner complètement, et que par conséquent il est de toute nécessité que plusieurs personnes puissent compter sur le concours les unes des autres. C'est précisément pour cela que, malgré toutes les modifications que subissent les plans d'études suivant les circonstances, il importe de faire ressortir le but général , qui est pour nous Vintérêt multiple varié et , autant que possible, égalefhent réparti, et bien combiné, comme étant le point auquel doivent se rapporter tous les actes particuliers de Y enseignement.
10. Renseignement ne doit pas, en général exiger plus de temps qu'il n'est nécessaire pour satisfaire à cette condition : laisser à la jeunesse sa gaieté naturelle. Et cela, non seulement dans l'intérêt de la santé et de la force physique, mais aussi, — et c'est la raison la plus inmiédiate, — parce que tout l'art et toute la peine qu'on dépense pour tenir Vattention éveillée échouent contre l'inapplication qui résulte de la station assise prolongée, et- même seulement d'une tension d'esprit trop forte. h' attention volontaire ne suflit pas à V enseignement , quand
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môme on pourrait Tobtenir par la discipline. — 11 est de première nécessité pour toute école d'avoir non seulement de vastes classes, mais encore un espace libre pour les récréations; il est également indispensable que chaque heure de classé soit suivie d'un repos, cpi'après les deux premières heures les élèves aient la permission de se mouvoir en plein air. et que cette permission , s'il y a quatre heures de classe consécutives , soit renouvelée après la troisième heure. Il est encore plus indispensable que les devoirs donnés pour la maison ne viennent pas j)river les élèves du tenq)s nécessiiire à la récréation. Ceux qui croient, en accumulant les devoirs, rendre moins
nécessaire la surveillance à la maison, qui d'ailleurs peut être douteuse, remplacent un inconvénient incertain et partiel par un mal certain et général.
11 s'est élevé dans ces derniers temps des plaintes très amères au sujet de la négligence apportée dans ces précautions : ces plaintes se iHîproduiront toujours pour les mêmes motifs. Le remède n'est pas dans les exercices gynmastiques fatigants ; ceux-ci exposent en eHet Y enseignement au danger de subir des restrictions qui détruiraient la cohésion de ses diverses parties.
II. Le temps dévolu à Tinstruction ne doit pas être disséminé. Donner deux heures par semaine pour ceci, et deux heures pour cela, avec deux ou trois jours d'intervalle : c'est là une vieille erreur bien enracinée. Sans doute, si le maître le supporte, il faut bien aussi que l'élève le trouve supportable.
Les matières enseignées doivent alterner de telle manière que le temps consacré à chacune soit ininterromi)u. On ne peut pas accorder à toutes un semestre, et il y a souvent lieu de fixer des périodes plus courtes.
Les matières enseignées ne doivent pas non plus être divisées d'après leurs noms respectifs. Celui qui, par exemj)le, assignerait des heures spéciales à l'étude des antiquités grecques et romaines, et d'autres à la mythologie, à côté des heures pré-
aoS DES PLANS d'Études
vues pour la leclure des auteurs anciens, ou qui consacrerait des heures déterminées à rencyclopcdie des sciences à côté des levons d'allemand dans la classe supérieuiM», ou à la géométrie analyti([ue à côté des heures destinées à l'algèbre , celui-là ne réussirait qua émietter les choses qu'il a pour mission de combiner, et à dissiper le temps.
L'économie du temps repose sur des méthodes perfectionnées, sur la pratique de l'exposition verbale, et sur l'halûleté à diriger les ex(»rcices de répétition.
12. (aï peut être une cliosc précieuse <pie les jeunes gens, au fur et à mesure qu'ils grandissent, lisent et travaillent par eux-mêmes : ils se développent ainsi suivant leur originalité , en faisant, d'après leur propi*e choix, ce qui leur plaît. Mais il peut y avoir des inconvénients à leur demander d'en rendre compte en classe, hcs esprits médiocres ne doivent pas imiter par amour-propre ce (jui ne leur convient pas : et la grande lecture ne doit pas nuire au sentiment et à la pensée. L'étendue du savoir n'est pas la profondeur, et elle ne saurait la remplacer. Il y en a qui, au lieu de lire, s adonnent aux beauxarts. Quelques-uns sont obligés d'enseigner de bonne heure poui' vivre : ceux-là alors apprennent en enseignant.
11 faut que le plan d'études endurasse rensend)le essentiel des études, sans s'appuyer sur les lectures accessoires.
i3. Le plan d'études doit, d'un bout à l'autre, avoir égard à la fois à tous les genres principaux iV intérêt. C'est Y intérêt empirique, il est vrai, qui se manifeste partout le plus aisément. Mais l'enseignement religieux alimente toujours les divers genres d'intérêt sympathique, et en cela, il est secondé l)ar l'enseignement historique auUmt que par l'enseignement philologique. La cidture esthétique^ sera, au début, liée aux levons d'allemand; il est désirable qu'on y joigne l'enseigiuMuent du chant, qui peut en même temps être si salutaire au corps ; ])lus tard, les autem\s anciens apporteront aussi leui* concours.
DES PLANS D*éTUDES ÙOQ
Les élèves seront exercés à penser, soit par V enseignement analytique, soit par l'enseignement grammatical, soit par renseignement mathématique, et, vers la fin des études, aussi par renseignement historique, lorsqu'il prend un caractère pragmatique *. Il faut toujours chcKcher à réaliser un concours de ce genre, et y conformer le choix des auteurs et la manière de les expliquer.