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DE LA CULTURE MORALE EN GÉNÉRAL

Définition de la culture morale

Péd.gén. I- O^^ appelle culture morale celle parlie essentielle de

i^'i-5. ' V éducation que j'aborde seuleiuenl en dernier lieu dans cel ouvrage.

2. On oppose généralement Y instruction à V éducation proprement dite : moi, j'ai opposé à Yéducation le gouvernement des enfants. D'où vient cette divergence ?

3. L'idée d'instruction a un caractère particulier bien saillant, qui nous permet de nous orienter aisément. Lorsqu'on enseigne, il y a toujours un tiers élément qui occupe à la fois le maître et l'élève, au lieu que dans toutes les autres fonctions de Yéducation, l'élève est l'objet que l'éducateur a directement en vue, l'être sur lequel il doit agir, et qui doit se comporter passivement envers lui. Donc, ce sont les deux choses qui donnent d'aboini de la peine à l'éducateur, — d'une part la science à enseigner , et de l'autre Yen/ant turbulent, — qui justifient cette distinction entre Yinstruction et Yéducation proprement dite. Quant

au gouvernement des enfants, il devait tout naturellement se glisser, sans qu'on y prît garde, dans cette éducation proprement dite, car on ne peut évidemment le considérer comme faisant partie de Vinstruction. Et c'est ainsi que ce qui était précisément destiné à maintenir Tordre, a dû nécessairement devenir, en pédagogie, un principe de grand désordre.

4. Quand on veut considérer avec un peu de netteté le but de Véducation, on se heurte à ce fait, que toute noti*e conduite envers les enfants n est pas, à beaucoup près, motivée par des vues concernant leur intérêt , et encore moins par des intentions visant à enm^lir leur existence morale. Si on leur impose des limites , c'est pour qu'ils ne deviennent pas insupportables ; si on les surveille, c'est parce qu'on les aime, et cet amour s'adresse d'abord à la créature présente qui fait la joie de ses parents : le souci volontaire de développer comme il convient le futur être raisonnable ne vient qu'après. Or, comme ce souci entraîne sans aucun doute une occupation particulière et spéciale, — absolument différente de tout ce qu'il faut pour soigner et préserver l'être animal, — pour l'habituer aux conditions auxquelles il pourra vivre dans la société; comme d'autre part . la volonté de l'enfant doit être formée pour une chose et pliée pour l'autre, jusqu'à ce que, étant formée, elle n'ait plus besoin d'être pliée, — il faut donc espérer qu'on n'hési- ,tera pas à renoncer enfin au trouble funeste qu'apporte dans Véducation le gouvernement des enfants. On se souviendra que, quand tout va bien, le gouvernement, qui au début prédomine, doit disparaître beaucoup plus tôt que Véducation. On sentira qu'il doit être extrêmement préjudiciable à Véducation que l'éducateur, comme il arrive si souvent, s'habitue à gouverner et ne puisse alors comprendre pourquoi le même art qui lui a rendu de grands services chez les petits, échoue constamment chez les grands, — s'imagine alors qu'il n'y aurait qu'à gouverner d'une façon plus adroite l'enfant devenu plus adroit, — accuse

SES RAPPORTS AVEC LE GOUVERNEMENT ET l'iNSTRUCTION 21 7

enfin le jeune homme d'ingratitude, alors que c'est lui-môme qui a méconnu toute la nature de sa tâche, — et persiste dans son idée fausse jusqu'à ce qu'il ait créé un malentendu intolérable et irrémédiable qui dure tout l'avenir. C'est môme un inconvénient analogue, quoique moins grave, qui se produit lorsque V éducation qui, à son tour, doit cesser plus tôt que Y instruction^ vient à se prolonger au-delà : faute impardonnable, à moins que l'on n'ait affaire à une nature très renfermée, qui ne laisse pas paraître les signes auxquels on pourrait reconnaître le moment de finir.

5. Il nous sera facile maintenant de définir la culture morale. Elle a un point commun, d'une part avec le goui^ernement des enfants, en ce qu'elle agit directement sur l'âme, et d'autre part avec Vinstruction, puisqu'elle a aussi pour but de former. Mais qu'on se garde bien de la confondre avec le gouvernement lorsqu'il se trouve que l'un et l'autre ont recours aux mômes mesures. Il y a dans la manière même d'appliquer ces mesures des nuances délicates que je préciserai dans la suite.

Des rapports de la culture morale avec le gouvernement

ET l'instruction

E$qui»9e, 6« La culture morale voit dans l'avenir de l'enfant. Elle

repose sur l'espoir, et se montre avant tout dans la patience. Elle tempère le gouvernement^ qui d'ailleurs, avec plus de dureté, atteindrait peut-être plus vite le but. Elle tempère môme Vinstruction dans le cas où celle-ci exercerait une action trop intensive sur l'individu. Mais elle s'unit aussi à l'un et à l'autre pour les faciliter.

Primitivement, la culture morale consiste en une action personnelle, qui doit, autant que possible, ne se manifester que

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par des procédés bienveillants. 11 faut qu'il en soit ainsi pour rendre riioinme accessible aux désirs et aux paroles de l'enfant, qui, parmi les étrangers, trouve dans l'éducateur (et dans la famille, lorsque celle-ci prend soin de l'éducation) son point d'appui. Mais où la culture morale intervient eflicacement, c'est lorsqu'on a besoin d'agir surtout contre les faiblesses et les fautes de l'enfant qui pourraient rendre vaines toutes les espérances qu'on met en lui.

7. La culture morale exige une conduite décente, et favorise la gaieté naturelle, du moins dans la mesure compatible avec les occupations qui résultent du gouvernement et de ïinstruction. L'élève doit sans cesse avoir devant les yeux l'objet dont il est occupé ; il serait fâcheux qu'un désir de se produire ou de s'amuser prît le dessus ou fît oublier le travail. •

Le bon éducateur voudra se rendre personnellement agréable à l'élève, si celui-ci ne mérite pas le contraire : c'est le moyen d'adoucir ce que la surveillance a de pénible. Des paroles douces, chaque fois que cela se peut, évitent de recourir à des mesures de riguem».

8. L'éducateur ne suivra pas d'un œil indifférent les progrès de V instruction de son élève; l'intérêt qu'il y prend personnellement, ou l'inquiétude qu'il en témoigne, concourt puissamment avec l'intérêt qu'éveille plus ou moins l'étude, — mais lorsque celui-ci fait défaut, ou a même dégénéré en répugnance, il n'est pas d'éducation qui puisse y suppléer.

9. La culture morale ne peut pas toujours compter sur l'existence préalable de la bonne volonté de l'élève, non plus que sur l'intérêt qu'il prendra à l'étude. Mais elle est en droit d'attendre que le gouvernement ne soit pas jugé faible, ni V enseignement mauvais. Toute faute à cet égard devra être corrigée là où il convient. Quand la jeunesse croit pouvoir faire ou ne pas faire tout ce qu'elle veut, et rendre le maître responsable du défaut de progrès, il n'y a plus à compter sur

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