‹ Principales œuvres pédagogiquesChapitre 84 sur 151 · SES RAPPORTS AVEC LE GOUVERNEMENT ET L INSTRUCTION · texte numérisé non relu

SES RAPPORTS AVEC LE GOUVERNEMENT ET L INSTRUCTION

le succès de Taction personnelle, et les essais inutiles qu'on tente alors ne peuvent qu'aggraver le mal.

10. Dans quelques cas, la culture morale est tellement liée au gouvernement, qu'elle peut à peine s'en distinguer : c'est ce qui arrive, par exemple, dans les établissements d'éducation où, vu le nombre des élèves, on a établi des formes militaires, et où l'individu est plutôt entraîné par l'ordre général quil n'est l'objet de soins particuliers. Dans d'autres cas, Xéducation morale s'éloigne du gouoernement plus qu'il n'est nécessaire : c'est ce qui arrive quand un père trop sévère se tient à distance de ses enfants, et laisse au précepteur, dans des limites déterminées, le soin de leur direction morale. En tout cas, les deux choses doivent être bien nettement définies, afin que l'éducateur sache ce qu'il fait et remarque ce qui peut manquer , — on pourrait ajouter : et aussi pour qu'il s'épargne une peine inutile. En effet, la culture morale ne peut pas en toutes circonstances avoir la même action; il importe de faire certaines observations, pour ne pas négliger de faire ce qui est possible.

phoriâmes.

II. \S instruction sans culture morale serait un moyen sans but , et la culture morale (ou du caractère) sans instruction serait un but sans moyen.

Péd, gén.t V. i, eh. II»

IQ. Pour que le caractère prenne une direction morale, il faut que Yindiçidualité soit maintenue comme dans un élément Auide qui lui résiste ou la favorise suivant les circonstances, mais qui le plus souvent ne doit qu'à peine se faire sentir. Cet élément, c'est la culture morale, qui se montre surtout eflicace vis-à-vis de la volonté indocile, et aussi, dans une certaine mesure, visà-vis 3e Y intelligence,

i3. 11 a déjà été plusieurs fois question précédemment, à l'occa-

2f20 DB LA CULTURE MORALE

sion du gouvernement, de la culture morale des enfants, et j'ai parlé de Y instruction dans Y Introduction, S'il ne ressortait pas encore assez clairement de ce que nous avons dit pour quelles raisons Y instruction doit avoir, dans l'étude des procédés de l'éducation, la première place, et la culture morale la seconde, nous ne pourrions qu'insister de nouveau pour qu'on fasse bien attention à la relation qui existe entre Yintérêt multiple et le caractère moral. Quand la moralité n'a pas de racines dans la variété des connaissances, alors certes on peut considérer à bon droit la culture morale comme indépendante de Y instruction; et dans ce cas, l'éducateur devra saisir directement l'individu, l'exciter et le pousser de telle façon que le bien surgisse avec force, et que le mal plie et cède. Les éducateurs peuvent se demander si une pure culture morale, aussi artificielle et aussi énergique, peut être admise jusqu'à présent comme possible. Dans le cas contraire, ils ont tout lieu de supposer qu'il faudra d'abord modifier Vindiçidualité en donnant de l'extension à Yintérêt, et la faii*e approcher d'une forme générale avant qu'on puisse songer à la rendre assez souple pour accepter les lois morales universelles; qu'en outre on devra apprécier ce qui peut s'entreprendre chez les sujets abandonnés de bonne heure, en dehors de toute considération de Y individualité présente, en se guidant principalement sur leurs dispositions et leur aptitude à recevoir une masse d'idées nouvelles et meilleures : et cela de telle sorte, que là où cette estimation donnerait un résultat défavorable, ce soit moins une éducation proprement dite qui soit nécessaire qu'un gouvernement vigilant et constant, qui devra être confié un jour ou l'autre à l'Etat ou à d'autres pouvoirs extérieurs efficaces.

Page 1