INFLUENCES AGISSANT SUK LES TRAITS MORAUX DU CARACTÈRE S^S
stituer à ceux-là, je m'avoue incapable de répondre. Je ne crois pas que dans Tétat actuel de notre société on puisse établir des institutions générales de quelque importance dans le but de provoquer comme il conviendrait la jeunesse à
Y action. Mais je crois que les particuliers devraient examiner avec d'autant plus de soin tout le parti qu'ils peuvent tirer des avantages de leur situation, pour répondre aux besoins de leurs enfants. Je crois précisément, à cet égard, que les pères qui intéressent de bonne heure leurs (ils aux affaires de la famille, font beaucoup pour l'éducation de leur caractère. D'ailleurs tout cela nous ramène au principe énoncé plus haut : Uéducation du caractère réside surtout dans l'éducation des idées. Car, en premier lieu, on ne doit pas laisser agir d'après leur propre initiative ceux qui n'ont pas de désir juste à mettre en action : ils ne pourraient que faire des progrès dans le mal ; c'est là au contraire que l'art pédagogique doit être de savoir empêcher I Et en second lieu, une fois qu'on a établi le cercle des idées d'une façon assez complète pour que
Y action en imagination soit absolument dominée par un goût pur, alors disparaît presque entièrement tout souci relatif à ïéducation du caractère au milieu de la vie : l'individu rendu libre saura choisir les occasions pour les actes extérieurs^ ou tirer parti de celles qui s'imposent à lui, de telle façon que le juste et le bien ne puissent que se fortifier dans son cœur.
Influences qui agissent spécialement sur les traits moraux
DU caractère
33. Un bon enseignement fait en sorte de mettre de la clarté dans toute la série des éléments moraux, de les isoler, et aussi de donner une connaissance encyclopédique de toute la série
de CCS éléments et des occasions qui les font naître le plus ordinairement dans la vie ; il le fait de bonne heure à Taide d'une foule de petits tableaux dans lesquels est représenté plus ou moins heureusement, comme un épisode marquant d'une histoire, ce qui a dû se recommande:* à Tattention de Tonfant, par Tattrait môme du côté amusant, comme objet de considération morale. Les services que nos pédagogues ont déjà rendus par la sont à mes yeux incomparablement plus grands que ceux qu'on doit attendre de cet exposé élémentaire bien imparfait. Nous n'avons d'ailleurs qu'à puiser dans le choix abondant qui existe, et la Bibliothèque enfantine de Campe * fournira déjà à elle seule en grand nombre les éléments inappréciables d'une collection future mieux choisie.
34.... On ne veut pas que la connaissance des hommes soit acquise de bonne heure ! C'est là à mes yeux une faiblesse de la pédagogie. Sans doute, il est absolument nécessaire que la j^nesse ne soit jamais familiarisée avec le mal, mais il ne faut pas non plus ménager le sens moral à tel point ou tout au moins assez longtemps pour que les hommes, tels qu'ils sont, soient encore un sujet d'étonnement pour l'adolescent. Assurément, une mauvaise société est contagieuse, et il l'est presque autant de retenir l'attention de Timagination sur d'attrayants tableaux du mal. Mais en apprenant un peu tôt à connaître l'humanité sous ses faces multiples, non-seulement on exerce de l)onne heure le sens de la vue morale, mais encore on accpiiert une sécurité inap])réciable contre les surprises dangereuses. Kt la description de ceux qui ont existé est certainement le meilleur moyen de préparer à l'observation de ceux qui existent : il importe seulement que le passé soit éclairé d'une lumière suffisante pour que ces personnages paraissent ôtre comme nous et non comme des êtres d'une autre espèce.
I. Voir notre étude : La ré/orme de VMiication, etc., pp 433-4(>8.