BLAME ET REPRIMANDE SOI
le vouloir, un peu de satisfaction ou de mécontentement : cela sufïit souvent ; parfois môme , avec des enfants sensibles, c'est déjà trop. Le blâme inaccoutumé les touche beaucoup plus qu'on ne le voudi*ait, tandis que les moindres signes d'approbation ne leur échappent point. Il importe de ménager cette sensibilité.
218. Cette sensibilité se manifeste plus généralement à l'égard de la liberté accordée ou des restrictions qu'on y apporte. Ce point a en môme temps pour F éducation du caractère la plus grande importance immédiate, lorsque l'enfant use de la liberté accordée pour une action réfléchie et suivie de succès. Car ce succès a pour conséquence de donner de l'assurance à la volonté, par quoi le désir mûrit et devient résolution. Quand il y a lieu d'espérer que l'enfant agira bien , il faut lui donner .la liberté nécessaire; dans le cas contraire, il est dangereux de le laisser trop tôt avoir conscience de son pouvoir d'agir par lui-môme. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.
39. Lorsqu'on est souvent obligé de blâmer et d'interdire ceci ou cela, la sensibilité s'émousse en général , mais, plutôt à regard des paroles qu'à l'égard des restrictions imposées. Pour les paroles, on peut varier la forme ; mais, en ce qui concerne les permissions et les défenses^ il faut autant que possible faire en sorte qu'on sente une règle fîxe^ par exemple celle de ne pas accorder un certain genre de permission hebdomadaire ou mensuelle , plus souvent que ne le permet une habitude qu'on a adoptée. L'irrégularité sans raisons apparenteSy parait arbitraire ou capricieuse : les limites ûxes sont plus facilement supportées.
3o. Rien ne peut mieux ménager la sensibilité de l'enfant à cet égard qu'un simple avertissement, un rappel quotidien, des appels à heure iixe, sans y associer de reproches. Il y a une quantité . de petites choses de la vie quotidienne où il faut
â6a PROCÉDÉS DE LA CULTURE MORALE
que l'ordre règne ; il n'est pas bon de leui* donner plus d'importance fpi'elles n'en ont; il ne faut pas prodiguer facilement le blâme sévère à des négligences insignifiantes, car on en a besoin pour les choses importantes. Mais la règle doit être observée; les petites punitions cpii ne blessent pas personnellement (par exemple les petites amendes de quelques centimes), conviennent mieux en pareil cas que des paroles dures.
3i. A ces moyens se rattachent ceux par lesquels on habitue l'enfant à supporter certaines choses et à endurer certaines privations sans nmrmurer, et môme à s'endurcir. Ici, il faut non seulement éviter ce cpii pourrait exciter la sensiliilité, mais il faut encore permettre à la bonne humeur et à la joyeuse phdsanterie de se manifester librement.
3î2. Le fait de gâter les enfants par une jouissance fréquente et inutile, par un grand nombre de plaisirs artificiels qui ne comportent pas en môme temps un peu de travail et d'exercice, est déjà préjudiciable pour cette raison que raflaiblissement de la sensibilité (jui en résulte rend inellicaces une cpiantité de petits moyens dont on peut faire usage avec <lcs enfants qui n'ont pas été gâtés. Il faut en effet bien peu de chose pour leur procurer maint plaisir, lorsque la grande modération est l'habitude quotidienne ; mais il faut aussi user de ces moyens en quelque sorte avec économie, pour obtenir beaucoup avec peu. On évitera surtout de dégoûter prématurément les jeunes gens de leurs jeux inoffcnsifs en exigeant d'eux une tenue posée. L'amour-propre ne les pousse que trop tôt à ne plus vouloir paraître des enfants.
33. Un bon éducateiu* se montrera attentif déjà dans les petites choses, qui peuvent prendre assez d'importance dans son petit monde ; mais ce qui importe davantage, c'est la proportion entre les diverses choses (|ui concourent h. une môme action :
1^ Proportion entre Vactwité et le repos. Il faut que les forces aient mi emploi, mais, en s'employant, elles doivent vse développer