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aussi impropre au mariage : par suite, Louise hésitait autant et plus qu avait hésité autrefois Marie de Cièves, mère de Louis XII. A quoi le maréchal, s assimilant les paroles jadis attribuées au roi, répondait que, si véritablement Claude était infirme, il serait le premier à conseiller au prince d épouser plutôt la moindre bergère du royaume M . Une autre personne s’opposait plus énergiquement, plus radicalement à un projet qui brisait ses desseins les plus chers : c’était la reine <2>. L’orgueilleuse et opiniâtre Bretonne, qui avait toujours regretté, disait-on, de ne point épouser un Autrichien, obtint, au mois d’août i5ot, sous prétexte de paix M, les fiançailles de sa fille avec l’archiduc d’Autriche, le futur Charles-Quint, auquel Claude de France devait ainsi apporter en dot la Bretagne et même les domaines apanagistes de la maison d’Orléans. Devant cette mesure insensée, le maréchal se tut W; mais son antagonisme devint plus évident W et il est certain qu’il se prépara dès lors à déjouer, en cas de disparition du roi, les projets de la reine, à garantir les personnes du jeune comte et de Mme Claude M.
Qu’à ces fermes vues de saine politique se soient joints aussi des calculs personnels, la pensée de conserver auprès du futur roi une situation prépondérante, d’écarter, à son profit, une nouvelle régence d’Anne de Bourbon, c’est ce qu’on a affirmé, sans le prouver. Mais, en la supposant même altérée par cet alliage de sentiments personnels, la conduite du maréchal n’en reste pas moins conforme au programme sage, essentiel, au programme nécessaire de la politique française. On ne saurait demander aux hommes politiques une abnégation totale; l’ambition est la raison d’être de la politique, c’est son ressort : ce que l’histoire peut exiger, c’est l’intégrité qui asservit l’ambition et la fait rentrer dans le cadre des grands intérêts du pays.
Le maréchal méditait, le cas échéant, de faire transporter P) le
(2) Elle détestait d’ailleurs Louise de Savoie (p. 3i, note, 38, i33).
<4) Il fut même mêlé aux négociations.
(Jean d’Auton, t. II, p. 76, 81.)
(t) P. 57. — Le maréchal, plus tard, a cherché à tout nier : mais ces démentis ne tiennent pas devant les faits.
En i5oa , étant à Lyon, il y manda son Jeune cousin le capitaine de Saumur ;
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comte d’Angouiême (1) au château d’Angers®; il essaya de préparer la comtesse mère à cette éventualité en lui parlant des dangers de la peste à Amboise®. . . Mais Louise, méfiante, refusait d’aller plus loin que Loches®; il aurait fallu se passer de son consentement®.
Le maréchal aurait voulu aussi placer son fils aîné près du jeune comte® : Louise s’y refusa absolument®. Elle prétendit même que le
celui-ci, à son retour, vint faire à Amboise sa révérence à la comtesse et le maréchal dit à Louise qu’on pouvait compter sur lui. (Bibl. de Nantes, fonds Bizeul, n° mit. — P. 38, 136, i5a et ao4.) Le père du capitaine, le vicomte de Rohan , était alors fort mécontent de sa nièce Anne de Bretagne et soutenait contre elle un gros procès qui ne fut vidé qu’après de longues années, de difficultés; il en contestait à ce moment les premiers résultats. Le sire de Rohan se trouvait depuis peu l’alné de ses fils : il fut fidèle au maréchal , dont il épousa , trois ans après, une nièce, Françoise de Guéménée.
(1) Il comptait, paraît-il, sur la garde du roi pour le suivre dès qu’il serait maître du comte d’Angoulême, en cas de mort du. roi. De tout temps fort ami de la maison de la Marck {Mémoires île Fleuranges , ch. 1), il avait accueilli et reçu à Amboise le jeune Robert de la Marck. Il avait obtenu le commandement des Suisses pour le sire de la Marck, cousin de Robert, qui avçit épousé Renée du Fou, dame de Montbason, veuve, depuis 1 4 y 8 , de Louis de Guéménée , neveu du maréchal, et mère d’un fils qui devait être l’héritier des Guéménée. Le maréchal comptait beaucoup sur ce capitaine (p. 55 , 160, 161, 297, 3o3).
(!> P. 6, 27, 29, 36, 37, 4 7, 53, 56, 162 , 25o, 260 {contra, p. 7.3 , 2 1 1). Il se défiait d’Anne de Bourbon (p. 71, 7Z1,
i35, i53, 220, 221, etc.) et des gens de Tours (p. 3a, i34). Il est probable que, voulant se ménager une régence éventuelle , il craignait surtout le retour d’Anne de Bourbon. Il avait donné l’ordre de ne pas la laisser entrer. Louise de Savoie feignait d’entrer dans ses vues, de craindre M. et M"’ de Bourbon, de se trouver petitement accompagnée ; elle voyait avec terreur qu’un pan de mur du château d’Amboise était tombé (p. 36 , 56 et i52). Le maréchal nia plus tard tout projet d’enlèvement et dit que les bateaux préparés à Amboise étaient de simples barques de plaisance (p. 73, 211, etc. ).
<3) P. 56. — La peste éclata en i5o2 , et la comtesse se retira à Bléré , quoique Bléré ne fût pas place forte (p. 210. — Jean d’Auton, t. II, p. 249). Par une coïncidence qui ne manqua pas d’être relevée, la compagnie du maréchal , cantonnée à Sens , Joigny et Provins , s’avança alors sur les bords de la Loire , à la Charité , à Decise , à Saint- Pierre-le-Moustier (p. 8, 38, i32, i54, 262. ■ — D’après les articles du procureur général, ce déplacement n’aurait eu lieu qu’en i5o3. — Cf. p. 8, 38, i54, 95a, i3a).
<4) P. 56 et 210.
(6) P. 82 , 234, 357. — H fit ou fit faire mille instances.
INTRODUCTION
roi l’encourageait dans sa résistance M, et elle se donnait le malin plaisir de montrer les lettres du maréchal qui contenaient la demande
En i5o3, le départ pour Rome du cardinal d’Araboise, qui allait y briguer la tiare, et avec de grandes chances de succès, laissa le champ définitivement libre au maréchal de Gié :'3i, qui se trouva porter seul tout le poids des affaires W. Il recevait le courrier, le dépouillait avec le secrétaire Robertet et en faisait chaque jour son rapport au roi C’était une charge bien lourde : car on sait combien tout allait mal en Italie pour les armes françaises. On ne pouvait plus s’entendre avec les Suisses , qui se croyaient indispensables et que rien n’arrivait à satisfaire : 1 4,ooo d’entre eux descendirent en Milanais, ravagèrent le pays pour montrer leur mécontentement, et l’on acheta avec beaucoup de peine leur rentrée dans leurs foyers. D’autre part, il fallait absolument de nouvelles troupes sur les Pyrénées, que menaçait l’Espagne. Grâce à des prodiges d’activité , on parvint à faire sortir de terre pour le mois de juillet deux armées : l’une franchit les Alpes, l’autre fut répartie aux deux extrémités des Pyrénées afin d’opérer contre Perpignan et contre Fontarabie. Le maréchal n’était arrivé à ce résultat qu’au prix d’un labeur excessif et
P> P. 3 7 et 38.
P. 98, io3, 1 35 ( contra , p. 167).
Le maréchal nia plus tard, mais ce désaveu est difficile à accepter.
(3) La cour arriva à Lyon le 29 mars 1 5o2i5o3. (Archives de la ville de Lyon, Actes consulaires, BB 2 4, f. 4oo : s Le mercredi, vingt neufviesme jour de mars, mil cinq cens et deux , apres disner, entre cinqetsixheures, le Roy arriva en la ville , venons de Bloys , bien et honnorablemens accompaigné de plusieurs seigneurs et gentishommes et de ses archiers en bel ordre. Et fut au devant de luy, environ une liue , tuons' l’archeduc qui mena ses gentishommes et archiers bien acoustrez sans porter ars ne allebardes, et accompaignerent le roy jusques en son logiz.
La royne et Madame de Bourbon et leur train arrivèrent le vendredy derrenier jour dudit moys de mars. Et a cause desdites assemblées est tant arrivé de gens que c’est belle chose a veoir. » ) En qualité de père de l’archevêque, le duc de Nemours habitait à Lyon la maison du doyen du chapitre de la cathédrale. (Bibl. nat. , fonds Doat, t. 228, f. 54 v°.)
P. 123, 1 3 1 , 373. — Gomme dit Jean d’Auton, rtdurant le temps de trois rois en France, il avoit entre les autres au conseil eu le haut parler et au besogner le maniement des affaires * , mais n’avait pas encore eu tout le gouvernement.
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lxxvi PROCÈS DU MARÉCHAL DE G1É.
avec l’appui de trois fidèles collaborateurs : Jean d’AIbret, sire d Orval (*', son homme de confiance, et les sires de Piennes et de Neufchâtel
Il prit à ce moment un singulier parti.
Avec le duc de Nemours, tué à l’ennemi le 28 avril 1 5o3, venait de s’éteindre la maison d’Armagnac W, dont les biens immenses revenaient ainsi à deux jeunes filles, Marguerite et Charlotte d Armagnac. Une fortune aussi grande devait attirer bien des compétitions, même royales : le sire d’Albret songeait à se mettre sur les rangs pour la main de l’aînée, Marguerite. Le 2 A mai <4), vingt-six jours après la mort de Jacques d’Armagnac, le maréchal de Gié, âgé de cinquante-deux ans et alors malade (5) à Lyon, se fit marier par le roi (6) à Marguerite : le 8 juin, il fit signer son contrat par procureur (7); le i5 juin, il alla au château de Nogent-sur-Seine célébrer le mariage W et revint aussitôt à la cour ^ reprendre la direction des affaires.
Il rapportait la donation par Marguerite d’Armagnac de tous ses biensmeubles (10), et le titre de duc de Nemours <u) et pair de France qu’il s’était fait transmettre par le contrat h2). Nous l’appellerons donc désor-
Gouverneur de Champagne depuis 1/194. (Ms. fr. 1 5538 , n° 229.) Il avait déjà rendu en 1 4g5 de grands services. (Lettres de Charles VIII, ms. fr. 3ga4, p. 4, 6.) C’e'tait le fils d’Arnaud-Amanieu d’Albret et le cousin germain d’Alain d’Albret. Mais il était en mauvais termes avec Alain, à qui il avait disputé en i4go le comté de Dreux.
(J) P. 354. — Jean d’Auton, p. 377.
,3) Jacques d’Armagnac , duc de Nemours , décapité à Paris le 4 août 1477, avait épousé , par contrat duie juin i462, Louise d’Anjou , cousine germaine du roi. Il avait laissé trois fils : Jacques, mort enfant; Jean, mort sans enfants; Louis, tué à Cérignoles en 1 5o3 ; et trois filles: Marguerite ; Catherine , mariée par contrat du 28 avril 1 484 au duc Jean II de Bourbon, morte en mars i486; et Charlotte.
(5) P. 120, 121, 358 et 35g.
<*> Et malgré la reine, p. i3o, 161, 245.
P. 758 et suiv. — Charlotte d’Armagnac et le premier président du parlement le signèrent.
(s) Alors à Mâcon.
(l0) P. 696 et 697. — Donation consentie le jour même de son mariage; Marguerite renonçait ainsi à une clause importante de son contrat.
<u> Le duché de Nemours comprenait Nemours , Grès , Château-Landon , Metz-le-Maréchal , Lorrez-le-Bocage , Nogent-sur-Seine , Pont-sur-Seine , Pont-sur-Yonne (p. 773).
(l3) La même année il reçut le droit de haute justice au Verger. (C. Port, Dictionnaire. . ., t. III, p. 685.)
INTRODUCTION
mais duc de Nemours; il rendit hommage au roi en cette qualité dès le 1 9 juillet M.
Cependant le sire d’Albret, mis à la tête de 1 armée de Guyenne, n’avançait pas. Le duc de Nemours ® alla le rejoindre®, niais il le trouva peu empressé M. Le fils du sire d’Albret, roi de Navarre, inclinait du côté espagnol. L’argent manquait. On ne put continuer le siège de Fontarabie ®.
Du côté de Perpignan les choses n’allaient pas mieux : les Espagnols se présentèrent en force inattendue et obligèrent les Français à lever le siège de la petite ville de Saulces®.
Pendant ce temps le duc de Nemours entreprenait une œuvre considérable. Persuadé plus que jamais de l’impérieuse nécessité de con-
(’) P. 697. — Comme duc de Nemours, comte de Guise, pair de France, vicomte de Châtellerault, baron de Sablé, Mayenne-la- Juliel , la Ferté-Bernard et Nogent-le-Rotrou , seigneur de diverses terres. D’après l’abbé Georgel(p. 57), il prêta aussi hommage au roi comme comte de Beaufort. — Sur le duché de Nemours, V. p. 773; sur la vicomté de Châtellerault, M. Lalanne, Histoire de Châtellerault , t. I, p. 3i7 et suiv. Châtellerault était une ancienne possession de la maison d’Anjou. Le maréchal possédait déjà sur Châtellerault une rente de 800 livres qu’il avait achetée au sire de Coligny. Il avait même eu à cette occasion un procès avec le comte de Dammartin en 1/187. (Ms. 1809, p. 298.)
<s) Il convoitait le gouvernement de Guyenne (p. 53, i36, 218, 25a).
m Nous avons dit pourquoi le maréchal tenait à se rapprocher du sire d’Albret. 11 pensait, une fois gouverneur de Guyenne, étant déjà vicomte de Fronsac, se créer avec l’amitié du sire d'Alhret une situation prépondérante. Aussi avait-il fort cultivé l’amitié d’Alain dans ces derniers temps.
Au mois de mai i5o3 , avant son mariage, le maréchal le vit souvent; au moment de sa maladie, d’Albret lui avait envoyé son médecin. D’Albret ét Gié avaient ensuite soupé ensemble et, d’après d’Albret, Gié lui avait fait des ouvertures précises (p. hrj, 53, 121, 123, 218, 252).
(i> Le maréchal pourtant avait soin de lui céder le pas (p. 321, 3a 5 ) et ils affectaient encore de bonnes relations ; on les voyait s’embrasser, souper ensemble, se promener familièrement bras dessus bras dessous (p. 289, 317, 3 1 8, 3ai, 324, 3 -2 6 ) .
(i) Beaucaire , Guichardin. — La compagnie du maréchal était au siège de Saulces. (J. d’Auton, t. II, p. 376.)
t6> Cette issue fut vivement reprochée au maréchal, qu’on accusa d’avoir parlé en étourdi et en homme peu clairvoyant. Le roi avait voulu se rendre personnellement à l’armée de Roussillon et il l’en avait empêché, en l’assurant que cela n’en valait pas la peine. Au fond , l’armée manquait de vivres et le maréchal craignait , en laissant la cour s’y rendre, de créer des charges nouvelles et inutiles. (Jean d’Auton, t. III, p. 378.)
stituer enfin une infanterie nationale W, il voulut procéder par lui-même à une réorganisation complète du service militaire. Il représenta avec force au roi l’urgence de former un bon noyau d’armée de pied : il lui offrit de lever dans le royaume 20,000 arbalétriers, archers ou piquiers d’élite et lui démontra qu’ils ne coûteraient pas plus cher à entretenir que 200 hommes d’armes avec l’équipement actuel^. Cette opération formerait comme la préface d’un grand travail d’ensemble : l’établissement d’un tableau général de tous les fiefs du royaume, comprenant l’état exact du contingent militaire imputable à chaque fief. Le roi autorisa son ministre à entreprendre cette œuvre. Le duc de Nemours, attachant sa gloire à une si vaste entreprise et voulant tout voir de ses yeux, fit recueillir partout les documents qu’il put trouver <3V et, avec l’aide d’un seul secrétaire du roi . W, il se mit au travail, plein d’une
(1> Voir à ce sujet Machiavel, Le Prince, chap. xii et xm, et De l’art de la guerre, liv. I; Routaric, Institutions militaires de la France, p. 36g ; vœux des Etats généraux de 1 6 84 , Godefroy, p. 5 o y . — On sait que Charles VIII avait établi par toute la France des compagnies d’ordonnance d’infanterie et de cavalerie. Louis XI les cassa et leur substitua les Suisses. Sous Charles VIII, les Etats généraux avaient vivement réclamé le renvoi des Suisses et le retour aux francs archers : la régente se montrait favorable à cette réforme et projeta de l’entreprendre (Pélicier, p. 63 , ni); mais personne n’avait eu la force ni la possibilité de porter la hache dans le système existant. Charles VIII avait seulement augmenté le nombre des francs archers sans oser se passer des Suisses, que l’on était arrivé à considérer comme indispensables et qui eux-mêmes surtout se considéraient comme tels. L armee de Charles VIII, lors de l’expédition d Italie, comprenait 1 0 . 0 0 0 Suisses avec 12,000 arbalétriers gascons et bretons, a4,ooo archers français, et la cavale¬
rie commandée par le duc d'Orléans, Elle ne coûtait pas moins de 5, 000, 000 livres par an et sa composition présentait de grands défauts : nC’est une grave erreur au roi de France, disait Machiavel, de 11e pas former ses peuples à la guerre. Il n’est personne qui, tout préjugé à part, ne reconnaisse que c’est là un des vices de cette monarchie et l’une des principales causes de sa faiblesse. n (Cf. Bibl. nat., ms. fr. 2928, f. 43). Le duc de Nemours partageait ardemment cette manière de voir; il s’en était fait l’apôtre sous Charles VIII et dès les premiers jours du nouveau règne. Le roi, selon lui, devait use servir de gens de son royaume» (p. 95), au lieu de se laisser rançonner par des étrangers, qui parfois le quittaient sans même achever leur service (P- 94)-
m P- 94- — Chaque homme d’armes recevait 180 francs par an.
<3) Notamment les papiers de l’ancien secrétaire Bourré (p. 95, 88, 91).
(i) Sans aucun secrétaire des finances (p. 89, 95 V.
INTRODUCTION