‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 110 sur 348 · ENQUETE DIRIGEE PAR ROLAND DE SELICZON · texte numérisé non relu

ENQUETE DIRIGEE PAR ROLAND DE SELICZON

(Trésor des chartes de Bretagne, E 192, n° 2.)

Enqueste et information, faicte a instance de monseigneur le procureur general du Roy, nostre seigneur, pour l’auctorité de ses chancellerie et conseil de ce pais et duchié de Bretaigne (l), a 1 encontre de

<■*> Voir ci-dessus, p. 892, note. On a vu plus haut (p. 336) que le chancelier de Bretagne, invité à autoriser le vicomte

de Rohan et le sire de Rieux à déposer dans le procès du maréchal, s’y était refusé et avait déclaré en référer à la reine.

Pierre de Rouhen, seigneur de Gyé et mareschal de France, pour servir audit procureur en certaine cause qu’il a contre ledit de Rouhen, a présent renvoyée par ledit seigneur de son grant conseil de France au parlement de Thoulouze, sur les mémoires et articles que, de la part de maistre Guillaume Macé, ou nom dudit procureur, ont este produictes, et qui sont cy dedans encloses, signées dudit Macé; ladite enqueste faicte a Nantes par nous, Rolland de Seliczon, conseiller et maistre des requeste ordinere de l’ostel, chancellerie et conseil dudit seigneur audit pais et duché de Bretaigne, commis et delegué par ledit seigneur en sesdites chancellerie et conseil, quant a ce, par son mandement patant, de ce expédié, signé et seellé daté du vingt huitiesme jour de may, l’an mil cinq cens cinq, comme apert, et Henry Derien, notaire et secrétaire ordinaire d’icelui seigneur, y appellé, les xxixe, penultime et dernier jour dudit moys de may, et les second et tiers jours de juing ensuyvant l’an susdit, contenant ladite enqueste, en unze feilletz, la déposition de six tesmoings, dont chacun a signé son atestacion comme apert.

29 mai i5o5.

DÉPOSITION DE DOM JEAN RIOU, PRETRE, CHAPELAIN DE SAINT-RENAN-DU-BOlS , ETC., sur les crimes attribués à la famille de Montauban.

(Même cote.)

Dom Jehan Riou, presbtre, chapellain de la chapellanye de sainct Renan du Boys en Cornouaille, de sainct Blays et de sainct Opportune en ce pays et duché de Bretaigne, aagé de soixante dix ans ou environ, comme il dit, tesmoing produit de la part dudit procureur, jure dire voir purge du conseil; examiné et enquis sur le premier les articles produictz de la part dicellui procureur, recorde par son serment ne congnoistre la ligne dont est yssu ledit Pierre de Rouhen, seigneur de Gye, et ne scavoir les propres ne souvenir de ses prédécesseurs. Aussi

dit ne savoir se Artnr de Montauban esloit seigneur parent du seigneur de Guemené de présent, ne dudit Pierre de Rouhen; mais dit, ce parlant, environ soixante ans a, il estoit clerc et serviteur d’un nommé maistre Jehan Guyot, phisicien du feu duc François, penultime de ce nom, que Dieu absolle. Ledit duc, lors estant malade, au lieu de Plaisance lez Vennes, de la maladie dont depuis il mourut, vyd ce tesmoing sondit maistre loger audit lieu de Plaisance avec d’autres médecins phiciciens d’icelui feu duc, a cause de sadite maladie; et, durant icelle, oyt a sondit maistre dire qu’il avoit peur et craincte que Artur de Montauban et ses adherens, dont, entre autre, estoit ung qu’on appelloit Aureille pellue, ung autre nommé Bresront, et ung autre nommé Gaspern, l’eussent fait noyer et gecter dans ung estang, qui estoit près dudit lieu de Plaisance, pour tant qu’il n’ avoit voulu se consentir a la mort de feu monseigneur Gilles de Bretaigne, frere dudit feu duc; lequel monseigneur Gilles, l’on disoit lors communément avoit esté meurdri et estainct entre deux couvertes ou avec des touaillons, par les dessurdits, au chasteau de la Hardouynaye, en cedit pays; quel meurdre on disoit communément avoir esté fait ou pourchaz et par la conspiration dudit Artur de Montauban, en intention d avoir, icelui de Montauban, apres le decez dudit monseigneur Gilles, la dame de Chasteaubriend a femme, et qu’elle avoit estée mariée et promise en mariage audit monseigneur Gilles.

Dit ce tesmoing avoir lors oy dire communément que, lorsque les dessurdits avoient voulu estaindre et inurdrir ledit monseigneur Gilles, qu’il s’estoit défendu dune grosse fleute quil avoit en la main, et d’icelle avoit blessé l’un des dessurdits, que ce tesmoing ne saurait nommer, mais que finablement ilz l’avoient estainct et suiïocqué; dit oultre, ce tesmoing, que, a l’occasion de ladite craincte ou estoit constitué sondit maistre nommé Guyot, il avoit fait venir a ladite chambre, ou il estoit logé, audit lieu de Plaisance, comme dit est, troys ou quatre hommes armez de brigandines et autres harnoys, pour devoir l’aider a se deffendre vers celui Artur de Montauban , qui lors avoit le plus grant crédit environ le feu duc François et en sa maison; et vid,

ce déposant, ledit de Montauban, durant ladite maladie dudit feu duc, couché sur ung lit, en la chambre ou estoit ledit feu duc, ne sauroit déclarer par quantes foys; ne aussi declerer autrement la nativité, parenté ne origine dudit Pierre de Piouhen.

Interrogé sur le second article, dit n’avoir eu congnoissance de Jehan, seigneur en son temps de Montauban, ne savoir aucunement se il et ledit Artur estoient freres, ne se ledit Jehan fîst aucune traïson audit feu duc François; mais, au regard dudit Artur, dit avoir oy lors communément tenir et dire que celui Artus avoit fait murtir et occire ledit feu monseigneur Gilles en intencion d’avoir a femme ladite dame de Chasteaubriend, qui estoit une grosse heretiere, que ce tesmoing a oy plusieurs foys estimer avoir vingt deux mil livres de rente.

Dit oultre que les susnommez Aureille pellue, Bresront et Gaspern estoient ditz et repputez serviteurs et complices dudit Artur de Montauban audit murdre faire et acomplir; et dit, ce tesmoing, que lors il oyt que les dessurdits Artur de Montauban et sesdits complices avoient imposé et mis sur audit monseigneur Gilles qu’il avoit voulu faire venir les Anglois et ennemys en cedit pays; ne scet ce ledit monseigneur Gilles avoit voulu faire ce que dessus ou non, mais oyt dire communément que c’estoit ung bruyt luv mis sur, pour le faire mourir et recouvrer par ledit Artur ladite dame de Chasteaubriend , comme dit est.

Deppose oultre avoir oy lors dire que ladite dame de Ghasteaubriend, apres lesdits mort et occision dudit monseigneur Gilles, avoit refuzé prendre et avoir en mariage ledit Artus de Montauban , et quelle n’en voidoit point.

Sur le quart article, ce tesmoing, interrogé, dit avoir esté présent que ledit surnommé Aureille, Olivier Demes fut décapité au marché de Yennes, a l’occasion dudit murdre commis en la personne de mondit seigneur Gilles; duquel cas on disoit notoirement icelui Aureille pellue avoir esté confessant, et qu’il avoit esté agent, complice et adhéré dudit murdre avec ledit Artur de Montauban et autres dessurdits, et, apres que la teste dudit surnommé Aureille pellue fut coppée, cheuf icelle teste dessur l’echafault a terre, près du lieu ou estoit ce

depposant pour veoir ladite execution ; par cpioy il vid et eust congnoissance qu’il avoit les aureilles pellues.

Dit oultre que, environ ledit temps et durant la vie et régné du feu duc Pierre, prouchain duc sequant apres ledit feu duc François premier d’icelui nom, ce tesmoing fust aussi présent audit marcheix de Vennes, ou, a l’occasion dudit murdre, fut pareillement decappité ung autre des complices dudit de Montauban a icelui murdre faire, n’est membre du nom.

Sur les v, vi et vnc articles interrogé, dit n’en savoir autrement qu’il a cy dessus depposé, fors qu’il vid ledit feu duc François, dernier de ce nom et pere de la Royne et duchesse, nostre souveraine dame a présent, depuis vingt quatre ans en ça, surpris et detenu en son chasteau de ceste ville de Nantes, la ou il avoit acoustumé faire sa continuelle résidence : et disoit l’on lors notoirement ce avoir esté par le prince d’Orange, les seigneurs de Rieux, de Guemenée, frere haisné dudit mareschal seigneur de Gyé, et plusieurs autres, leurs adhérez de cedit pays , et qu’ilz avoient intencion de mener ledit duc ou chasteau d’Angiers, auquel on disoit qu’ilz luy avoient ja fait acoustrer et préparer son logis : et faisoit lesdits surprise et detencion dudit feu duc soubz couleur de dire qu’ilz vouloient prendre Pierre Landoys, depuis décédé, lors trésorier general d’icelui feu duc. Et est son record. — J. Riou, presbre. — Rolland de Selizon. Derien.

Même date.

Page 1