DÉPOSITION
DE MAÎTRE GUILLAUME DE FOREST, SECRETAIRE ORDINAIRE DU ROI ET DE LA REINE,
sur le même sujet.
(Même cote.)
Maistre Guillaume de Foretz, secrétaire ordinaire du Roy et de la Royne (h, duc et duchesse, noz souverain seigneur et dame, aagé de
(1) Ancien secrétaire personnel de la reine. (Voir les Comptes de la Reine Anne, Arch. nat. , KK, 82, fol. 67, 1 55.)
IMPRIMERIE NATIONALE
/i02 PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.
cinquante huit ans ou environ, comme il dit, tesmoing produict de la part dudit procureur, jure dire veoir purge du conseil; examiné et enquis, sur les premier et second articles produictz dudit procureur general, qui luy ont esté leuz et communiquez, dit riens n’en scavoir autrement qu’il dira, cy apres, parlant sur les autres articles.
Et, sur le surplus desdits articles, dit que, cinquante ans a ou environ, il alloita l’escolle, oy communément dire, entre les autres enfans de ladite escolle et autres gens de bien et de grant eaige, que ung nommé Artur de Montaubàn, qui avoit esté gouverneur du feu duc François, premier de ce nom, avoit esté cause de la mort de feu monseigneur Gilles de Bretaigne, frere dudit feu duc François, et l’avoit fait occire et mectre a mort par ung nommé Brerond, ung autre nommé Aureille pellue, ung autre nommé Salmon et autres des noms desquelz il n’est a présent membre; lesquelz avoient essayé estaindre et faire mourir ledit monseigneur Gilles entre deux couvertes, ce que n’avoit peu faire obstant que ledit feu monseigneur Gilles s’estoit deffendu et en se deffendant avoit frappé d’une grosse fleute qu’il avoit en main l’un d’iceuk tellement qu’il l’avoit tumbé en terre; quoy voians, avoient trouvé moyen de mectre au cou! dudit monseigneur Gilles ung long touhaillon , duquel ilz l’avoient estranglé et fait mourir; et disoit on aussi communément lors que, apres, lesdits Aureille pellue, Brerond et Salmon, qu’ilz avoient fait ledit murdre, avoient esté dudit cas accusez par justice et l’un d’eux, savoir ledit Aureille pellue exécuté, par luy avoir esté la teste coupée a Vennes, ledit Brerond en ceste ville de Nantes et ledit Salmon n’est membre quelle part; mesmes déposé ce tesmoing avoir oy dire que, a l’occasion dudit murdre, icelui Artus de Montauban se fouyt de ce pays et duché de Bretaigne, s’alla rendre es Celestins a Paris ou il fut par aucun temps, et puis fut arcevesque de Bordeaulx, et tel estoit lors le bruyt et renom comun et notoire oudit pays es lieux ou il frequentoit, quil depuis il a oy dire et continué, et que ledit Artus de Montauban estoit frere juveigneur de feu Jehan seigneur de Montauban qui fut admirai
de France et qu’ilz estoient originaires et natifs de ce pais et duché de Bretaigne.
A aussi oyt dire, des celui temps et depuis, que la cause, pour laquelle celui Artus de Montauban fist faire ledit murdre, estoit pour cuyder avoir en mariage la dame de Chasteaubriend, qui estoit tenue grant heretiere et fiancée audit monseigneur Gilles; dit aussi avoir oy dire que ledit Artus et autres, qui s’entremectoient de la mort dudit monseigneur Gilles, l’avoient, auparavant de sadite mort, cuydé faire mourir par poysons, ce qu’ilz n’avoient peu.
Et dit aussi qu’il a oy dire que la fille dudit seigneur de Montauban, niepce dudit Artus, fut mariée avecques le seigneur de Guemenée Guingamp, qui fut chancellier de Bretaigne, dont yssirent le seigneur de Guemenée de présent et ledit Pierre de Rohan, et que, depuis le decez d’icelui chancellier, elle fut mariée avecques le seigneur de Craon, lequel elle cuyda faire empoisonner, et a ceste cause fut prinse et emprisonnée en une tour ou elle mourut et finit ses jours.
Sur le vie article interrogé, dit que, vingt troys ans a ou environ, n’est autrement recollé du temps, ledit feu duc François dernier décédé, que Dieu absolle, pere de la Royne de présent, fut surprins et detenu en son chasteau de ceste ville de Nantes, ou il faisoit et avoit coustume faire sa plus continuelle résidence , par le feu prince d’Orange , le seigneur de Rieux et plusieurs autres nobles de ce pals et duché, entre lesquelz estoit le seigneur de Guemenée de présent; et pour lors estoit, ce depposant, secrétaire dudit feu duc, lequel messire Guillaume Jocet, lors seneschal de Nantes et conseillier dudit duc, appellé pour faire enqueste de ceulx qui avoient ainsi invadé ledit feu duc ; et entres autres fut par eulx enquis le seigneur de la Rouche rouxe(1>, lors fdz aisné du seigneur de Liaynnieres, lequel, en sa déposition, dist et relate, entre autres choses, que, devers le soir que fut faicte ladite entrée et surprinse sur ledit feu duc en sondit chasteau, ledit sei-
O Alias, Rouche rouge (ms, 2717, f° 657 v°).
gneur de la Rouche rouxe, apres soupper, estoit party de son logiz pour aller veoir ledit seigneur de Guemenée, estant logé en la maison de l’Esperonniere , près le couvent des carmes de cestedite ville, a l’issue de laquelle il trouva ledit seigneur de Guemenée saillant, quel luy dist qui allast avecques luy audit chasteau, et, en ce disant, aperceut que celui seigneur de Guemenée estoit esmeu et tramblant; et, tenant chemin droit audit chasteau, ledit seigneur de Guemenée luy dist qui verroit celui soir audit chasteau la plus villaine et ordre chose qu’il avoit jamais veue. Sur lesquelles parolles, s’en cuyda retourner ledit de la Rouche rouxe; ce que ne voulut souffrir ledit de Guemenée, et luy dist qu’il y pouvoit bien aller, puisque luy mesme y alloit: et, par ainsi, alla avecques ledit de Guemenée, lequel il n’osa refuser, et qui le fist entrer audit chasteau ; et disoit l’on qu’ilz vouloient amener ledit duc et aucuns au pais d’amont, mais, par la résistance de plusieurs gentilzhommes et serviteurs dudit duc, l’ayde mesmes que firent les gens et habitans de cestedite ville et forsbourgs, furent empeschez de leurdite entreprinse et d’en enmener ledit duc, et leur convint vuyder ledit chateau par composition, et pour leur seurté et salvacion avoir dudit feu duc grâce et remission de ce que dessus, quelle fut signée maistre Pierre Le Laceur, lors aussi secrétaire dudit feu duc , ainsi que ledit Laceux a depuis dit et refferé a cedit depposant. Lequel dit oultre que, a la salye et yssue que firent lesdits entrepreneurs dudit chasteau, qui fut en ung bateau par la riviere, que, neantmoins tout ce que dessus, le peuple estoit tellement eschaufté et esmeu qu’ilz eusseut courru sus ausdit entrepreneurs, ne feust qu’ilz avoient entre eulx pour leur seurté en leurs bateaux plusieurs graus personnaiges serviteurs dudit feu duc.
Et, en ce qu’est le vuc et dernier article, dit, ce tesmoing, n’avoir jamais sceu ne entendu que ledit seigneur de Guemenée se soit armé durant les guerres pour le duc, ne luy fait aucun service : ainçois dit qu’il estoit tout notoire qu’il tenoit je party, suyvoit et acompaignoit ledit seigneur de Rieux et autres tenans party contraire dudit feu duc. Et est ce que deppose. — De Foeetz. — Rolland de Seliczon. Derien.
Même date,
DÉPOSITION DE JEAN TOURFOE , NOTAIRE À NANTES, ÂGÉ DE SOIXANTE ET ONZE ANS, sur le même sujet.
Jehan Tourfou, notaire et praticien en court lave, demourant en la ville de Nantes, eaigé de soixante onze ans ou environ, comme il dit, tesmoing produit de la part dudit procureur, jure dire veoir purge du conseil; examiné et enquis, sur les premier et second articles qudz lui ont esté leuz, dit n’en savoir autrement qu’il parlera cy apres.
Et, au regard des tiers et quart articles qui luy ont esté semblablement leuz, dit que, cinquante ung an a ou environ, ce tesmoing, lors estant en cestedite ville, demourant avec Guyon de Carme, trésorier pour celui temps des petits coffres du feu duc François, premier de ce nom, que Dieu pardoint, fut présent que ung nommé Brerond fut, par et d’aucte justice, condampné et amené en la place du grand bouffay de cestedite ville, ou il fut décapité pour avoir, celui Brerond, ung nommé Aureille pellue, ung autre nommé Salmon et autres, des noms desquelz il n’est membre, ainsi qu’on disoit notoirement, estre complices, aucteurs et faucteurs de la mort et homicide de feu monseigneur Gilles de Bretaigne, qui frere estoit dudit feu duc François; quel monseigneur Gilles l’on disoit lors communément avoir esté, par les dessurdits qui l’avoient en garde, mis entre deux couvertes pour le devoir estaindre et souffocquer; mais finalement pour ce que par ce moien ne le purent faire mourir, doubtans en estre reprms, pnndrenl des touhaillons qu’i luy misdrent au cou! , desquelz ilz l’estranglerent et
firent mourir.
Dit oultre ce tesmoing avoir oy dire communément lors que ung surnommé de Montauban, ne sauroit declairer son propre nom,bientoust apres ledit murdre et occision de mondit seigneur Gilles de Bre-
im
taigae, s’estoit fuy et absenté de ce pays, ne scet ne oy dire se ce fut a cause de ce qu’il eust esté cause dudit murdre ou pour autre chose; mais oyt dire apres icelui murdre, autrement ne scauroit a certain areter le temps, que monseigneur Artus de Bretaigne, lors connestable de France et qui depuis fut duc, arriva a la court du Roy, ne sauroit autrement declairer le lieu, ung nommé Bretran ou Jehan Hingant quon disoit avoir esté complice et adhéré audit murdre faire et qu’il l’avoit fait prendre et constituer prisonnier et depuis fait décapiter par justice a celle cause: ne sauroit ce tesmoing declairer si ou non lesdits de Montauban ou aucuns d eulx furent cause de la mort dudit monseigneur Gilles, ne s’ilz ou aucuns d’eulx envoyèrent quérir ne cherchèrent ou lui baillèrent des poysons pour le faire mourir, ne si ledit murdre fut fait pour avoir celui Artur la dame de Chateaubriend en mariaige : bien ouyt dire que ledit monseigneur Gilles, lors dudit murdre, estoit marié ou en fiance avec la dame de Chateaubriend qui estoit une grosse heretiere, ne sauroit declairer autrement que a quel montement ne ne astime, avoit fait faire une chansson contenant entre autres motz :
Ma seule amour, que j’amoye tant ,
Pour vous je meurs ceste journée :
Et, mais que n’en soies blasmée,
Il ne me chaut du demourant.
Plus oyt oudit temps dire, communément et notoirement, que lesdits nommez Aureille pellue et Salmon avoient esté décapitez a cause dudit murdre dudit monseigneur Gilles : savoir ledit Aureille pellue a \ ennes et ledit Salmon a Rennes ou ne scet quelle autre part, n’est membre d avoir oy dire que lesdits Dumez ne Gaspern eussent esté suspectionnez dudit murdre.
Du v desdits articles que lui a este pareillement leu par reyterées foys dit rien n’en savoir.
Sui les vi et vncs articles que lui ont esté par réitérées foiz leuz et donnez entendre, dit avoir bien oy et sceu que le duc François dernier décédé, a qui Dieu pardoint, pere de la Royne duchesse de
présent, nostre souveraine dame, avoit esté surpris et mis en subgection en son chasteau de Nantes, ou il faisoit la plus continuelle demourance, par le prince d’Orange, le seigneur de Rieux et autres en leur compaignie, que autrement ne sauroit nommer ne declairer lesdites entrepreneurs : et disoitton notoirement que s’estoit en intencion de le mener oultre son vouloir ou pais d’Anjout et droit en France : ne scet ne oyt dire ce ou non ledit seigneur de Guemenée estoit l’un desdits entrepreneurs, et qui firent l’entrée oudit chasteau, ne aussi que icelui seigneur de Guemenée se feust armé ne tenu partiz contraire soit dudit feu duc ou de ladite Royne sadite fille et duchesse de cedit pays depuis ledit decez d’icelui son pere. Aussi ne scet si ou non lesdits seigneurs qui firent ladite entrée violente oudit chasteau sur ledit feu duc et eurent pour ce grâce et remission, mais eut bien congnoissance que lesdits entrepreneurs furent empeschez de leurdite entreprinse acomplir par les résistances et diligences de plusieurs bons et notables personnaiges et serviteurs dudit feu duc et mesmement des habitans de ceste ville et forsbourgs de Nantes.
Et que de ce qu’il a depposé cy devant il est chose notoire et est son record. — Rolland de Seliczon, — Toureou. — Derien.
Même date.