‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 112 sur 348 · NOTAIRE ET SECRETAIRE ORDINAIRE DU ROI ET DE LA REINE · texte numérisé non relu

NOTAIRE ET SECRETAIRE ORDINAIRE DU ROI ET DE LA REINE

sur le même sujet.

(Même cote.)

Maistre Jehan Manhugeon, notaire et secrétaire ordinaire des Roy et Royne, duc et duchesse de Bretaigne, noz souverains seigneur et dame, eagé de cinquante ans ou environ, comme il dit, tesmoing, jure dire veoir; et enquis recorde par son serment bien congnoistre ledit Pierre de Rouhen, seigneur de Gyé; ne congneut jamais lesdits Jehan

ne Arthur de Montauban et autres: plus dit, des son jeune eaige, et puis le temps de quarante ans, tout communément et notoirement avoir oy a plusieurs personnes, des noms et surnoms desquelz il n’est a présent recollé, et en plusieurs et divers lieux, que a présent ne sauroit a certain autrement nommer, certifier ne en faire declaracion, dire que lesdils de Montauban avoient esté cause de la mort de feu monseigneur Gilles de Bretaigne, qu’on disoit estre frere germain du feu duc, de bonne mémoire, le duc François, premier de ce nom, que Dieu absoille; duquel lesdits de Montauban estoient serviteurs, comme disoient : n’ouyt ce parlant dire ne autrement declairer l’occasion de la hayne par eulx conceue a l’encontre dudit feu monseigneur Gilles, ne pour quelle cause, ne pour quelle fin ilz desiroient sa mort, mais que lesdits de Montauban avoient voulu et cuydé faire empoisonner ledit monseigneur Gilles, et, pour ce que n’avoient peu parvenir a leur intencion, l’avoient fait mourir et estraindre en son lyt ou chasteau de la Hardouynaye par mauvais garçons qu’on disoit estre leurs serviteurs apostz, et entre autres par ung nommé Aureille pellue et ung autre nommé Brerond; et que le cas avoit esté trouvé et appuré sur eulx par justice, en maniéré que les aucuns d’eulx avoient esté executez capitalement, ainsi que ce parlant l’oyt, comme dessus, dire, et que ledit monseigneur Gilles estoit mort martir a tort et sans cause, et en estoit et encores est grand escandal, querimonye et complaincte au pays de Bretaigne.

Et oultre recorde ce parlant avoir oy dire tout communément et notoirement, tant es parties de Nantes que ailleurs en ce pays et duché, que le seigneur de Guemenée, de présent frere germain dudit seigneur de Gyé, fut en campaigne agent d’autres seigneurs de ce pays et duché de Bretaigne a prendre et faire cbartre privée du feu duc François dernier décédé, que Dieu absoille, lors estant en son ehasteau de Nantes, et y avoient fait entrée au temps de la Passion, et qu’il y avoit lors pardon general en l’eglise de Sainct Pierre dudit Nantes environ la vespre, les ungs que ne scet nommer, par la poterne devers la riviere de Loyre, et les autres par la porte dudit ehasteau de Nantes,

les aucuns d’eulx desguysez et estans en robes de bureau armez desoubz, et qu’ilz avoient constitué prisonnier et mis en grant nécessité ledit leu duc leur naturel seigneur oultre son gré, vouloir et plaisir; et que, sur ce, y eut grant bruyt, tumulte, escandal, taichans ledit feu duc enmener hors ledit chasteau, et en faire a leur plaisir, et y demourer les maistres; et y eussent parvenu, sinon le bon secours et ayde de ses bons , vrays , loyaulx et naturelz serviteurs et subgectz qui assiégèrent, circuyrent et environnèrent ledit chasteau, tant par le dedans de ladite ville que dehors devers Richebourg, et que, en icelui conflict, fut tué et occis, d’un traict d’arbaleste de passe, qui fut tiré dudit chasteau, Pierre Le Flo W, seigneur du Boisadam, beau pere de maistre Guillaume de Forestz, secrétaire desdits seigneur et dame, ainsi qu’ilz aboient au secours dudit feu duc et estoient en une escballe qui lors estoit près la maison et couvent des freres prescheurs de Nantes, descendant de dessus la muraille de ladite ville ou cimytiere desdits religieux; et que lesdits freres s’en estoient allez avec sau conduit, et chacun sa remission en sa main: n’estoit, ce parlant, lors en ceste dite ville, que ainçois en estoit party ung ou deux jours avant pour aller a Vennes et a la viconté de Roan [a fin] de veoir recouvrer le bien qui estoit avenu a sa feu femme et aux enfans d’entre il et elle par le deces de feu Olivier Cadoret, pere d’icelle, mais l’a, ainsi que dessus, oy dire et maintenir. Et est son record. — Rolland de Seliczon. Derien. — Manhugeon.

Même date.

DÉPOSITION DE MAITRE FRANÇOIS LE SAUX , UN DES GENS DES COMPTES DU ROI-DUC,

sur le même sujet.

(Même cote.)

Maistre François le Saux, l’un des gens des comptes du Roy duc, (1> Alias, Pierre Le Flos (ms. 2717, Mo 660 v°).

IMPRIMERIE NATIONALE

nostre souverain seigneur M, seigneur de ce païs et duché de Bretaigne, eaigé de soixante six ans ou environ, comme il dit, tesmoing, jure dire veoir purge du conseil; examiné et enquis sur les articles et chacun produictz de la part dudit procureur, dit et respond, par son serinent, et que, environ cinquante sept ans ou cinquante huit ans a, comme mieulx luy semble, et est membre du temps, régnant lors le duc François, premier de ce nom, aisné et premier filz du duc Jehan, lors et peu de temps paravant décédé, ainsi qu’on disoit, ce depposant lors avoit ou pouvoit avoir de huict a neuf ans de eaige, lors demeurant a Vennes, ches et avec ses pere et mere, oyt, tant a la maison d’iceulx que a l’escolle , entre les clercs et enfans d’icelle , grant bruyt et murmure de la prinse et detencion de feu monseigneur Gilles, fdz juvegneur dudit duc Jehan et frere dudit duc François; et estoient les parolles et nouvelles communes que, par les pourchas d’aucuns ses malveillans, lors my gnons et grans grimeurs (sic) dudit duc François, qui, par envye et a tort, avoient accusé ledit monseigneur Gilles vers ledit duc, qui estoit son frere aisné, par luy mectant sus aucuns cas criminelz , comme de traïson et machinacion contre ce pays et duché par le moyen des Anglois, ledit duc François l’a voit fait prendre et détenir, et l’ avoit baillé en garde au seigneur de Montauban et a Arthur son frere, lors grans gouverneurs et proches d’icelui duc; quelz Montauban le firent mener et mectre en prison en plusieurs lieux, ainsi qu’on disoit, et avoient commis, pour le garder, ung nombre de gens a leur poste et entre autres ung, que ce tesmoing oyt appeller Pierre Salmon, ung autre Aureille pellue et ung autre appellé Rechard, et autres nommez au tiers article; quelz l’avoient transpourté et emmené d’un lieu a autre, a leur voulunté, ainsi que au temps surdit courroit le bruyt communément; et, assez toust apres, oyst ce tesmoing dire notoirement que ledit monseigneur Gilles estoit mort décédé au chasteau de la Hardouynaye, ainsi que mieulx luy semble; dont, pour lors, n’y avoit pas grandes parolles de la façon et maniéré de sa mort,

(1) La famille Le Saux était une famille bretonne à qui les ducs avaient conféré la noblesse en i48o.

et n’en osoitton parler, lors dire que estoit mort soudainement, et ainsi avoit esté donné entendre audit duc, qui en fut fort malcontent, déplaisant et triste : a cause de quoy, a peu de temps apres, ainsi qu’on disoit, cheut ledit duc François malade de dueil et desplaisir de la mort de sondit frere; de laquelle maladie icelui duc François mourut, au manoir de Plaisance les Vennes; et dit que, apres ledit deces, feu monseigneur Pierre de Bretaigne, frere puisné desdits François et Gilles, fut duc. Et lors ce tesmoing ouyt bruyt et nouvelles que lesdits apostez et adhérez desdits Montaubans, qui avoient eu la garde dudit monseigneur Gilles, l’avoient estainct entre deux couvertes et estranglé d’un touaiilon, voyans qu’ilz ne l’avoient peu faire mourir par poysons.

Item, recorde ce depposant que, depuis, lesdits malfaicteurs , et a l’occasion dudit homicide, furent prins et aprehendez, et par procès furent lesdits cas par eulx congneuz et avouez vers eulx par justice, et aucuns d’eulx exécutés et decappités par justice, et entre autres fut ledit Pierre Salmon décapité, au grand marché de Vennes en l’an mil quatre cens cinquante, ainsi que mieulx semble a ce déposant, qui! dit l’avoir veu executer; et fut le premier pugny pour ledit cas; et, depuis, ce parlant estant a Saint Paul en Leon, aux escolles, recorde avoir oy dire que lesdits Regzcard, Aureille pellue et autres, dont a présent n’est membre des noms , avoient esté semblablement décapitez et exécutez; et aussi courrurent parolles et bruyt, comme de chose notoire, que lesdits seigneurs de Montauban et Artur, son frere, s’estoient absentez et renduz fuytifs, soy sentans coupables dudit homicide dudit monseigneur Gilles, et qu’ilz avoient esté cause de sa mourt pour les causes contenues, et comme est declairé au second article, tendans au mariage dudit Artur o la dame de Chateaubriend , femme dudit monseigneur Gilles; mais, autrement que par oyr dire et la commune voix et notorité de ce, ne le scet; bien dit avoir, depuis, et en l’an mil quatre cens cinquante sept, comme mieulx luy semble, veu ledit Artur religieux et vestu au couvent des Gelestins a Paris: ouquel lieu, ce parlant, o plusieurs escolliers estudians lors audit Paris, alerent pour et en entente de le veoir pour cause des parolles qui lors courroient

notoirement desdites choses; et, depuis, ce déposant, retourné en cedit pays et duché, oyt dire a plusieurs que ledit Artur estoit arcevesque de Bourdeaulx.

Touchant l’effect du premier article, dit n’en scavoir riens, fors que ledit seigneur de Guemené et seigneur de Gyé sont freres germains, enfans dudit deffunct Loys de Rouhen , chancellier de cedit pays de Bretaigne, et de ladite fille et heritiere dudit seigneur de Montauban, et que icelui seigneur de Guemené et Pierre de Roan, sondit frere juvegneur, sont natifs et originaires de Bretaigne.

Enquis et interrogé sur le septiesme article, dit n’avoir jamais veu ne congneu que ledit seigneur de Guemené se feust armé ne tenu party contraire du pays ne contre ladite dame; ains oyt dire qu’il ne se mesloit, durant lesdites guerres, d’une part ne d’autre, ains qu’il l’a toujours oy renommer et tenir ung des saiges et bien moriginé seigneur du pays; et en ce qu’est l’intrusion faicte paravant cestz heures et des environ vingt ung an a, oudit chasteau de Nantes, sur le feu duc dernier décédé, dont Dieu aytl’ame, pere de la Royne de présent, dit, ce parlant, qu’il estoit lors et la nuyt que ce fut fait au marché forshourgs de cestedite ville de Nantes, logé a l’ostellerie ou pend pour enseigne le Pot d’estain, et lendemain oyt le bruyt et les parolles qui en estoient en icelle et nommer partie des seigneurs qui estoient entrez oudit chasteau, comme le prince d’Orange, le seigneur de Rieux, mareschal de Bretaigne, et autres, desquelz on disoit ledit seigneur de Guemené estre l’un, ne sauroit dire ne scet a quelle fin ne intencion ilz tendoient, mais bien ouvt dire, ce tesmoing, notoirement, aux parlement et sallie que firent lesdits seigneurs entrepreneurs hors dudit chasteau en bateaulx tirans amont la riviere de Loyre, ainsi que vit ce tesmoing, que présent estoit, que par la composition faicte entre ledit duc, pere de ladite Royne de présent, et eulx, il leur avoit donné grâce ou abolicion desdits entrée et entreprinse par eulx faicte sur icelui duc en sondit chasteau de Nantes, ou estoit sa plus continuelle demeurance. Et est son record. — Rôlland de Seliczon. — Le Saux. — Derien.

Même date.

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