DÉPOSITION DE MAITRE YVES MAYDO, UN DES GENS DES COMPTES DU ROI-DUC
sur le même sujet.
(Même cote.)
Maistre Yves Maydo, l’un des gens des comptes du Roy duc, nostre souverain seigneur en ce pays et duché de Bretaigne, eaigé de quarante ans ou environ, comme il dit, tesmoing produict de la part dudit procureur general, jure dire veoir purge du conseil; examiné, enquis et interrogé sur les premier, second, tiers, quart et cinquiesme articles, recorde, par son serment, qu’il congnoit le seigneur de Guemené de présent, et ledit Pierre de Roan, seigneur de Gyé, quelz sont freres germains, enfans de feuz Loys de Roan, qui, au temps du duc François, premier de ce nom, que Dieu absoilie, fut chancellier de Bretaigne , et de [Marie] de Montauban , seulle fille et heretiere de feu Jehan de Montauban, seigneur de Montauban, qui eut ung frere nommé Artur de Montauban; lesquelz estoient tenuz, censez et reputez notoirement et publiquement natifs et originaires de ce pays et duché de Rretaigne.
Aussi recorde qu’il a oy dire et tenir notoirement et publiquement, depuis le temps de son jeune eaige, et encores a présent, en tout le pays et duché de Bretaigne, que ledit Jehan, seigneur de Montauban, et Artur, son frere, furent traictes et desloyaulx subgectz audit feu duc François, premier de ce nom, et que, ou vivant dudit feu duc François, ilz avoient toute l’auctorité, et aussi ledit chancellier qui estoit marié a la seulle fille et heritiere dudit seigneur de Montauban entour la personne dudit feu duc; et que pour cupidité, envye, ambicion et désir desordonné, ilz entreprindrent de faire mourir feu monseigneur Gilles de Bretaigne, frere dudit duc François, leur seigneur naturel et maistre, afin que celui Artur feust marié et peust avoir en mariage la
femme dudit feu monseigneur Gilles de Bretaigne, savoir dame Françoise de Dinant, dame de Chasteaubrient, qui estoit une grosse heritiere de plus de neuf ou dix mille livres de rente, qui, pour lors, estoit mariée avecques ledit monseigneur Gilles de Bretaigne; et que pour y parvenir trouvarent moien de mectre ledit monseigneur Gilles de Bretaigne en la male grâce dudit feu duc François a tort et sans cause, le firent constituer prisonnier et bailler en garde audit Jehan, seigneur de Montauban, frere dudit Artur, qui le mena et fist mener en divers lieux et places, et entre autres au Guildo et a la Hardouynaye par gens et serviteurs a eulx apostez.
Aussi recorde qu’il a oy dire et tenir notoirement et publiquement, de tout le temps de sondit jeune eaige et encores a présent, que lesdits seigneur de Montauban et Artur avoient envoyé jusques es pays dTtalie quérir des poysons, pour cuyder et devoir empoysonner ledit monseigneur Gilles et le faire mourir, ce qu’ilz ne peurent faire, neanmoins que plusieurs foys luy eussent présenté lesdits poysons : et, voyans que, par ce moien, ne le peurent faire mourir, trouvèrent moien lesdits Montaubans d’avoir et d’obtenir ung mandement dudit feu duc François de consentir la mort dudit monseigneur Gilles, sondit frere, qui fut scellée par ledit Loys de Bohan, pere desdits seigneurs de Guemené et Pierre de Bohan, en l’eglise sainct Pierre de Vennes.
Interrogé comme il le scet, dit l’avoir oy dire et reciter souventes foys a deffunctEon Baudouyn qui, pour lors, avoit la garde du scel de la chancellerie de Bretaigne, qui différa de sceller ledit mandement, et a celle cause les rendit audit cbancellier qui de sa main avoit scellé ledit mandement : et depuis n’en eust celui Baudouyn la charge et garde, et luy furent ostez : au moien duquel mandement, ledit monseigneur Gilles de Bretaigne, par çeulx qui le gardoint, dont l’un avoit non Aureille pellue, l’autre Baiart, l’autre Breront, l’autre Gaspern, l’autre Salmon et autres leurs complices fut estainct et estranglé en son lyt entre deux couvertes : et que, depuis, lesdits de Montauban avoient donné a entendre audit duc François qu’il estoit mort soudainement en son lyt, dont ledit duc fut degplaisant, quelle chose est toute lio-
toire, publique et manifeste, et en régné encores a présent voix publique, commun renom.
Aussi recorde qu’il a oy dire et tenir publiquement, notoirement, et encores a présent, que ledit monseigneur Gilles, congnoissant que on vouloit le faire mourir, quelque rescription qu’il sceut faire audit duc François, qui estaient de toutes bonnes parolles et doulces et aymables, lesquelles lectres et rescriptions estaient prinses et refaictes par lesdits de Montauban et contrefaictes en parolles de menaces et rigoureuses, et icelles baillées audit duc François pour toutjours le mectre en plus grande indignation d’icelui duc François, sondit frere, bailla a ung cordelier qui le confessa unes lectres pour bailler audit duc François, par lesquelles il appelloit de luy de le faire ainsi mourir a tourt et le adjournoit a comparoir devant Dieu, dedans quarante jours apres avoir veu lesdites lectres; quelles lectres ledit cordelier présenta audit duc François; et, apres les avoir leues, ledit duc cuyda trouver ledit cordelier pour parler a lui, lequel ne peult estre trouvé et ne scet on qu’il devint: et que, assez tost apres, et dedans lesdits quarante jours, icelui duc François alla de vye a trespas ou mannoir de Plaisance près Yennes : et que, apres le deces dudit feu duc François, devint a estre et fut duc le duc Pierre, frere juvegneur desdits duc François et monseigneur Gilles, lequel Est prendre lesdits Raiart, Salmon, Aureille pellue, Gaspern, Breront et autres, et faire prisonniers et leur procès fait et conduict par justice, sauf ledit Gaspern quel se trouva clerc, par lequel ilz congneurent que lesdits Montaubans leur avoint commandé et fait faire ledit homicide, et leur avoir promis plusieurs grans biens : a l’occasion de quoy, se rendirent lesdits Montauban fuytifz et s’absentèrent du pays de Bretaigne, et ne sceulton que devint ledit Artur par long temps, fors que l’on disoit qu’il s’estoit mis en guise de questeur suyvant les hospitaulx, et depuis s’estoit rendu secrètement aux Celestins a Paris et fait celestin, portant habit de moyne : et n’estoit nouvelle de luy jusques a ce que le feu roy Loys devint a la couronne de France, auquel se rendit ledit seigneur de Montauban, qui de luy fut recueilly; lequel, par le moien de la
prochanité qu’il eut audit feu roi Loys, trouva moien de retirer ledit Artur de Montauban de ladite religion des Gelestins et le fîst faire archevesque de Bourdeaulx : et lesquelz seigneur de Montauban et Artur de Montauban ne furent oncq puis ouditpays de Bretaigne: et furent lesdits mauvais garçons condampnez et décapitez, savoir Salmon, Aureille pellue et Baiart a Yennes, et partie, savoir Breront, a Nantes: et fut ladite execution en l’an mil quatre cens cinquante,
Item, qu’il a oy dire et tenir notoirement et publiquement que la mere dudit Pierre de Bohan, et seulle heritiere dudit seigneur de Montauban, fut mariée, depuis le deces du seigneur de Guemenée, chancellier; et que l’on disoit notoirement, pour parvenir a ses voluntés et plaisances charnelles, de quoy elle estoit plaine, avoit fait mourir et empoysonner ledit seigneur de Guemenée, son mary : laquelle, depuis le deces dudit chancellier, sondit mary, fut marié avecques le seigneur de Craon , lequel seigneur de Craon elle cuyda empoisonner pareillement et faire mourir; lequel fist faire le procès d’icelle dame de Montauban , et de ce fut actaincte et convaincue , et detenue prisonnière en prison fermée, ou elle finit ses jours.
Interrogé touchant les matières de luy devant recordées, comme il le scet, dit et recorde l’avoir oy dire a delïunct Henri Maydo, son oncle, qui, au temps dudit duc François, estoit trésorier general de Bretaigne et garderobier, que, au moien de ce qu’il sollicitoit les affaires de mondit seigneur Gilles envers ledit feu duc François, fut par lesdits de Montaubans fait destituer desdits offices. Aussi dit l’avoir oy dire a sa mere, qui estoit d’icelui temps, a un nommer Davy qui estoit des serviteurs dudit duc François, et a tant d’autres personnes, et si notoirement, publiquement et magnifestement qu’il n’est quassi possible les rédiger par escript; mesmes qu’il a oy, souventes foiz, chanter publiquement esdits parties de Vennes et ailleurs, oudit pays de Bretaigne, une chanzon desdits Montauban, qui se chantoit publiquement, n’est menbre a présent des motz d’icelle, mais dit quelle tenoit motz de l’effect que lesdits Montaubans avoit fait mourir ledit monseigneur Gilles.
Al 7
Enquis aussi touchant les vi et vne articles, recorde que le seigneur de Guemené de présent, compaignié de pluseurs autres, environ le moys d’avril mil quatre cens quatre vings troys, de nuyt se rendirent ou chasteau de Nantes, les aucuns par la poterne d’icelui, autres par la grant porte; firent chartre privée du duc François dernier décédé, dont Dieu ayt Famé, qui estoit sa propre maison et domicilie; et par force et violence cuyderent faire a leur plaisir dudit feu duc et demourer les plus fors oudil chasteau, s’ils n’eussent esté impeschez, car il lès faillit assiéger leans et les envoyer par composition et hostaiges avecques eulx, pour tenir seurté: aussi que, depuis, durant les guerres qui ont esté en Bretaigne, ledit seigneur de Guemené de présent a tenu par aucun temps party contraire audit duc, et, par apres le decez d’icelui, s’absenta d’iceluy pays et alla en Hierusalem ou il a esté par long temps sans secourir la Royne en ses guerres et affaires. Et est son record. — Rolland de Seliczon. Derien. — Maydo.
Donné, etc.
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