‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 188 sur 348 · LETTRE DE L’AMIRAL DE GRAVILLE AU SIRE DU BOUCHAGE · texte numérisé non relu

LETTRE DE L’AMIRAL DE GRAVILLE AU SIRE DU BOUCHAGE

relatant la bataille de Fornoue , d’après un récit du sire de Thmraxj.

(Orig. Bibliothèque nationale, fonds français, mss. 12922, fol. 18.)

Monsieur du Bouchage, mon amy, je me recommande a vous tant comme je puis.

J’ai receu la lettre que vous m’avez escripte par Chesnay en ceste ville de

<*) Alors bloqué à Novarre. Gonsalve de Cordoue. Malheureusement, au

(i) La bataille de Seminara , où Stuart moment même où l’on écrivait cette lettre ,

d’Aubigny défit complètement Ferdinand et Ferdinand débarquait près de Naples et

IMPRIMERIE NATIONALE

Molins, dont je vous mercye cent mille foiz. Et au regard de ce que vous me pryez par vostre lettre que je vous face savoir des nouvelles du Roy, je les vous escriproye vouilentiers bonnes, s’il m’estoit possible. Touteffoiz je suis tousjours en mes premières doubtes et n’en seray jamais assceur que je ne le voye du retour en son royaulme (1>. Dieu par sa grâce le veulie bientost ramener !

Au jour d’ui monsieur de Bourbon a eu lettres de monseigneur d’Orléans escriptes de monseigneur de Thevray qui est avecques le Roy et mect en sesdites lettres que, le vimo jour de ce moys, le Roy, estant entre Fournoue et le Bourg Saint Denis, les Venissyens le sont venuz assaillir par trois costez. Touteffoiz le marquis de Mantoue qui est cappitaine general desdits Venissyens, avecques trois mille hommes et environ six cens hommes d’armes, donna en la bataille ou estoit le Roy, la ou il fut très bien recueilly. Car les gens du Roy le rebouterent en son camp très rudement. Et dit Ten que ledit marquis de Mantoue y a bien perdu trois cens hommes d’armes et mil hommes de pyé. Et du costé du Roy s y est perdu quelque nombre des gentilzhommes de sa maison , et aussi des archiers de son corps, qui mors, qui prins, environ cinquante ou soixante. Entre lesquelz y a esté pris le bastard Mathieu qui a esté mené oudit camp desdits Vennissyens et autres dont l’engne scet les noms. Et, ce fait, le lendemain sont entrez en parlement. Dieu veulie qu’il en puisse saillir quelque bonne chose, car je vous assceure que j’en suis en grant doubte.

Au regard de mondit seigneur d’Orléans, il est encores dedans la ville de Novarre et le tiennent très de court ceulx qui sont devant lui, car ilz sont plus puissans deux fois qu’il n’est. Et la sepmaine passée, a deux ou trois escarmouches , ilz lui en ont amenez ses gens batant jusques dedans ses portes , la ou a esté pris monsieur de Saixonnage, Parisot, Le Roy Pépin et le bastard Charles, très bien bleciez. Je ne vous escripray point plus avant de ses nou-

entrait triomphalement dans cette ville le 7 juillet.

(1) L’amiral de Graville n’avait jamais été partisan des expéditions en Italie : aussi le parti militaire l’avait-il fait tomber en disgrâce et onje tenait à l’écart des événements. (Voir Mémoire sur Charles VIII , dans G I rnber et Danjou , 1. 1 , p. 1 68. ) Dans ces conjonc¬

tures on voit que l’amiral s’était retiré h Moulins, près du duc et de la duchesse deBourbon.

(2) Cette lettre de M. de Thevray, en date du 7 juillef, a été publiée par M. de la Pilorgerie, Campagne de Charles VIII en Italie, p. 35o. (Cf. Keryyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commines , t. II , p. 3 1 8.)

velles, car ilz sont ennuyeuses (1', et n’en fectes pas grant bruyt, pour ce que je ne veul pas estre porteur de telles nouvelles.

Je m’en voys en Picardye, et, sy la ou ailleurs je vous puis fere quelque plaisir, je le feray de ben cueur. Je vous advertiray tousjours de ce qu’il me sourvendra.

Et icy endroit vous dy a Dieu, monsieur du Bouchage, mon amy, a qui je prie qu’il vous doint tout ce que plus desirez.

Escript a Moulins le xm"c jour de juillet.

Voslre compaingnon et amy,

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