INSTRUCTION DU ROI
Instruction a Gaspard Planchette, valet de chambre ordinaire du Roy, de ce qu’il aura a dire et déclarer a madame la duchesse de Nemours et a made-
m Voir ci-dessus, notamment page 226 et suiv. — (2) Et à la Bibliothèque nationale, fonds français, ms. a a 34 1 , fol. i3a et suiv.
moiselle sa sœur, de la part dudit sire , lequel présentement l’envoie par devant lesdites dame et demoiselle.
Premièrement, présentera a madite dame la duchesse les lettres que ledit sire lui escrit et lui dira que le Roy, seachant la maladie qui lui est survenue depuis son departement de Paris, laquelle lui deplaist de tout son cueur, l’envoie expressément par devers elle pour la voir et visiter et lui dire que s’il y a chose par deçà en quoi elle prist plaisir, que, en le lui faisant scavoir, il le en finera de bien bon cueur.
Et, pour ce que, par plusieurs et diverses fois, ledit sire a esté pressé et requis par M. de Nemours, son mari, de lui donner congié et lui permettre daller par devers elle, icelui sire lui fait volontiers entendre que, voyant 1 état et disposition en quoi sont de présent ses affaires , desquelles ledit sieur duc de Nemours a la totale et principale charge et conduite, aussi l’absence de M. le légat, ne lui a voulu accorder, consentir ne permettre sadite allée, ne lui donner ledit congié, Pareillement a différé ledit congié pour ce que, de deux, trois ou quatre jours, doit icy arriver un ambassadeur des roy et roine d Espagne, lequel vient, comme l’on présumé, pour le bien de paix, par quoi, tant pour ouir ce qu il dira que pour entendre a . sa depesche , impossible est que ledit sieur de Nemours puisse laisser ledit sire, ne obtenir sondit congié, quelque peine ne diligence qu’il y ait faite ne fasse, et pour rien n’a voulu, ne voudroit icelui sire le lui accorder ne donner. A cette cause dira a ladite dame que le Roy lui a bien voulu faire entendre par lui les choses dessusdites et lui piier et requérir de sa part les prendre en bonne part et comme contraintes et forcées: car, n’estoient les raisons et causes dessus déclarées, sans point de doute ledit sire leust fait partir incontinent et des 1 heure que nouvelles lui vindrent de sa première maladie. Et se peut tenir seure qu’incontinent que ledit ambassadeur sera depesché, il lui envoira ledit sieur duc de Nemours, son mari, sans point de faute.
Cependant ledit sire lui prie mettre peine de soi guérir et bien résoudre a croire l’opinion de ses médecins ; car plus grand plaisir ne pourroit avoir que ouir bonnes nouvelles d’elle et de sa santé.
Et, apres, lui dira que le Roy a entendu les paroles qui ont esté depuis le trépas de feu M. d’Avasnes « du mariage de M'1" sa sœur et de M. le vicomte de
Gabriel d Albret, fils d'Alain d’Albret, sire d’Avesnes, vice-roi de Naples, mort en i5o3.
Fronsac, fils dudit sieur duc de Nemours, son mari; et pour ce que ledit mariage lui est très agréable et plus que de nul autre personnage, pour plusieurs bonnes et grandes raisons profitables et utiles a l’une et a l’autre des deux parties, ledit sire la prie et requiere en outre de sa part, et en tant quelle peut et pourra, tenir main a ce que ledit mariage se parfasse le plus tosfc que faire se pourra, car plus grand plaisir faire on ne lui scauroit que d’y mettre fin et conclusion , laquelle [fjera en ce faisant le bien de sa maison.
Ce fait, ledit Gaspard se retirera par devers madite demoiselle et lui baillera les lettres que le Roy lui escrit, et lui dira comme ledit sire l’a envoié par devers madite dame la duchesse et elle, pour leur faire entendre les causes pour lesquelles M. le duc n’ait pu ne peut partir d’ici pour aller delà, lesquelles sont telles que cy dessus sont écrites, et aussi pour lui dire et signifier comme, depuis le trépas de feu M. d’Àvasnes , paroles ont esté du mariage d’elle et de M. le vicomte de Fronsac, et que, comme chose qui lui a esté, sera et est très plaisante et agréable, il l’a fait venir de son armée de Roussillon pour aller par devers ladite demoiselle, afin que ledit mariage, selon le pourparlé qui a esté, se puisse conduire et conclure, au bien et honneur des parties; de quoi ledit sire la prie et requiere très affectueusement, car il ne connoit personnage, quel qu’il soit, duquel il fust plus joyeux ou content qu’il est et sera dudit vicomte de Fronsac. Par quoi ledit Gaspard la priera et requerra, de par ledit sire, d’y entendre et mettre fin la plus briefve que possible lui sera : et, au demeurant, l’advertira qu’il ne prencîroit a plaisir quelle traitast ne prist parti avec quelqu’autre, scachant véritablement que le parti dudit vicomte lui est et sera bon et très profitable, et que de sa part, en ce faisant, il s’emploiera en toutes choses qui concerneront le bien et accroissement de leur maison, par façon quelle connoitra que ledit sire l’a très bien conseillée.
Fait a Lion, le 27 novembre, l’an i5o3.
Signé : Louis.
Et plus bas : PtOBMTET.
Archives de Guéméné.
Lyon, 27 novembre i5o3.
Lettre de Louis XII à la duchesse de Nemours.
Ma cousine,
Scachant la maladie qui vous est survenue depuis votre partement de Paris, dont il me deplaist de tout mon cueur, désirant scavoir de vos nouvelles et de votre bonne santé, j’envoie présentement par devers vous Gaspard, mon valet de chambre, porteur de cestes, auquel j’ay donné charge de vous voir et visiter, et vous dire et déclarer aucunes choses de par moi, desquelles je vous prie le croire comme moi mesme.
Et, au surplus, vous asseure, ma cousine, que, s’il y a chose par deçà en quoi vous pregniez plaisir, en me le faisant scavoir, vous en finerez très volontiers. El a Dieu, ma cousine, qui vous ait en sa garde.
Ecrit a Lion le 27 novembre.
Signé : Loys. Et plus bas : Robertet.
Pris sur l’original auoc archives de Guéméné.
Lyon, 27 novembre i5o3.
Lettre de Louis XII à mademoiselle d’ Armagnac.
Ma cousine,
Scachant la maladie de ma cousine la duchesse de Nemours, votre sœur, et désirant entendre de ses nouvelles et bonne santé, j’envoie par delà Gaspard, mon valet de chambre, porteur de cestes, pour la voir et visiter, et aussi pour lui dire et déclarer, et a vous pareillement, aucunes choses qui touchent le grand bien de vous et de votre maison : desquelles je vous prie le croire comme moi mesme, et, au surplus, estre seure, ma cousine, que, en y mettant fin, je m emploierai pour vous et les affaires de votredite maison par façon que vous connoistrez que je desire qu’elle demeure bonne, grande et entière. Et a Dieu, ma cousine, qui vous ait en sa garde.
Ecrit a Lion, Ig 27 novembre.
Signé : Loys. Et plus bas : Robertet.
Pris sur l’original aux archives de Guéméné.
Lyon, 29 novembre (i5o3).
Autre lettre de Louis XII à mademoiselle d’ Armagnac.
Ma cousine ,
En ensuivant ce que vous ai écrit et fait scavoir par Gaspard, mon valet de chambre, et continuant au vouloir et désir que j’ay au mariage de vous et de le vicomte de Fronsac , j 'envoyé présentement par devers vous le sieur de Bazoges(l!, mon chambellan, auquel j’ay donné charge de vous parler bien au long de cette matière, et vous acertener de mon vouloir qui est tel que plus grand plaisir vous ne me pourriez faire que traiter et conclure ledit mariage. Si vous prie, ma cousine, que le veuilliez croire de ce qu’il vous dira comme moi mesme, et combien qu’il soit bien ami et serviteur de mon cousin le duc de Nemours, votre beau frere, toutefois soiez seure qu’il ne vous portera parole autre que telle que je lui ai ordonné. Vous advisant, au surplus, que, s’il est chose en quoi je puisse pour vous et les affaires de votre maison, que vous m’en advertissiez, et vous connoistrez que je vous desire traiter comme ma bonne parente. Et a Dieu, ma cousine, qui vous ait en sa garde.
Ecrit a Lion, le 99 novembre.
Signé : Louis. — Robebtet.
Lyon, 7 décembre (i5o3).
Autre lettre de Louis Ail à mademoiselle d’ Armagnac.
Ma cousine,
J’ai veu ce que m’avez écrit par Gaspard et oui ce qu’il m’a dit et déclaré de votre part, dont, et de ce que vous contentez de faire ce dont vous ai fait requérir, je vous mercie de bon cueur, et vous prie, ma cousine, que vous veuilliez continuer et demeurer en cette volonté : car ce sera le bien et le profit de vous et de votre maison. Et au regard de ce que vous desirez en advertir vos parens pour mieux conduire la matière a mon intention, vous scavez, ma cousine, que je me tiens l’un des plus grands et des principaux que vous aiez :
(1) Brandelis de Champagne. Voir ci-dessus, page 69 et note.
IMPRIMERIE NATIONALE
par quoi il me semble que, en vous conduisant par mon conseil et avis, qu’il ne sera nul besoin de les travailler. Et, pour ce, je vous prie, tant que je puis, vous veuilliez ajouster foy a ce que vous ai écrit et fait dire tant par M. Brandelis que par M. Chiquet, et en ce faisant mettre fin en ladite matière. Et vous me ferez, en ce faisant, le plus grand plaisir que vous scauriez faire et qui plus me fera porter vous, vos affaires et ceux de votre maison. Et a Dieu, ma cousine, qui vous ait en sa garde.
Ecrit a Lion , le 7 décembre.
Signé : Lovs. Et plus bas : Robertet.
Pris sur l'original aux archives de Guéméné.
Billet autographe de Louis XII à mademoiselle d’ Armagnac.
Ma cousine,
En suivant ce que vous ai fait scavoir par Gaspard, et depuis par M. Brandelis de Champagne, je vous prie mettre fin au mariage de vous et de mon cousin le vicomte de Fronsac : car plus grand plaisir vous ne me scauriez faire, ainsi que plus au long vous dira Chiquet. Et adieu, ma cousine.
Signé : Lodis. Et plus bas : Robertet.
Le corps de la lettre est écrit de la main propre du roy.
Pris sur l’original aux archives de Guéméné.
Lyon, 26 décembre (i5o3).
Autre lettre de Louis XII à mademoiselle d’ Armagnac.
Ma cousine,
J’ay vu ce que vous m’avez écrit par Chiquet et oui bien a plaisir ce qu’il m’a dit de votre part.
Et quanta ce que vous me requerez 11e vous vouloir écrire -pour autre que pour mon cousin le vicomte de Fronsac, vous pouvez scavoir et mieux que nul autre si je vous en ai écrit pour autre que pour lui ou non : et vous asseure que mon intention na jamais esté, n’est, ne sera aller a l’encontre, ne vous
requérir pour autre que pour lui. Par quoi, ma cousine, je vous prie, tant que je puis , que , en suivant ce que m’avez fait scavoir par Gaspard et depuis par ledit Chiquet, mettez fin au mariage de vous et dudit vicomte, et que ce soit le plus tost et le plus diligemment que faire se pourra. Car plus grand plaisir vous ne me scauriez [faire].
Et, au surplus, en tant que touche le désir que vous avez veoir audit vicomte mon ordre pour demourer en tel et semblable titre que ont demeuré mes cousines. vos sœurs, je vous promets, ma cousine, que, ledit mariage fait, il n’y aura point de faute que je ne le lui baille. Et cependant ferai faire toutes les depesches qui, pour ce, seront necessaires: mais il faut que vous entendiez que plutost il ne se peut faire, a l’honneur de moi et des freres et chevaliers dudit ordre : et n’est besoin que a cela vous arrestiez, comme plus au long vous dira ledit Chiquet.
Et a Dieu, ma cousine, qui vous ait en sa garde.
Ecrit a Lion, le vingt six décembre.
Signé : Louis. Et plus bas : Robertet.
Ibidem.
Lyon, 2 h janvier (i 5 o4).
Lettre de Louis XII a mademoiselle d’ Armagnac, pour la féliciter de son mariage.
Ma cousine,
J’ay vu ce que m’avez escrit par Chiquet, dont et de la bonne conclusion que avez faite au mariage de vous et de mon cousin le comte de Guise, votre mari, je vous mercie de bon cueur^, vous advisant, ma cousine, que vous avez fait, en ce faisant, le plus grand plaisir que vous m’eussiez scu faire, et, comme cy devant vous ai escrit, vous connoistrez que ce sera le grand bien de vous et de votre maison. Au surplus, ma cousine, en ensuivant ce que vous
(l> Charlotte d’Armagnac épousa en effet le vicomte de Fronsac. Leur contrat de mariage, que nous croyons inutile de reproduire, fut passé dès le h janvier sui¬
vant, à Nogent- sur-Seine. (Même registre, pages 864 à 85g. — Bibliothèque nationale, fonds français, ms. 2234i, fol. 1 36.)
écris, en raesme tems j’ai envoié a mon cousin le comte de Dunois mon ordre pour le bailler a mondit cousin, votre mari, ainsi que plus a plein vous entendrez par ledit Chiquet. Et a Dieu, ma cousine, qui vous ait en sa garde.
Escrit a Lion le a 4" jour de janvier.
Signé : Loys. Et plus bas : Robertet.
Pris sur l’original aux archives de Guéméné (1).
Lyon, a h janvier (i5o6).
Lettre de Louis XII au vicomte de Fronsac , pour le féliciter de son mariage.
Mon cousin,
J’ai scu comme ma cousine, mademoiselle de Nemours, a fait et accompli le mariage d’elle et de vous en ensuivant ce que lui en avois escrit, dont j’ay esté très joïeux, connoissanl que ce sera le grand bien d’elle et de sa maison, et de la votre pareillement.
Et pour ce, mon cousin, que je veuille bien et desire vous faire quelqu’honneur, et pareillement a madite cousine, votre femme, j’ai mis en termes avec les chevaliers de mon ordre vous bailler ledit ordre et mettre du nombre d’icelui : et, connoissant les vertus qui sont en votre personne, et aussi les services que me pourrez cy apres faire, la conclusion et deliberation a esté prise que le collier vous sera envoie.
A cette cause , j’ai écrit a mon cousin le comte de Dunois soi transporter jusques a Aluye <2) et la de vous prendre le serment que les chevaliers sont tenus faire a la réception dudit ordre, et le vous présenter et bailler, espérant que, a l’honneur, entretenement et augmentation d’icelui, vous acquitterez, comme il appartient. Si vous prie, mon cousin , prendre et accepter ledit ordre et estre seur que, en toutes [choses], j’aurai toujours vous et [les] affaires de
Cf. ci-dessus page 2 a 8. famille d’ Armagnac en i483. (Godefroy,
1 1 Alluye, baronnie de l’élection de Cha- Histoire de Charles VIII , p. 387.) Robertet leaudun , était une des terres rendues à la se qualifiait baron d’Alluye.
votre maison pour recommandées. Et a Dieu, mon cousin, qui vous ait en sa garde.
Escrit a Lion, le 2/1 janvier.
Signé : Loys. Et plus bas : Robertet.
Pris sur V original
2/1 janvier i5oô (i5o5).