‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 28 sur 348 · INFORMATION PRES DE JACQUES DE L’ESPINAY, SEIGNEUR DE SEGRÉ · texte numérisé non relu

INFORMATION PRES DE JACQUES DE L’ESPINAY, SEIGNEUR DE SEGRÉ

relative aux propos tenus par le maréchal.

(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 1.)

Du lundi ve jour d’aoust mil cinq cens quatre, au lieu de RochecorbonW, en l’ostel ou pend pour enseigne l’Ymaige Nostre Dame®.

Messire Jaques de l’Espinay, chevalier, seigneur de Segré et de Ussé®, aagé de cinquante ans ou environ, apres serement solemnel par lui fait sur les sainctes evangilles de Dieu, manuelement et corporellement touchées, de dire et depposer vérité, sur les articles a nous baillez de par le Roy :

Et premièrement, interrogé s’il a oy dire au mareschal de Gvé que le Roy eust une maladie secrete de flux de sang ou autre, au moyen de laquelle il ne povoit longuement durer : dit, par ledit serment, qu’il n’en oyt jamais parler audit mareschal et n’a sceu que ledit mareschal en ait dit ne porté teles parolles ou semblables a aucune personne.

Dit que, l’y ver dernier passé, autrement du temps n’est records, lui estant a Lyon, ainsi que ledit seigneur de Segré vouloit partir

(1) Rochecorbon, près de Vouvray, en Touraine, siège d’un château appartenant à Jacques de l’Épinay, qui possédait aussi , du chef de sa femme , ie château de Montcontour, où se fît une des enquêtes judiciaires. Jacques était ie neuvième enfant de Richard d’Épinay, chambellan du duc de Rretagne , qui eut : Guy, seigneur d’Épinay; André, cardinal archevêque de Lyon et de Bordeaux , gouverneur de Paris; Jean, évêque de Mirepoix , puis de Nantes ; Guillaume , évêquepair de Laon; Jean, évêque de Valence;

Robert, évêque de Nantes; Françoise, abbesse de Saint-Georges de Rennes; Jeanne, épouse de Jean de Chateaubriant; Jacques, dont il s’agit. — Le maréchal de Saint-Luc devait un jour illustrer le nom d’Epinay- Saint-Luc.

(!) On ne trouve pas au dossier la commission décernée pour cet interrogatoire. Les articles sont les mêmes que ci-dessus.

(3) Ancien grand maître de l’hôtel de la reine Anne. (V. not. Comptes de îigs et iig3, Arch. nat. KK. 82.)

dudit lieu de Lyon, ledit mareschal lui donna charge de dire a madame d’Angoulesme qu’il pensoit qu’il avoit esté grant bruit par deçà de la maladie dudit seigneur qui avoit esté malade telement que on avoit craincte qu’il vint ethicque et qu’il estoit encores maigre, toutesfoiz que, la mercy Dieu, il faisoit très bonne chere et quil se pourmenoit par sa chambre et sur une terrasse, quant il faisoit beau temps, et la sepmaine ensuivant que icelui seigneur de Segré depposant partit dudit Lyon, ledit seigneur devoit semblablement partir pour venir a Bloys et qu’il esperoit, de lors qu’il auroit recouvert ledit Bloys et l’air de sa nativité, qu’il seroit aussi gaillard et aussi sain qu’il fut oncques et qu’il ne pourrait avenir plus grant mal au royaume et a monseigneur son filz que de perdre ledit seigneur, lesquelles parolles il dist a madite dame d’Angoulesme ainsi qu’il se peut recorder : dit oultre quil na sceu ne oy que ledit mareschal eust dit ne porte parolle que le Boy fust si fort malade qu’il ne povoit plus et quil ferait la fin de sa mere.

Interrogé si, touchant ceste matière ou autre, il apporta de par ledit mareschal aucunes lettres de creances a madite dame dAngoulesme : dit qu’il apporta des lettres a icele dame que lui avoit baillées ledit mareschal, mais ne scet si elles portoient creance ou non, car il ne veit pas ce qu’ estoit dedans. Dit aussi qu’il ne parla a autre que a ladicte dame que ledit seigneur fust malade , dont il soit souvenant.

Interrogé s’il a oy dire audit mareschal que la Beyne ne 1 aymoit point, ne lui elle, et qu’il ne la craignoit riens, et qu’il se tenoit seur de son maistre et ne se soucioit de chose que ladite dame lui eust sceu ou peu faire : dit, par sondit serment, n’avoir oy dire lesdites parolles ou semblables audit mareschal ne autre de par lui.

Interrogé s’il a sceu, oy, ne entendu que ledit mareschal eust délibéré ou entreprins de arrester, saisir et prendre la Beyne et madicte dame sa fille, et de les garder et empescher d’aller en Bretaigne, ou cas qu’il mesadvenoit au Boy : dit, par sondit serment, qu’il n’en oyt jamais dire aucune chose audit mareschal ne a autre de par lui ne autrement. Aussi a dit, sur ce enquis, qu’il ne a sceu, oy, ne entendu que ledit mareschal eust mandé ou délibéré mandera ceuk de Tours,

Saumur ou Angiers, garder les pons, portz et passaiges, pour empescher ladite dame et sadite fdle d’aler oudit pais de Bretaigne; ne semblablement que, s’il mesadvenoit au Roy en l’absence d’icelui mareschal, que ceulx qui avoient charge soubz lui ou autres se tensisseut saisiz de la Reyne et madite dame sa fille. Aussi n’a sceu, oy, ne entendu que ledit mareschal ait dit ne déclaré , quant madicte dame fille du Roy estoit a Loches, qu’il en estoit fors joyeux, pensant et espérant en faire mieulx son proufit et a sa voulenté que si elle estoit a Bloys : ne du surplus contenu ou dixième article , a lui leu , sur ce dernièrement interrogé, ne scet aucune chose et n’en a point oy parler. Pareillement dit ne savoir riens du contenu en le xie desdits articles.

Interrogé sur le contenu es xn° et xmc desdits articles : c’est assavoir s’il avoit oy dire audit mareschal ou autre que icelui mareschal garderoit bien la Reyne d’estre servie de ses subjectz de Bretaigne ne d’ailleurs , et qu’il y avoit bien pourveu ; aussi que ladite dame pensoit estre bien aymée en ce royaume et quelle estoit abusée, et qu’il estoit bien asseuré de plusieurs seigneurs barons de Bretaigne et d’ailleurs et des capitaines des meilleurs et plus fortes places qu’ilz fussent, quelle ne feroit pas de Bretaigne ainsi quelle l’entendoit; et qu’il ne [la] craignoit, disant, attendu i’auctorité qu’il avoit [pour] la garde de la personne de monseigneur d’Angoulesme, les places fortes qu’il avoit entre mains, l’intelligence qu’il avoit a pluseurs grans personnaiges, qu’il ne se doubtoit point qu’il ne vensist a chef de son entreprinse et qu’il n’en demourast le maistre : dit ledit depposant, seigneur de Segré, que jamais n’en oyt parler audit mareschal ne a autre, et n’en scet aucune chose.

Interrogé sur le xiv° article, dit qu’il a veu bonne quantité d’artillerie en une grange estant dedans le chasteau d’Amboise, laquelle a esté menée a Bloys puis deux ou trois ans; mais du contenu dudit article autrement ne sauroit depposer, sinon qu’il scet que le fils dudit mareschal estoit et est capitaine de Tours et haily de Touraine.

Interrogé sur le xve article, faisant mencion du serment que ledit mareschal avoit fait faire aux archiers de sa charge estans a Amboise,

a la garde dudit seigneur d’Angoulesrae, de le servir envers tous et contre tous et fere ce qu’il leur commanderoit : dit qu il n en scet riens et n’en oyt jamais parler.

Interrogé sur les xvie et xvnc articles , si ledit mareschal a practique ou fait practiquer plusieurs personnes estans a 1 entour dudit seigneui d’Angoulesme, de mener icelui seigneur scelement et de nuvt ou chastel d’Angiers, dont il estoit cappitaine, pour mieulx estre en seureté de en faire a son plaisir près de ses parens et aliez, et en avoit aide et secours : dit, par sondit serement, n’en savoir riens et n’en avoir oy parler audit mareschal ne a. autres, ne semblablement de tout le contenu oudit xvue article.

Interrogé sur le xvme article, faisant mencion des bateaux préparez par ledit mareschal ou ses commis, tant pour empescher la Reyne d’aler en Bretaigne que pour la conduicte dudit seigneur d’Angoulesme oudit chasteau d’Angiers : dit, par sondit serment, quil nen scet riens et n’en oyt jamais parler.

Interrogé sur le xixe, xx° et xxi° articles, lesquelz lui ont esté leuz : dit qu’il n’en scet riens par oyr dire ne autrement.

Interrogé sur le xxne article, s’il scet ou a oy dire que ledit mareschal se soit vanté avoir entendement avec pluseurs parsonnes, ses parens, amys et aliez de Bretaigne et d’ailleurs; disant entre autres choses, afin de le gaigner, par teles ou semblables parolles, que ung gouverneur tel que lui, seigneur de Fronzac, gouverneur de mondit seigneur d’Angoulesme , capitaine d’Amboise et d’Angiers et de pluseurs autres places , appuyé a son advis de pluseurs seigneurs et barons ses parens et autres, bien voulu de tous les gens d’armes et cappitaines de France et autres, ses aliez, qui le serviroient pour faire de grans choses : dit que de tout ce ne scet autre chose.

Interrogé sur le xxine article, si ledit mareschal touchant les afferes dessusdites a eu aucune communicacion privée et secrete avec ledit depposant ou autres personnes a luy, Bloys, Amboyse et autres beux, et qu’il en ait tenu conseil, a part, ou autres ses adherans en son absence, ensemble si ledit mareschal avoit intelligence ou aucune faction, ou

cas qu’il mesadvenoit au Roy, avec tarons, seigneurs et autres personnes : dit qu’il n’en scet riens et n’en oyt jamais parler.

Laquelle depposicion dessus avec les interlignes et cancelleures qui ensuivent. . . ( suit la mention des mots interlignés ) a esté signée dudit seigneur de Segré depposant et de nous. — Jaques d’Espinay. Nepveu. M. de Quenechquevilic.

Donné, etc.

(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 2.)

Cette déposition fit l’objet d’un et récolernemt -n , le 16 novembre, à Amboise ( sur assignation donnée, le i3, de se rendre le i5 à Orléans). Segré confirme ses dires : il refuse de s’en rapporter à François de Pontbrianl et nie énergiquement avoir eu aucun rapport avec le maréchal, au sujet de sa déposition : si les commissaires, arrivant à Moncontour, ne l’ont interrogé que le lendemain à Rochecorbon, c’est qu’ils l’ont bien voulu et qu’ils lui ont accordé ce délai pour réfléchir. Il fit écrire, le malin, par son fils, un brouillon de sa déposition sur le premier article.

Interrogé s’il ne s’était pas vanté de n’avoir pas tout dit et d’en avoir écrit à b amiral, il répond :

Dit qu il n en a pas parlé ne fait parler, ne escript, ne fait escripre ausdit amiral et seigneur de Saint Pierre : bien dit estre souvenant que, le dimenche que les commissaires qui vindrent a Rochecorbon pour 1 interroguer passèrent environ trois heures apres disner auprès Montcontour, ledit seigneur de Saint Pierre y estoit arrivé le matin a sept heures, et avoit dit ledit seigneur de Saint Pierre a il qui deppose qu’il laiîloit bien quil dist vérité touchant la matière dessusdite, et que, en ce faisant, le Roy et la Royne et madame d’Angoulesme se contenteraient de lui et que l’on trouveroit façon que le Roy et la Royne le

pourraient remectre en meilleur estât qu’il n’avoit esté : et autre chose n’en dit.

Ce récolement fia suivi d’une confrontation entre Segré et François de

Pontbriant, celui-ci 'prétendant que Segré lui avait dit qu’à son départ de Lyon il avait laissé le roi bien malade. Segré ne croit pas avoir vu Pontbriant.

Pontbriant lui rappelle qu’ils ont dîné ensemble chez Robert Goulet à Amboise.

Segré ne croit pas que ce soit depuis son voyage à Lyon.

Tous deux déclarent s’en rapporter aux autres convives, les seigneurs de Maillé et Ploret.

A cette confrontation, Segré ajouta, quelques jours après, la déclaration suivante :

Et le lundi ensuivant, xixeW jour dudit mois de novembre, ledit seigneur de Segré est venu par devers nous, commissaires dessusdits, pour signer ses recollement et confrontation : et nous a dit avoir pensé, depuis iceulx recollement et confrontacions , sur ce que l’avyons interrogué, en le confrontant audit François de Pontbriant, et entre lui et ledit de Pontbriant y avoit aucune inimitié ou hayne, et avoir dit, lors de ladite confrontacion, ny en savoir aucune : icelui de Segré nous a ce jour dit y avoir depuis pensé et estre souvenant que, au derrenier voyage que le Roy faisoit delà les mons, lui qui parle et le seigneur de Maillé eurent aucunes parolles ensemble en devisant sur le chemin : et entre les autres ledit de Mailleu dist audit depposaut, en soy complaignant de Pierre de Pontbriant , seigneur de Mont-Real, frere audit Françoys, que icelui Mont-Real estoit tousjours a l’oreille de madite dame d’Angoulesme et lui rapportait pluseurs parolles et faisoit rapportz de devers lieux, et que monseigneur le mareschal avoit baillé ledit de Mont-Real a ladite dame. A quoy il qui parle dist a icelui seigneur de Mailleu qu’il n’estoit esbay si ledit de Mont-Real rapportait pluseurs choses a madite dame et que, au temps que icelui de Mont-Real estoit paige du seigneur de Lescun ® et que ledit de Mont-Real estoit envoyé

m Le 1 9 novembre était un mardi et non (2) Odet d’Aidie , seigneur de Lescun , alors

un lundi. comte de Comminges.

1MPRJM1

NATIONALE

par sondit maistre devers le feu roy Loys, que Dieu absoille, disoit icelui de Mont-Real audit feu roy Loys tout ce qu’il savoit de sondit maistre; et dist, il qui parle, qu’il doubte que lesdites parolles par lui, ainsi que dit est, dictes audit de Mailleu dudit Mont-Real soient venues a sa notice, pour ce que il qui parle, ayant a besoigner a ceulx de la Saincte Chapelle a Paris, touchant quelque argent et arreraiges qui leur devoit a cause de feu monseigneur de Valence, frere de lui qui parle, le trésorier de ladicte Saincte Chapelle, [étant le] frere dudit de Mont-Real, dist au doyen de Sainct MilionW, consellier en parlement a Paris, qu’il poursuivoit envers les dessusdits chanoines de la Saincte Chapelle, avoir esgard envers ledit depposant pour lesdits arrerages et qu’ilz lui voulsissent faire moderacion desdits arreraiges deuz a ladicte Saincte Chapelle; icelui trésorier, frere dudit de Mont-Real, dist audit doyen qu’il n’estoit tenu faire plaisir audit depposant pour ce qu’il avoit mal parlé de ses freres; et aussi icelui doyen le rescripvit a lui qui parle; et depuis icelui de Mont-Real s’est plaint a monseigneur de Ploret et autres, disant que il qui parle avoit mal parlé de lui, et combien que il qui parle, apres ce que dit est, se soit excusé de ce audit François de Pontbriant, frere dudit de Mont-Real, qu’il fist semblant ne lui chaloir desdites parolles, toutesfois si a cogneu il qui parle que lesdits freres ne lui ont, depuis ce que dist est, fait si bonne chere qu’ilz faisoient auparavant. Par quoy il doubte que lesdits freres aient conceu aucune hayne contre il qui parle, requérant, comme dessus, cecy estre adjoupté a sadite confrontacion. — Ainsi signé : Jacques d’Espinaï.

Donné, etc.

11 Saint-Emilion, près Bordeaux, où a subsisté jusqu’en 1789 une très ancienne collégiale.

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