DÉPOSITION DE JEAN JULIEN, AVOCAT AU PARLEMENT DE BORDEAUX
Gestion de la vicomté de Fronsac et particulièrement des pêcheries de Vîsle et de la Dronne
Du ve joui’ d’octobre, l’an i5o4, a Orléans.
Maistre Jehan Julien, docteur es droiz , natif de la ville de Martel M en Quercy, aagé de trente neuf ans ou environ, a présent advocat en la court de Parlement a Bourdeaulx (3), tesmoing produit par le procureur general du Roy en son grant conseil, oy et examiné par nous Jehan Nicolas et Pierre de Sainct André, conseilliers du Roy et commissaires en ceste partie, apres le serement par lui fait sur les sainctes evangilles de Dieu, a dit et depposé comme il s’en suit.
Et premièrement, sur le quatriesme article et contenu en son atiquete, dit qu’il ne parla jamais avecques ledit de Rohan que une foiz, six ou sept ans peut avoir, et ce fut pour les affaires de l’un des hastards de Bourbon, et luy semble que s’estoit pour les affaires de feu messire Hector de Bourbon, arcevesque de Thoulouse, par quoy ne saurait depposer du contenu esdits articles et atiquete. Bien dit que, six ou sept ans peut avoir ou environ, autrement du temps et jour a présent n’est records, il qui parle, estant audit Bourdeaulx et devisant avecques ung nommé Jehan de la Chapelle, seigneur de Sarrasinet,
(I) L’Isle se jette dans la Dordogne à Libourne, après avoir reçu la Dronne sur le territoire de Fronsac.
t*> Petite ville du Quercy, actuellement dans l’arrondissement de Gourdon.
<3> Il avait été précédemment clerc de la ville de Bordeaux. Il est cité à ce titre à des audiences du parlement du Bo octobre et 9 novembre 1498. (Archiv. nat. , V' 1 uiâ, )
commis a faire les monstres des mortes payes du duchié de Guyenne et entre autres des mortes pays deBlaye, Chasteau Trompeté et du Ha en ladicte ville de Bourdeaulx, et aussi des soixante d’icelle ville de Bourdeaulx estans soubz la charge du maire et cappitaine d’icelle ville de Bourdeaulx, icelui de la Chapelle dist a il qui parle , par pluseurs foiz , que ledit de Rohan , lors et a présent tenant la viconté de Fronsac et place forte dudit Fronsac, avoit commandé audit Sarrasinet et lui aussi expressément escript qu’il payast six, huit ou dix archiers, estans lors a la garde de la place dudit Fronsac, des deniers ordonnez a payer de par le Roy lesdites mortes paye de Blaye et de Bourdeaulx; et que, en ce faisant, ledit Sarrasinet, commissaire, donnast autant desdites mortes paye de Blaye et de Bourdeaulx, ce que ledit Sarrasinet lui afferma avoir fait; et ainsi l’a veu, il qui parle, tant que touche la diminucion desdites mortes paye audit Bourdeaulx durant ledit temps dont dessus a parlé; durant lequel temps, il qui parle se mesloit des affaires du hastard Mathieu , estant lors maire et cappitaine dudit Bourdeaulx, etveit, sur ce enquis, que cella a duré deux ou trois années, ainsi que ledit Sarrasinet lui a dit, et que, depuis, il a oy dire publicquement en ladite ville de Bourdeaulx que ainsi estoit. Bien dit que ledit Sarrasinet, en luy parlant de ladite matière, lui disoit que le feu Roy Charles, qui lors vivoit, le savoit ou vouloit bien; et est souvenant, il qui parle, ledit Sarrasinet lui monstra lors des lettres missives qu’il disoit estre signées de la main dudit de Rohan, toutesfoiz il qui parle ne saurait depposer a la vérité si s’ estoit la signature dudit de Rohan, combien que la soubzcription contenoit Pierre de Rohan, et contenoient que ledit Sarrasinet payast le nombre des mortes pave audit Fronsac, en diminuant les autres de Blaye, de Bourdeaulx, comme dit est dessus.
Dit oultre plus que parmy la viconté dudit Fronsac passent deux fleuves navigables, dont l’un se nomme l’Isle et l’autre la Drosme, lesquelles anciennement estoient liberalles et franches de toutes pescheries et nasses; neanmoins, puis que ledit de Rohan a tenu ladite viconté, ont esté faictes pluseurs pescheries et nasses esdits fleuves; et
mesmement, puis deux ou trois ans en ça, par permission, fermes et arrentemens dudit de Rohan ou de ses officiers empeschans les passaiges des navires frequentans lesdits fleuves, dont s’en ensuivent et en sont ensuyvies plusieurs nauffrages et inundacions des eauves ou giant interest, comme il dit, de la chose publicque dudit pais et retardement du traffique des marchandises; toutesfoiz, par arrest de la court de Parlement de Bourdeaulx, cognoissans lesdits interestz et dommaiges , lesdites pescheries et nasses ont esté ordonné eslre abatues et démolies, et ce a esté dit et ordonné aux derreniers arrestz prononcez audit Bourdeaulx la vigille de Nostre Dame de septembre derrenier passée.
Interrogé quel proufit et utilité ledit de Rohan avoit pour occation desdites pescheries et nasses : dit que bonnement n’en saurait respondre quel quantité. Toutesfoiz lui semble qu’il en povoit avoir de prouffit, tant en poisson que argent, deux cens livres tournois par an. Et dit que, depuis Pasques derrenierement passées , ledit de Rohan ou ses officiers avoient baillé permission de faire une nouvelle nasse ou pescherie sur lesdits fleuves a certains habitans de Coutras , qui avoient convenu lui en bailler cent ou six vingts livres tournois par an. Dit que ledit arrentement n’a point sorty son effect au moyen dudit arrest derrenier donné; et dit, sur ce enquis, que ledit de Rohan ou ses officiers et advocatz et leurs fermiers, en plaidoyant la matière audit Parlement de Bourdeaulx contre le procureur general du Roy en ladicte court et autres , allegoient privilieiges et prescription immemorialle de povoir construire et faire fere lesdites pescheries ou nasses et icelles arrenter; neanmoins ledit arrest s’en est ensuivy, comme dit est dessus. Et plus n’en scet et a signé sa depposicion. — .1. Julien.
Donné , etc.
IMPRIMERIE NATIONALE
[Orléans], 8 octobre i5oi.
DÉPOSITION DE Me ÉMERY LOPIN, LICENCIÉ EN LOIS, AVOCAT AU SIÈGE DE TOURS.
Mandé à Montcontour h) pour une affaire de M. de Segré, il dîna avec lui et M. de Saint-Pierre. Après dîner, MM. de Segré et de Saint-Pierre conférèrent ensemble : M. de Saint-Pierre ayant dit et qu’il avait averti monseigneur l’amiral de ce que savait M. de Segré et que des commissaires royaux allaient venir V interroger » , Segré écrivit à l’amiral que cet envoi était inutile, qu’il se rendrait volontiers lui-même vers le roi.
Deux heures après, arrivèrent les commissaires du roi, Richard Nepveu,. président du Parlement de Rouen, et Maur de Quenqueviïly , qui assignèrent le sire de Segré à Rochecorbon.
Pendant la guerre de Roussillon, en l’absence de Jacques Guy, capitaine du château de Tours, le château n’ était gardé que par la femme dudit Guy et ses serviteurs M.
Orléans, i5 octobre i5o4.