‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 38 sur 348 · DEPOSITION DE BERNARD DE LA ROQUE, SEIGNEUR DE ROBERVAL · texte numérisé non relu

DEPOSITION DE BERNARD DE LA ROQUE, SEIGNEUR DE ROBERVAL

sur ce qui s'est passé à Amboise.

(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 1.)

Du xixe jour d’octobre, mil cinq cens et quatre, a Orléans.

Par devant nous, Christofle de Carmonne, conseiilier du Roy et

president en la court de Parlement a Paris, Jehan Nicolay et Anthoine Du Prat, conseilliers et maistres des requestes ordinaires de l’ostel dudit seigneur, et Pierre de Sainct André, aussi conseillier dudit seigneur en son grant conseil, Bernard de la Roque, escuier, seigneur de Seuil et de Roberval h), aagé de cinquante six ans ou environ, apres le serement par lui fait sur les sainctz évangiles de Dieu de dire vérité sur ce qu’il sera par nous interrogué, a dit et depposé en la forme et maniéré que s’ensuit.

Et premièrement, interrogué si on lui a parlé de le mettre ou service de monseigneur d’Angoulesme : dit que jamais ne lui en a esté parlé par monseigneur le mareschal de Gyé, ne autre; bien dit qu’il peut avoir deux ou trois ans ou environ , et ou temps que le Roy feit son derrenier voyage en Ytalie, ledit mareschal estant ou chasteau d’Amboise, et s’en vouloit partir pour suyvre le Roy en sondit voyage, dist a lui qui parle, pour ce que Ploret estoit allé en sa maison, qu’il convenoit que lui qui parle demourast audit chasteau d’Amboise au lieu dudit Ploret et se print garde des archiers et de la personne de mondit seigneur d’Angoulesme en façon que inconvénient n’en advint; et fut lui qui parle audit chasteau d’Amboise, environ six sepmaines, et jusques au retour dudit Ploret.

Interrogué si ledit mareschal lui donna autre charge particulière : dit que non , sinon qu’il est souvenant que ledit mareschal lui dist que ung gentilhomme, serviteur dudit mareschal, nommé du Restai, qui y avoit esté en l’absence dudit Ploret , avoit couroucée madite dame d’Angoulesme , et chargea ledit mareschal lui qui parle de se gouverner gracieusement envers ladite dame et ne la mescontentast.

Interrogué s’il scet point en quoi ledit du Restai avoit courroucé ladite dame d’Angoulesme : dit que c’estoit pour ce qu’il se vouloit tousjours trouver au lever de mondit seigneur d’Angoulesme, fdz de ladite dame.

(1) Et d'Apremont, familier et serviteur son mariage avec Marguerite d’ Armagnac,

du maréchal; il venait d’être son repré- en i5o3. (Archives nationales, P. i38o‘,

sentant pour la rédaction du contrat de n° 43.)

Interrogué s’il a sceu que ledit mareschal tacliast a mettre aucuns de ses serviteurs au service de mondit seigneur d’Angoulesme et si ledit mareschal a fait prier et persuader ladicte dame de mettre aucuns de sesdits serviteurs audit service : dit que non; bien dit que, autres foiz, ladite dame avoit parlé a lui qui parle, disant quelle auroit voulentiers le Capdet, parent de lui qui parle, pour le mettre audit service dudit seigneur d’Angoulesme.

Interrogué s’il scet que ledit mareschal y en ayt voulu mettre d’autres et mesmement messire Brandelis de Champaigne et le seigneur de Segré, et a quelles fins : dit qu’il n’en oyt jamais parler audit mareschal, ne a autre.

Interrogué si ledit mareschal a eu parolles a lui qui parle ou a autre en sa presence de la maladie du Roy et s’il a oy dire audit mareschal que le Roy avoit une maladie secrete, comme de flux de sang, goûte ou autre, au moyen de laquelle il ne pourroit longuement durer et feroit la fin de sa mere, ou autres semblables parolles : dit qu’il n’en oit jamais parler oudit mareschal ne a autre en la presence dudit mareschal, et oultre n’en oyt jamais parler aux serviteurs dudit mareschal ne autre personne en la presence dudit mareschal. Bien dit que, le Roy estant derrenierement a Lyon , il vint ung commun bruit en la ville de Paris, ou lui qui parle estoit lors, que le Roy estoitfort malade et en dangier de sa personne.

Interrogué s’il a oy deviser ledit mareschal de ce que se pourroit fane de la personne de mondit seigneur d’Angoulesme, s’d mesadvenoit au Roy, que Dieu ne voulsist : dit que n’en oït jamais parler audit ma- 1 eschal , ne a ses serviteurs, et croit que si ledit mareschal en eust parlé a ung autre, qui! en eust parlé a lui qui parle.

Interrogué s’il a oy dire audit mareschal que, s’il mesadvenoit au Roy, que Dieu ne veuielle, il esperoit et entendoit avoir la principaile charge dudit seigneur d’Angoulesme et du royaume : dit que non. u

Interrogué s’d a oy dire audit mareschal que, s’il mesadvenoit au Roj, que Dieu ne veuielle, il fauldroit mener ledit seigneur d’Angou-

lesme au chasteau d’Angiers, qui est plus fort que celui d’Amboise : dit que non; bien dit que, derrenierement a Paris, quant ledit mareschal lui montra les articles qui lui avoient esté envoyés par le Roy, lesquelz Pontbriant avoit baillez, ledit mareschal, en faisant l'esponce a 1 un desdits articles faisant mencion de ce, avoit respondu avoir dit a ladite dame d’Angoulesme, quant le Roy ala derrenierement delà les nions, que si elle et mondit seigneur d’Angoulesme ne se trouvoient bien a Amboise, qu’ilz s’en pourraient aler audit chasteau d’Angiers, dont ledit mareschal estoit cappitaine comme d’Amboise.

Interrogué si, quant ledit mareschal laissa il qui parle audit chasteau d’Amboise pour l’absence dudit Ploret, et auquel chaste! il qui parle demoura six sepmaines, si ledit mareschal lui donna lors charge de mener ladite dame et le seigneur d’Angoulesme audit Angiers, s’ilz y vouloient aller : dit que non.

Interrogué, si ladite dame eust voulu aler audit Angiers et y eust voulu mener mondit seigneur son fdz, s’il les eust laissé aller: dit que non, sans ordonnance dudit mareschal; et neanmoins dit, sur ce interrogué, que ledit mareschal ne lui en avoit fait aucune ordonnance, ne aussi aucune permission.

Interrogué s’il a sceu que ledit mareschal ait ordonné faire des bateaux oudit Amboise, ou cas qu’il mesadvint au Roy, mener ledit seigneur d’Angoulesme audit Angiers, faignant que lesdits bateaux fussent pour aller aux isles près dudit Amboise : dit que jamais n’en oït parler, si n’est depuis le temps que Pontbriant a baillez lesdits articles, et dit que jamais il ne sceut que lesdits bateaux aient esté faiz a la fin dessusditz ne autrement, et que ledit mareschal en ayt quelque chose ordonné.

Interrogué si ledit mareschal a donné charge a ses gens, a Amboise, que, s’il mesadvenoit au Roy, que Dieu ne veueille, de sa personne, ledit mareschal absent dudit Amboise, ilz ne laissassent entrer oudit Amboise ou autre lieu ou serait ledit seigneur d’Angoulesme quelque personne du royaume que ce l'ust, pour ce ou autre, et fussent monseigneur ou madame de Bourbon , et ou madite d’Angoulesme le voulsit

IMPRIMERIE NATIONALE

contredire, qu’on ne le iaissast a faire pour elle : dit qu’il n’a point sceu que ledit mareschal en ait donné charge a ses gens, estans a Amboise, et afferme que quant ledit mareschal le laissa audit Amboise, qu’il ne lui en donna aucune charge ne a autre qu’il saiche. Bien dit que, si le cas fust advenu lorsque ledit mareschal l’avoit laissé audit Amboise pour l’absence dudit Ploret, qu’il n’eust laissé entrer audit Amboise quelques seigneurs que ce fussent, princes ou autres, et fussent feu monseigneur de Bourbon ne autres, avant le retour dudit mareschal. Toutesfoiz si feu monseigneur de Bourbon, madame ou autres princes, seigneurs et grans personnaiges de ce royaume fussent venuz, le cas dessusdit advenant, audit chaste! d’Amboise, les eust laissez entrer, pourveu qu’ilz n'eussent esté plus fors que la garde dudit chaste! et dudit seigneur d’Angoulesme, et, si besoingeust esté, eust logé leurs personnes audit chasteau.

Et neanmoins, sur ce interrogué comme dessus, a dit n’avoir eu dudit mareschal charge, defense ne permission de ce faire ne autre que de bien garder ledit seigneur d’Angoulesme et place.

Du lundi xxi° dudit mois, audit Orléans, par nous commissaires dessusdits.

Ledit de la Roque, ainsi que l’avons voulu interroguer, nous a dit de lui mesrnes que, depuis samedy derrenier, il a pensé en sa confession, et mesmement sur ce qu’il a dit en sadite confession que ledit mareschal 1 avoit laisse audit Amboise pour l’absence de Ploret, que estoit ou temps que ledit mareschal s’en aloit avecques le Roy ou derrenier voyage que ledit seigneur feit en Italie; et, apres, avoit parlé a ung nommé Giron qui autrefoiz l’a servy , et, sept ou huit ans a, l’a baillé au seigneur de Guyse, lequel Giron estoit audit Amboise avecques ledit seigneur de Guyse, lorsque lui qui parle demoura audit Amboise, icelui Giron lui a dit que ce n’estoit pas lorsque ledit seigneur fut en Ytalie, mais que ce fut lorsque le Roy alla a Nantes.

Interrogué pourquoi il a parlé audit Giron, attendu qu’il lui a esté défendu de ne parler a aucunes gens dudit mareschal jusques a ce qu’il lust interrogué, et mesmement que ledit Giron est serviteur dudit sei-

gneur de Guyse : dit que ledit Giron arriva en ceste ville samedy au soir, venant de Languedoc; est lui qui parle memoratif que ledit Giron estoit lors a Amboise, que lui qui parle demoura audit Amboise pour l’absence dudit Ploret; a demandé audit Giron en quel temps ce fut; lequel Giron lui a dit que ce fut oudit temps que le Roy ala a Nantes; et n’ont eu autres parolles , lui qui parle et ledit Giron , touchant ladite matière.

Interrogué s’il a sceu par ledit mareschal ou autre que ledit rnareschal ait prié ou fait prier ladite dame d’Angoulesme prendre seureté en icelui mareschal, a ce que, s’il mesadvenoit au Roy, que Dieu ne veueille, icelui mareschal, apres la mort dudit seigneur, fust le plus prouchain auprès la personne dudit seigneur d’Angoulesme, et avoit le principal gouvernement d’icele et du royaume ou autres semblables parolles, disant ledit mareschal a icelle dame qu’il estoit l’homme de France qui estoit pour mieulx la servir et qui lui povoit plus nuyre et faire uiig mauvais tour : dit qu’il ne oyt jamais parler desdites parolles audit mareschal ne autre.

Interrogué s’il a sceu que ledit mareschal ait prié ou fait prier ladite dame d’Angoulesme quelle voulsist consentir que le fdz dudit mareschal couchast avecques ledit seigneur d’Angoulesme : dit qu’il n’en oït jamais parler.

Interrogué s’il a oy dire audit mareschal qu’il avoit fait amener l’artillerie a Amboise pour se faire le plus fort apres la mort du Roy touchant le gouvernement de mondit seigneur d’Angoulesme et du royaume : dit qu’il n’en oït jamais parler; bien dit estre records que ledit mareschal avoit fait assembler et fondre a Tours et ailleurs grant quantité d’artillerie, par commandement du Roy, comme il croit; laquelle artillerie il aVoit fait mettre en ordre audit Amboise ou elle demoura par deux ou trois mois, et depuis, par oixlonnance du Roy, menée a Rlois.

Interrogué s’il a sceu par ledit mareschal ou autre que ledit mareschal estoit courroucé de ce que le Roy avoit fait mener ladite artillerie a Rloys , et que c’estoit la Royne qui lui avoit fait ceste vennie (sic) : dit qu’il n’en oït jamais parler.

Interrogué s’il a esté a Amboise, et par quantes foiz, depuis trois ou quatre ans, et s’il est allé audit Amboise expressément pour parler a ladite dame d’Angoulesme , par commandement dudit mareschal : dit qu’il n’est records avoir esté a Amboise par commandement dudit marescbal, pour parler a madite dame d’Angoulesme ne autrement. Bien dit que, depuis deux ans en ça, ledit mareschal a eu quelque procès en la court de Parlement a Paris, touchant la fille de Maillé, sa niepce; durant lequel temps lui qui parle, alant et venant a Paris, passant souvant Amboise et plusieurs foiz a fait la revereuce a madite dame d’Angoulesme, et afferme n’avoir eu parolles avecques elle touchant ladite matière; et que aussi n’en avoit il eu aucune charge dudit mareschal. Dit oultre qu’il a esté aucunes foiz audit Amboise que ledit mareschal y estoit, et allerme que ledit mareschal ne lui parla jamais desdites parolles et ne lui donna jamais charge parler de ladicte matière a ladite dame, ne ses serviteurs.

Interrogué s’il a esté présent que ladicte dame d’Angoulesme et ledit mareschal parlassent ensemble et quelles parolles ilz avoient ensemble : dit qu il a veu parler lesdits dame d’Angoulesme et mareschal ensemble, mais ne scet quelles parolles ilz avoient ensemble, parcequ’il en estoit trop loing, et aussi ne mestoit il peine a les oyr.

Interrogué s’il cognoist Jehanne de Polignac : dit qu’il la cognoist bien et na jamais parle a ladite Jehanne de Polignac de ses matières; et dit, sur ce interrogué, qu’il ne s’en veult rapporter a elle.

Interrogué s’il a oy dire audit mareschal ou sceu par autres que ledit mareschal entendoit, s’il mesadvenoit au Roy en sa personne, d’empescher que la Royne ne retournast en Bretaigne et quelle y menast madame Claude : dit, comme dessus, qu’il n’en oït jamais parler. ,

Interrogué s il a oy dire audit mareschal ou autre que, s’il mesadvenoit. au Roy, et ledit mareschal povoit et avoit auctorité, il feroit le mariage dudit seigneur dAngoulesme et de madite dame Claude : dit qu il n en oit jamais parler. Rien présumé que ledit mareschal eust mieulx aymé et désiré le mariage de madite dame Claude et de mondit

seigneur d’Angoulesme, duquel il est serviteur et parent, que de nul autre. Toutesfois n’en oït jamais parler audit mareschal.

Interrogué s’il a oy dire audit mareschal ou autre, ne sceu autrement par lettre ou par escript, que ledit mareschal dist qui! estoit bien aise de ce que madite dame Claude estoit a Loches, qui est loing de riviere, et que celui qui l’avoit en garde estoit de ses amys et que, par ce moyen, sd mesadvenoit au Roy, la Royne ne la pourvoit si facilement recouvrer quelle feroit si elle estoit a Rloys : dit, comme dessus, qu’il n’en sceut jamais riens et n’en oyt parler, et afferme quil ne sceut jamais que madite dame Claude ait este a Loches.

Interrogué s’il a sceu, par oyr dire audit mareschal ou autrement, que ledit mareschal disoit que, quant il parloit au Roy en la presence de la Royne, il parloit d’une sorte, et en l’absence de ladicte dame autre sorte : dit et respond, comme dessus, que non.

Interrogué s’il scet que ledit mareschal ait dit que la Royne estoit bien abusée et quelle cuidoit estre amée de beaucop de gens en ce royaume, mais que, quant se viendroit a 1 affaire, elle ne les trouveroit pas telz : dit qu’il n’en oït jamais parler audit mareschal ne a autre.

Interrogué s’il scet que ledit mareschal ait dit que, s il mesadvenoit au Roy, que la Royne ne feroit de Bretaigne ce quelle vouldroit et quelle avoit mescontenté beaucop de barons de Bretaigne : dit que non.

Interrogué s’il a point sceu que ledit mareschal se soit voulu fortifier en ce royaume afin que, s’il mesadvenoit au Roy , que ledit mareschal fust le plus fort, et pour y venir a ses fins touchant le gouvernement dudit seigneur d’Angoulesme et du royaume : dit qu’il n’en oyt jamais parler et n’en scet riens.

Interrogué s’il est venu en ceste ville avecques ledit mareschal, et pour quelle cause, ne s’il a pension ne bienfait de lui : dit quil est venu en ceste ville comme son serviteur et y a xxxi an qu il le sert et ne cogneut jamais homme si affecté a servir le Roy que ledit mareschal.

Interrogué, par le serement qu’il a fait, si des choses dessusdites il a communiqué avecques ledit mareschal par interposites personnes ou autrement, avant les defenses que lui feismes derrenierement ou depuis : dit qu’il ne pensoit estre interrogué. Bien dit qu’il savoit la responce que ledit, mareschal avoit faicte aux articles de Pontbriant qui avoient esté envoyez audit mareschal a Paris.

Interrogué si, depuis l’adjournement personnel fait a la personne duclit mareschal, lui qui parle a communicqué avecques icelui mareschal touchant ceste matière et si ledit mareschal lui a riens communicqué de la responce que ledit mareschal feroit, quant il seroit interrogué, et aussi de ce que il qui parle auroit a respondre s’il estoit interrogué ; dit qu’il n’en a communicqué ne fait communicquer audit mareschal ne autre.

Apres laquelle confession et depposition nous, commissaires dessusdits, avons fait faire serement sur les sainctz evangilles de Dieu audit de la Roque de ne communicquer ne fere communicquer par escript ne autrement en quelque maniéré que ce soit sa présente audit mareschal ne autre. — B. de ia Roque.

Donné, etc.

Orléans, 22 octobre i5o4.

Page 1