‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 50 sur 348 · DÉPOSITION DE JEAN DE SERMET, MAITRE D’HOTEL DU SIRE D’ALRRET · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DE JEAN DE SERMET, MAITRE D’HOTEL DU SIRE D’ALRRET

Propos attribués au maréchal.

(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° a.)

Du xvic jour de décembre, quinze cent et quatre, a Paris.

Jehan de Sermet, escuier, seigneur de Sermet, natif de la seneschaucée d’Agennoys, aagé de xxxm ans ou environ (1), apres serment par lui fait , sur lés sainctes euvangiies de Dieu , de dire vérité sur ce qu’il sera [requis] par nous, Jehan Michel (sic), conseillier et maistre des requestes ordinaires de Poste! du Roy, et Pierre de Saint André, conseiller dudit seigneur en son grant conseil, commisaires en ceste partie; a dit et depposé en la maniéré qui s’ensuit (2>.

Et, premièrement, interrogué sur le premier des interrogatoires baillez par le procureur general du Roy en sondit grant conseil , s il cognoist le seigneur d’Albret, et puis quel temps : dit qu’il le cognoist bien, parceque, huit ou neuf ans a ou environ, il a esté au service dudit seigneur d’Albret et continuellement, comme il est encore, en l’estât de maistre d’ostel.

Interrogué s’il a point cogneu le mareschal de Gyé, et s’il a seu qu’il ait esté malade a Lyon, en quel temps : dit qu’il cognoist bien ledit mareschal , et est souvenant que, au mois de mai derrenier passé a un an ou environ, ledit mareschal fut malade de quelque fievre, comme l’on disoit communément, en la ville de Lyon, ou le Roy estoit lors, lequel, il qui parle, ala veoir et visiter, de par ledit seigneur d’Albret, son maistre, tant pour lui communiquer des affaires dudit seigneur d’Albret, son maistre, que aussi pour savoir la disposicion dudit mareschal; et dit savoir enquis que semblablement ledit seigneur d’Albret alla veoir ledit mareschal, par deux ou trois foiz, durant sadicte maladie, et lui envoya ledit seigneur d’Albret son médecin, a la

0) Ajourné le 12 décembre. — (ï) Déposition confirmée par récolement du 20 décembre.

IMPRIMERIE KATIOXALE.

requeste dudit mai’eschal, pour ie [veoir] et penser; et scet bien, il qui parle , que , entre lesdits seigneur d’Albret et mareschal , y avoit grant amytié, parceque ledit seigneur d’Albret, en tous ses affaires dont il avoit besoigner envers le Roy, s’adressoit tousjours audit mareschal; dit oultre que, durant ledit temps et tantost apres que ledit mareschal fut sus bout de sadite maladie, ung jour dont n’est records, ledit seigneur d’Albret ala souper avec ledit mareschal, en ung logis ou auparavant le feu marquis de Rothelin avoit logé audit Lyon. Dit, apres ledit souper, il qui parle et plusieurs autres gentilzhommes de l’ostel dudit seigneur d’Albret s’en allèrent au logis dudit mareschal pour savoir si ledit seigneur d’Albret, et ( sic ) maistre, s’en vouldroit retourner a son logis; et, comme il qui parle entra en une salle ou se promenoient lesdits seigneurs d’Albret et mareschal devisant ensemble et seul a seul, ledit seigneur d’Albret feit signe de la teste a lui qui parle se retirer de ladite salle, ce que il feit et laissa ledit seigneur d’Albret et mareschal seulz en ladite salle, et s’eu alla, il qui parle, avecques plusieurs autres gentilzhommes, tant dudit seigneur d’Albret que du seigneur d’Orval, promener ou jouer au jardin dudit logis; or, deux heures apres environ, quelcun vint dire que ledit seigneur d’Albret se vouloit retirer; sur quoy, il qui parle, avecques quelques autres gentilzhommes dudit seigneur d’Albret se retirèrent et s’en afferent devers lui, lequel ilz trouvèrent avecques ledit mareschal descendant la veiz dudit logis; et comme ledit seigneur d’Abret fut prest pour monter sur sa mulle, icelui seigneur d’Albret dist a il qui parle qu’il lui feist souvenir ce soir la, et il lui diroit les causes pour lesquelles il lui avoit tait signe en ladite salle lorsqu d parloit, comme dit, audit mareschal. Dit que, cedit soir, ledit seigneur d’Albret, se desabillant pour s’en allei coucher, tira ii qui parle sur une fenestre de sa chambre, et lui dit ledit seigneur d Albret telles ou semblables parolles : «Monseigneur de Sermet, je trouve le fait de ceste court bien estrange; le mareschal de Gye m a dit , quant il va devers le Roy aucunes foiz estant en son hct avecques la Royne, ou ailleurs la Royne présente, ledit mareschal parle au Roy d’une sorte, et, quant la Royne est absente, il parle d’une

autre, et m’a dit ledit mareschal qu’il scet bien que la Royne ne l’ayme point, et que aussi ne faisoit il ladite damen; et, ce dit il qui parle trouvoit bien estrange cela, veu que ledit mareschal avoit lors le gouvernement et tous les affaires de court : a quoy, ledit seigneur d’Albret dist qu’il la trouvoit aussi bien estrange ; touteffoiz disoit que ledit mareschal lui avoit dit lesdites parolles. Et davantage dist ledit seigneur d’Albret, a il qui parle, que ledit mareschal lui avoit parlé de la santé du Roy, disant ledit seigneur d’Albret par teles ou semblables parolles a lui qui parle : et A ce que je puis entendre, ilz font doubte a la santé du Roy, veu qu’il est si souvant maladif i> : et que ledit mareschal avoit oultre dit audit seigneur d’Albret que, ce si le cas advenoit que le Roy en fust moins W et que la Royne s’en voulsist aller en Bretaigne, cela pourroit faire beaucop de dommaige au royaume si elle y alloit; touteffoiz ledit mareschal avoit dit audit seigneur d’Albret qu’il avoit Angiers et Amboise , dont il estoit cappitaine , et que , quant le cas adviendroit tel en la personne du Roy, que ledit mareschal garderoit bien que ladite dame ne s’en iroit pas ainsi quelle cuideroit, et que, quant le cas seroittel quelle s’en seroit allée en Bretaigne, que ledit mareschal sauroit bien le moyen quelle ne seroit pas a son aise ne a son plaisir en Bretaigne, comme elle entendoit ou cuidoitw, ou autres teles ou semblables parolles en effet et substance,

Interrogué. s’il a oy parler des choses dessusdites a autres que audit seigneur d’Albret : dit que non , et n’est souvenant , sur ce enquis , que ledit seigneur d’Albret lui en dist lors ou ait dit, depuis, plus avant, ne en autre sorte qu’il a dit et depposé cy dessus.

Interrogué s’il a point sceu, par ledit seigneur d’Albret ou autrement, a quelles fins ou propos ledit mareschal disoit audit seigneur d’Albret les choses dessusdites : dit qu’il n’en a riens sceu; et dit de soy que ledit seigneur d’Albret lui défendit bien expressément, lorsqu’il lui parla de ce que dessus est dit , de n’en dire jamais riens.

Interrogué si, lorsque ledit seigneur d’Albret lui parla que ledit mareschal gardroit bien que la Royne ne s’en yroit en Bretaigne, W Mort?

comme dit a dessus, lui parla point aussi de madame fille du Roy, dit que de ce n’en est point souvenant : et autre chose ne scet de [contenu] esdits interrogatoires que lui avons leuz et qu’il dit avoir bien entenduz en ladite matière, et lui avons fait signer sa depposition. — J. de Sermet.

Donné, etc.

Amboise, 98 janvier i5o5 (nouveau style).

DÉPOSITION DE FLORENTIN FORTIN, GARDE DES EAUX ET FORETS D’XMBOISE ET MONTRICHARD.

Propos tenus -par le maréchal sur la défense du château de Maillé.

(Trésor des chartes de Bretagne, E 192, n° i.)

Du xxviue jour de janvier, l’an mil cinq cens et quatre, en la ville d’Amboyse.

Florentin Fortin, garde ordinaire des eaues et forestz d’Amboyse et Montrichart, âgé de, quarante huit ans ou environ, a dit et atesté, certifié et pour vérité affermé par devant nous que, ung an et demy a ou environ, autrement du temps n’est souvenant, il fut envoié de par le capitaine Ploret, par plusieurs foiz, par devers monseigneur de Gyé, mareschal de France, tant a Lyon que ailleurs ou ledit seigneur estoit, porter des lectres missives que lui envoyoit ledit Ploret, son lieutenant ou chastel dudit Amboyse ; et est souvenant que , par ung voyage qu’il fist audit lieu de Lyon, par devers mondit seigneur le mareschal, apres que lui oust baillé ses lettres que lui envoyoit sondit lieutenant Ploret, icelui monseigneur le mareschal lui demanda qui estoient ceulx qui gardoient la place et chastel de Maillé; auquel seigneur ledit attestant respondit que c estoient Pregent W, Raoulle Pors, Guillaume Vignon et François Le Gay, tous archiers de sa compaignie, et le frere de monseigneur de la Broce nommé François Cocinart, Pierre Odé, Gile('2> Mareschal, Pregent de Livilion. (Voir page îoet suivantes.) — (2) Le texte porte : "dit le maréchal».

Clement Chesneau, gardes et mortes payes du chastel dudit Amboyse soubz ledit seigneur de Gyé, lesquelz estoient dedans ledit chastel de Maillé; apres lesquelles parolles dictes, ledit seigneur de Gyédist audit actestant telles parolles ou semblables : «Y sont ils en cores? » Et ledit actestant luy dist et respondit que ouy, et lors mondit seigneur le mareschal respondit audit attestant telles autres parolles ou semblables : «Je leur en scay bon gré, et ne s’en trouveroient que bien. ■» Et dit oultre ledit attestant qu’il dist a mondit seigneur le mareschal que le commissaire avoit mené plusieurs gens devant la place dudit Maillé, contre lesquelz les dessusdits, qui estoient en ladite place, avoient tenu bon, et tellement qu’ilz estoient demourez les maistres et s’en estoient retornez le commissaire et sa compaignie sans riens faire; lequel mondit seigneur le mareschal lui dist qu’il en estoit bien aise, et leur savoit très bon gré , et qu’il congnoistroit ceulx qui l’auroient bien servy en ceste affaire. Et est ce qu’il dit et atteste (1).

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