CONFRONTATION DE LA COMTESSE D’ANGOULEME ET DE M. DE SEGRÉ
(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 2.)
Du xvme jour de novembre , mil cinq cens et quatre , ou chasteau d’Amboise.
Interroguée ladicte dame s'il y a aucune innimitié entre monseigneur de Segré et elle : respond que non, et n’y scet aucune cause.
Interrogué ledict de Segré, de sa part, s’il y avoit aucune innimitié entre ladite dame et lui : dit que non, sinon que madicte dame eust quelque rancune contre lui pour rnondit seigneur le mareschal.
A quoi madicte dame a respondu quelle n’a jamais voulu et ne veult mal audit mareschal, ne audit de Segré.
Et, ce fait, avons fait lecture a madite dame, présent ledit de Segré, sur le vie des articles de l’intendit du procureur general du Roy, a laquelle depposicion, icele oye de mot a mot par madite dame, elle a persisté et persiste, disant que ce sont les propres parolles que ledit de Segré lui porta. A quoy ledit de Segre a respondu que, sauve la grâce et l’honneur de madite dame, il ne lui avoit ditlesdites parolles, mais lui avoit porté les parolles contenues en la depposicion de lui qui parle sur le premier article de sadite depposicion.
Laquelle depposicion d’iceiui de Segré a esté leue en la presence de madite dame et dudit de Segré, et ledit de Segré a persisté en sadite depposicion et madite dame en la sienne, et a dit ledit seigneur de Segré qu’il ne scet ou madite dame pourrait avoir trouvé lesdites parolles A quoy madite dame a respondu quelle n’est point trouveresse de parolles.
Et icelui de Segré a dit qu’il serait desplaisant de dire chose ou parole par quoy madite dame print indignacion contre lui.
Et madite dame dit qu’il peut dire ce que lui plaist, mais que ledit
de Segré scet bien qu’il a porté les parolles a madite dame ainsi quelle
a depposé.
Et icelui de Segré a persisté comme dessus,
Interrogué ledit seigneur de Segré si lorsqu’il aporta lesdites lettres dudit mareschal a madite dame, s’il eust autres parolles avecqu es elle, dit qu’il n’en est point souvenant, sinon que lui peust lors parler du mariage du seigneur de Guyse, du Garilhan et de la venue de monseigneur le légat et autres nouvelles de court.
Interrogué s’il parla point a madite dame du seigneur d’Orval, dit que non,
Interrogué s’il dist a madite dame que ledit seigneur d’Orval ne entoit pas le mareschal si souvent qu’il avoil acoustumé, et que la Royne mandoit souvaut ledit seigneur d’Orval pour jouer aux cartes, et que la Royne avoit gaigné ledit seigneur d’Orval ; dit qu’il n’a jamais dit lesdites parolles.
A quoy ladite dame a respondu que ledit seigneur de Segré lui a dit lesdites parolles ainsi et par la forme et maniéré quelle a depposé, en lui recollant sa première depposicion.
Et ainsi se sont départi, et leur avons fait signer ceste présente confrontacion. — Loïse, - — Jacques u’Espinav,
Donné, etc.
Château de Dreux, 3o novembre et ier décembre i5oâ. RÉCOLEMENT DU SIRE D’ALBRET.
(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 2.)
Du derrenier jour de novembre l’an mil cinq cens et quatre.
Nous, Christofle de Garmonne, conseiller et president en la court de Parlement, a Paris, Jehan Nicolay et Anthoine Du Prat, conseillieis et maistres des requestes de îostel dudit seigneur, Pierre de
Saint André, conseiller dudit seigneur en son grant, conseil, et Jehan de Selva, aussi conseillier dudit seigneur en sa court de Parlement a Thoulouse, commissaires en ceste partie, nous sommes transportez du logis du Plat d’estaing audit Dreux au chastel dudit lieu de Dreux, ou quel, en une chambre haulte dudit Dreux, nous avons trouvé hault et puissant seigneur, messire Alain, seigneur d’Albret, gisant en un lict malade; auquel avons expousé la cause de nostre venue qui estoit pour le recoller et confronter, si mestier estoit, a messire Pierre de Pmhan, seigneur de Gyé et mareschal de France. Et, ce fait, lui avons fait faire serement de dire vérité sur les sainctes evangilles de Dieu en la presence du procureur general du Roy en son grant conseil et en l’absence dudit de Rohan, qui avoit eu assignacion pour veoir faire le recollement dudit seigneur d’Albret, en la presence de [Estienne] Ghareton, maistre d’ostel dudit de Rohan, et par lui comme il disoit envoyé pour veoir jurer ledit seigneur d’Albret, et souffisamment fondé de lettres de procuracion quant a ce , l’original desquelles il a mis par devers nous, en proctestant toutesfois par ledit Gharreton de bailler ses objectz et autrement impuner la depposition dudit seigneur d’Abret en temps et lieu. Et, ce fait, avons monstre et exibé audit seigneur d’Albret sa depposition faicte par devant nous Nicolay et maistre Morre de Quenecquevilly et signée par ledit seigneur d’Albret et par nous Nicolay et ledit de Quenecquevilly et icele sadite depposition lui avons leue de mot a mot et lui avons demandé par pluseurs et ri* terées foys si s’estoit sa depposition et s’il avoit icele signée. A quoy il a respondu qu’il lui sembloit qu’il l’avoit signée. Et sur ce lui avons remonstré qu’il estoit question de son fait et que la chose estoit assez fresche pour y pouvoir respondre certainement : sur quoy iceluy seigneur d’Albret nous a dit qu’il n’y avoit pas bien pensé et qu’il avoit. esté fort tourmenté de maladie : nous a requis que lui voulsissions bailler le double de sadite depposition pour y penser, et nous a dit qu’il persistoit en ce qu’il avoit signé. Et, sur ce, nous, Nicolay, avons dit audit seigneur d’Albret qu’il povoit bien cognoistre sa main et que, davantaige, il en avoit eu ung double escript de la main de mondit
Nicolay : et ledit seigneur d’Albret nous a dit qu’il estoit vray, niais il ne savoit s’il le pourrait trouver, nous requérant de rechief le double de sadite depposition et que lui veiellons donner terme jusques au lendemain d’y penser et que pour l’heure il estoit ung peu travaillé de son mal. A quoy nous, commissaires dessusdits, lui avons fait respondre que demain nous retournerions oudit chaste! et lui apporterions sadicte depposicion , laquelle veue il pourrait cognoistre si c’estoit celle qu il avoit faicte et signée, et tantost apres partismes dudit chaste! et retournasmes en nostre logis.
ier décembre.
Et le lendemain , premier jour de décembre audit an, apres disner, est venu par devers nous en nostre logis du Plat d’estaing messire seigneur Regnauld de Saint Chamant, chevalier, seigneur de Lissac; lequel nous a dit que ledit seigneur d’Albret estoit prest quant vouldrions aler devers lui; et tantost apres nous transportasmes audit chaste!, ouquel et en icelle mesme chambre avons trouvé ledit seigneur d’Albret gisant en son lict, auquel avons de rechief monstré sadite depposicion, laquelle il a regardée, et nous a dit qu’il avoit signée icelle dite depposicion, et a tiré de sa manche une feuelle de papier quil disoit estre le double de sadite depposicion a lui baillée par nousdits Nicolay et a baille a nousdit Nicolay ledit double et a peins sadite depposicion et la tenue et veue de mot a mot durant ce que nous, Nicolay, avons leu le double par nous escript et a lui baillé. Et, ce fait, nous a ledit seigneur d’Albret dit et affermé sur le serement qu’il avoit fait quil avoit dit et depposé le contenu en sadite depposicion; laquelle il recognoissoit avoir signée de sa main et en icelle persistoit.
Api es laquelle persistance nous, commissaires dessusdits, avons interrogé ledit seigneur d’Albret s’il maintiendra le contenu en sadite depposicion en la presence dudit de Rohan. A quoy il a dit et respondu que il maintiendra le contenu en sadite depposicion en la presence dudit de Rohan et de tous autres .
Le me d Albr et, en somme, persiste dans sa déposition. Nous avons in-
diqué ci-dessus, en note de cette déposition (pages âo à 42 ), le résultat du récolement sur chaque article.
Dreux, U décembre i5o6.