DÉPOSITION DU CARDINAL GEORGES D’AMBOISE, LÉGAT DU PAPE EN FRANGE O
sur l’interrogatoire qu’il a fait subir, au commencement du procès, à Pierre de Pontbriant, par ordre direct du roi : — sur les rapports du sire d’Albret avec le maréchal : — sur son propre rôle dans les guerres que le roi, étant encore duc d’Orléans, avait cru devoir soutenir.
Du xxvie jour de février, mil cinq cens et quatre, a Paris.
Très reverent pere en Dieu, monseigneur le cardinal d’Amboise, légat en France, aagé de (sic) ans ou environ, tesmoing
produit de la partie du procureur general du Roy sur les xx°, xxie, xxne, xxiv0, xxxue, xxxme, XLie et xnve articles des salvacions par ledit procureur, baillées contre les obgectz baillez par messire Pierre de Rohan, seigneur de Gyé, mareschai de France, dit, apres avoir promis, en parolles de prélat, de dire vérité, que le Roy dist a lui qui deppouse qu’il luy envoyeroit Pierre de Pontbriant pour l’oyr et examiner sur certains articles que lui seroyent baillez. Ce que ledit deppousant fit, ensuivant ce que le Roy a voit ordonné, et sur les articles qui a ces fins luy furent baillez; mais si ledit seigneur avoit parlé par avant de ladite matière a celluy de Pontbriant, tant en sa chambre estant sur la couche que au jardin, ledit deppousant n’en scet riens.
Dit plus que, apres que icellui de Pontbriant eust depposé sur lesdils articles, par devant lui qui deppose, sa depposition fut monstrée au Roy qui ordonna, alla requeste dudit de Rohan, quelle fut monstrée par luy qui deppose audit de Rohan, ce que fut faict. Lequel, icelle veue, dist que c’estoient ses malvoillans qui avoient contourné ces parolles pour le mectre alla malegrace du Roy et de la Roy ne, et le vid plorer, mais ne lui ouyt dire les parolles contenues audit article,
Ajourné le 20 février, et assermenté le même jour devant les commissaires transportés à cet effet à son logis. 1
c’est assavoir qu’il estoit pardu, et ne scet que, par ce moyen ne par craincte desdites chouses, il se absentast de court sans dire adieu.
Sur ledit xxive article, dit que icelluy de Pontbriant avoict depposé, ainsi que dit a cy dessus, avant que aller au Roy dire qu’il maintiendroit ce que avoict dit contre ledit de Rohan, et le scet, luy qui deppose, pour ce que, au temps que icelluy de Pontbriant dit icelles parolles oudit seigneur, luy qui deppose estoit a Rouen, et, avant que y aller, avoit ouy la depposition dudit de Pombriant sur lesdits xxxne et xxxm0 articles; dit que, deppuis le mariage dudit de Rohan et de feu Marguerite d’Armignac, il a veu emsemble le seigneur d’Albret et ledit de Rohan boyre et menger, tant en son lougis que a ung soupper que fit monseigneur du Puy a Lyon; et vid aller ensemble ledit d’Albret et de Rohan aux obsèques de feu monseigneur d’Albie audit Lyon; et, avec ce, vid icellui depposant que, quant ledit d’Albret partit de court, icelluy de Rohan et luy s’entrebrasserent, ainsi que plus amplement ledit depposant se dit avoir depposé par devant nous, alla requeste dudit de Rohan, a quoy se remect.
Dit plus, sur le xli° et xliv0 desdits articles , que , pour ce que certains personnages, qui estaient autour du feu Roy Charles, derrenier décédé, en son jeune et bas eage, ne vouloyent aider ne entretenir ce que avoict esté conclud a Tours par les Estatz Generaulx de ce royaume, et ne vouloient souffrir que ceulx qui dévoient avoir le gouvernement par la conclusion desdits Etalz gouvernassent, et le Roy qu’est a présent, lors estant duc d’Orléans et plus prochain alla coronne, et plusieurs autres grans seigneurs du royaulme, du nombre desquelz esloict ledit seigneur d’Albret, se retirarent ensemble, non pour venir contre le Roy et la chose publique, ains seullement pour faire entretenir ladite conclusion d’ieeulx Estatz et pour remonstrer que on ne devoict venir au contraire; et le scet ledit deppousant, car, audit tamps, il vid et entendit le pourparler desdits seigneurs et la cause qui les mouvoict d’eulx retirer, et james ne sceut ny entendit dire que ce feust pour nuyre au Roy ny a la chose publicque, ains tant seullement pour la cause susdite. Dit plus qu’il est notoire, et chacun le scet, que, depuis que
iceulx seigneurs se feurent retirez ensemble comme dit a , aux fins que dessus, l’appointement fut fait, et tout revenus en l’estât que estoit auparavant que se retirassent, et que depuis ledit seigneur d’Albret, tant du tamps du feu Roy que de celluy qui est a présent, a esté en la court recuylli par eulx en pensions et autres biensfays desdits seigneurs. Et autre chose ne dit, sur tout enquis et examiné.
28 février i5o4 (i5o5).
DEUXIÈME DÉPOSITION DE JEAN DE SERMET, ÉCUYER 0), sur les rapports du maréchal et du sire d’Albret.
Du dernier jour de février, en lougis de nous, Christofle de Carrnonne, a Paris.
Jehan de Sermet, escuier, seigneur dudit lieu, aagé de xxxiv ans ou environ, tesmoing produict de la part du procureur general du Roy sur les xxxne, xxxuff, xxxve, xxxvi6, XLe, xtie, xuie, xLiue, xuve articles des salvacions bailléez par ledit procureur, contre messire Pierre de Rohan, seigneur de Gyé, sur les reproches par luy baillez; apres serment par luy faict, a dit et depposé, sur le xxxu0 et xxxme, que, au moys de juing mil cinq cens et troys ou environ, apres que messire Pierre de Rohan eust espousée feue madamoiselle de Nemours, et que ledit mareschal retorna a Lyon, monseigneur l’evesque du Puy (2h fit ung soupper a monseigneur le légat, ou logiz d’icelluy evesque, et se trouvarent monseigneur d’Albret, ledit de Rohan, le grand escuyer et pluseurs autres alla fete dudit soupper, et vid ledit seigneur d’Albret et de Rohan assis lun près de l’autre; le scet, luy qui deppose, parce que des lors il estoict enpres comme est maistre d’ostel dudit seigneur dAlbi’et; et acompaigna ledit seigneur d’Albret, son maistre, jusques cbaix ledit evesque du Puy, et les vid assis, comme dit a cy
Cf. ci-dessus, p. 121. — <s> Geoffroy de Pompadour, évêque du Puy de i486 à ancien e'vêque d’Angoulême et de Périgueux, président à la Chambre des comptes.
dessus, et ne scet si, durant ledit soupper, lesdits de Rohan et d’Albret eurent aulcunes parolles et deviz ensemble pour ce que, incontinant qu’ilz feurent assis, ledit depposant se retira en son logiz. Dit oultre que, le jour précédant le partement dudit seigneur d’Albret de ladite ville de Lyon, il vid entrer en la gallerie de monseigneur le légat, en laquelle il se tennoict ordinairement, mondit seigneur d’Albret et ledit de Roban. Mais si lesdits seigneurs d’Albret et de Rohan s’entrebrassarent a leur departement, dit qu’il n’en scet riens, parcequ’il n’entra en ladite gallerie.
Sur le xxxve desdits articles, dit qu’il peult avoir cinq ou six ans que ledit seigneur d’Albret, son maistre, joyt du conté de Castres, et ne scet que ledit de Rohan et le seigneur de Guyse, son filz, ayent procès contre le seigneur d’Albret pour raison dudit conté.
Sur le xxxvi0 desdits articles, dit que, environ le moys de juing et juillet derreniers passés, il se tira devers mondit seigneur d’Albret, son maistre, au lieu de Montignac (1), ou icelluy seigneur d’Albret estoict fort malade de Qevre, et vid lors venir plusieurs personnages, tant de part le Roy que de part la Royne, comme disoient lesdits personnages, des noms desquels n’est recors, lesquelz personnages disoient avoir charge desdits Roy et Royne de venir advancer ledit d’Albret pour venir en court, ce que ledit seigneur fit. Dit oultre, luy qui deppouse, que, au temps dessusdit, ledit seigneur d’Albret estant au lieu de Montrichart, malade, le Roy escripvit audit seigneur d’Albret qu’il envoyoit aucuns de ses officiers pour l’interroger sur certaines choses qui toucboient a lui et a son royaume, et qu’il depposast la vérité de ce qu’il en sauroict; le scet parcequ’il vid lesdites lettres; et n’a sceu que ledit seigneur d’Albret se soict ingéré depposer ne sollicité ceste matière contre ledit de Rohan, et croict certainement, luy que deppose, que ledit seigneur d’Albret ne le voudroict fere.
Sur le xlic article, dit qu’il n’a poinct sceu que ledit seigneur d’Albret seroict mis en armes contre le Roy et le royaume. Bien dit que,
(>) Il y avait dans ce pays une terre appelée Montignac qui appartenait à François de la Rochefoucauld.
alla jornée de Sa inet Albin, le Roy, qui a présent est, lors duc d’Orleans, estant en Bretaigne et, comme on disoict, estoit avecques luy mondit seigneur d’Albret et plusieurs autres, luy qui deppose estoict homme d’armes des ordonnances du Roy soubz la charge du feu gouverneur de Lymousin, le seigneur de Curton, et fut, luy que deppose, en ladite bataille de Saint Albin avec la compaignye dudit de Curton, et ouy dire, autrement ne le scet, que mondit seigneur d’Albret estoict avecques le Roy, qui a présent est, et autres du cousté de Bretaigne.
Et du contenu oudit article, plus n’en scet, fors qu’il a veu que ledit seigneur d’Albret et tous autres qui estoient en Bretaigne avecques le Roy, qui a présent est, ont recouvert leurs biens qui leur estoient oustés et en joyssent de présent.
Sur le xuie des articles, dit qu’il croit monseigneur d’Albret estre bon vassal, subjet et parant du Roy, et qui n’a fait, ne voudroit fere chose qui fust contre le Roy, ne le royaume.
Sur le xLine, dit qu’il croit que monseigneur d’Albret n’ayt promis chose qu’il n’aye accomplie; et plus ne scet du contenu oudit article, fors qu’il a ouy dire, ne scet a qui, que ledit de Rohan estoict de l’alience du Roy, qui est a présent, et autres qui s’estoient retirez avec ledit seigneur en Bretaigne, et que ledit de Rohan avoit trouvé moyen de se replacquer avec feu monseigneur et dame de Bourbon, qui estoient lors près dudit feu Roy Charles.
Sur le XLive desdits articles, dit qu’il en a depposé cy dessus, a quoy il se repporte; mesmement dit que, deppuis la guerre de Bretaigne, il a veu ledit seigneur d Albret joyr de toutes ses terres et seigneuries, remis en ces pencions et estatz, estre traicté par les Boys derreniers decedez et celluy qui de présent régné, et tout ainsi qu’on disoit ledit seigneur d’Albret avoir esté traicté avant le voyage de Bretaigne et jornée de sainct Albin.
Et plus n’en scet et assigné sa depposition. — G. de Sermet.
Paris, ier mars i5o4 (i5o5).