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DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE ET DU COLLÈGE DE FRANCE

Art. 52. — L’Université de Paris comprendra, en outre des Facultés et Écoles professionnelles supérieures ci-dessus désignées, deux établissements d’enseignement supérieur ne décernant pas de grades ni de diplômes, à savoir : le Muséum d’histoire naturelle et le Collège de France.

Je suis de ceux qui pensent que si ces établissements n’existaient pas, il conviendrait de les créer ; ce n’est donc pas seulement pour leur glorieuse histoire que j’en pro-

pose la conservation. C’est une belle et généreuse idée que celle de placer et d’entretenir au-dessus des établissements d’enseignement décernant des grades et astreints à des programmes, des corps scientifiques n’ayant d’autre devoir et d’autre souci que le culte désintéressé de la science. Mais pour que ces institutions portent leurs fruits, il faut que leurs membres aient unè situation dont l’importance soient enviée de tous les autres corps enseignants, de façon à ce qu’il soit toujours facile de les recruter parmi les têtes de colonne du mouvement scientifique.

Or, dans la pensée de l’homme de science, trois éléments interviennent dans l’appréciation de l’importance d’une position de professeur, à savoir: la liberté, les moyens d’action, les avantages pécuniaires. Il faut donc que le Muséum et le Collège de France soient organisés de manière à assurer à leurs professeurs ces divers avantages ; or, il suffit pour atteindre ce but de modifications trèslégères dans l’état actuel des choses.

§ 1er. — D u Muséum d’histoire naturelle.

Art. 53; — Le Muséum d’histoire naturelle est un établissement consacré aux progrès' des sciences biologiques et naturelles. Il comprend des collections, des ménageries, des laboratoires et des cours.

Comme l’indique la rédaction de l’article, les cours ne sont point ici l’objet principal ; ils sont subordonnés, dans les préoccupations des professeurs, aux soins à donner aux collections, aux recherches de laboratoire. Ce qu’on

demande aux fonctionnaires de cet établissement supérieur, c’est de faire progresser la science : la vulgarisation n’est ici que secondaire.

Art. 54. — Les collections sont administrées par des conservateurs au nombre de huit, à savoir : trois pour les galeries de zoologie (un pour les vertébrés, un pour les annelés, un pour les mollusques et zoophytes), un pour l’anthropologie, un pour la botanique, un pour la géologie, un pour la minéralogie, un pour la paléontologie.

Ges places correspondent à peu près à des fonctions qui existent actuellement ; il n’y a de simplification que pour la réunion entre les mains d’un seul conservateur de tous les vertébrés, aujourd’hui divisés en deux groupes. Cette division a eu autrefois sa raison d’être, mais aujourd’hui il serait plus utile d’instituer trois conservateurs pour les Annelés que d’en conserver deux pour les Vertébrés.

Art. 55. — Les laboratoires sont au nombre de huit, à savoir : anatomie comparée, physiologie animale, anatomie microscopique, pathologie expérimentale et comparée, physiologie végétale, physique biologique, chimie biologique, chimie appliquée à la géologie et la minéralogie.

A la tête de chacun d’eux est placé un chef de laboratoire.

Les nouveaux laboratoires dont je demande la création sont ceux d’anatomie microscopique et de pathologie comparée ; je pourrais ajouter de physique biologique, car c’est une véritable dérision que de décorer du nom de

laboratoire l’obscur taudis duquel MM. Becquerel ont su faire sortir tant de beaux travaux. Nulle part ailleurs, sauf au laboratoire de Physiologie du Collège de France, il n’y a eu plus d’écart entre les moyens d’action et les résultats.

Art. 56. — Il sera institué deux ménageries, l’une pour les vertébrés aériens, l’autre pour les animaux aquatiques et les animaux inférieurs aériens. Leur direction sera confiée à un directeur de la ménagerie.

Semblablement, les serres et collections de végétaux vivants seront sous la direction d’un directeur de culture.

La première ménagerie existe actuellement, la seconde . est à créer. A mon sens, elle est appelée à donner plus de résultats que celle des Vertébrés ; mais il faudra qu’on ne tombe pas dans une erreur qui semble être de tradition au Muséum.

En effet, on paraît s’être toujours préoccupé, au Muséum, avant toutes choses, d’attirer le public par une nombreuse exhibition d’animaux. On a cru, illusion généreuse, que la vue de ces êtres, l’étrangeté de leur aspect, la singularité de leurs moeurs, attacheraient sur eux cette curiosité qui est le ferment de la science; et l’on a évidemment espéré que parmi ces innombrables passants qui viennent jeter des pierres aux ours et rire aux grimaces des singes, il s’en trouverait quelqu’un qui s’écrierait : et moi aussi, je suis naturaliste ! Le résultat de ce système est facile à constater aujourd’hui : la France est le seul pays d’Europe où le gouvernement entretienne à ses frais des ménageries dont l’entrée soit gratuite, et la France est l’un de ceux où l’histoire des ani-

maux est le moins connue du public et oü l’histoirè naturelle en général, est le moins cultivée.

Il est grandement temps de se rendre à l’expérience, de renoncer à cette exposition permanente de cerfs, de lions, de loups, de yacks, qui encombrent sans profit pour la science notre ménagerie, et dont l’achat ou l’entretien coûtent des sommes énormes : c’est l’affaire de jardins zoologiques que ne manqueraient pas de fonder, comme à Londres, Anvers et Bruxelles, des capitaux privés, et qui, ne craignant plus la redoutable concurrence du Muséum, auraient un sort plus prospère que notre Jardin d’acclimatation. A la ménagerie du Muséum, on ne devrait trouver, Ce me semble, que des animaux rares dont l’observation détaillée peut profiter à la science, ou des animaux utilisés pour des expériences de physiologie et de pathologie, de celles particulièrement qui nécessitent l’étude de générations successives.

La seconde ménagerie, dont je demande la création, serait composée d’aquariums d’eau douce et d’eau marine, de serres chaudes et tempérées. Là, pourraient être étudiés les instincts, les modes de reproduction, les changements de forme, l’évolution embryologique de ces animaux invertébrés que nous connaissons encore si peu malgré tant de travaux.

N’oublions pas que, depuis vingt ans, les découvertes les plus importantes en zoologie (la génération alternante, les migrations des vers intestinaux, la parthénogênèse, etc.) se sont faites hors de France. Une ménagerie des animaux inférieurs, placée en plein Paris, serait une mine inépuisable pour l’anatomie et la physiologie, et il n’en coûterait guère pour l’installer et l’entretenir.

Art. 57. — Les conservateurs, chefs de labora-

toires, directeurs de ménagerie et de culture, seront logés dans l’établissement.

C’est ce qui existait autrefois. Des abus, qu’on a un peu exagérés, ont fait renoncer à cette ancienne pratique. Cela est très-fâcheux. La science a beaucoup à gagner à ce que le directeur d’un laboratoire, par exemple, soit logé au voisinage de son laboratoire. Il peut ainsi surveiller des expériences de longue durée et n’éprouve aucune perte de temps pour venir.au lieu de son travail. Il faudrait pouvoir, dans tous les établissements, loger les professeurs ; au Muséum, cela paraît indispensable. Rien de plus aisé que de faire un règlement qui évitera le retour des abus signalés.

Art. 58. — Les fonctionnaires sus-désignés auront le titre de professeurs et devront faire, dans l’année, chacun trente leçons publiques et gratuites. Ils pourront faire également des cours • privés et payants, en s’aidant des ressources de l’établissement, dans des conditions qui seront ciaprès déterminées.

Les cours faits par les professeurs porteront sur des sujets entièrement à leur choix, dans les limites, bien entendu, de leurs attributions respectives. Il est à souhaiter qu’au lieu de se jeter dans des généralités propres à attirer la foule, ils développent avec soin des sujets spéciaux, de manière à être utiles à des hommes de métier. L’enseignement ne doit plus ici s’adresser à des élèves, à proprement parler, mais à de jeunes savants déjà spécialisés.

Il n’y aurait pas la moindre raison pour refuser aux professeurs du Muséum le droit reconnu à ceux des Facultés

d’avoir des élèves payants. Ici, l’intérêt du professeur se confond avec celui de la science.

Art. 59. — Les professeurs seront nommés par le Ministre de l’instruction publique. L’ensemble des professeurs présentera un candidat; une autre présentation sera faite par tous les professeurs compétents appartenant aux Facultés, aux Écoles professionnelles supérieures et au Collège de France, professeurs dont la liste sera dressée chaque année par le Conseil de l’enseignement supérieur.

Les votes seront écrits et motivés.

Aucune condition d’éligibilité, autre que celle de citoyen français, ne leur est imposée.

C’est le mode de nomination déjà indiqué pour les autres professeurs de l’Enseignement supérieur (voyez art. 15).

Quant au dernier paragraphe, il s’explique par la nécessité de laisser ici le champ libre à des esprits puissants et originaux qui n’auraient point suivi la route habituelle, et des secours desquels l’Etat ne peut, de gaieté de cœur, se priver.

Art. 60.— Les Professeurs nomment un Directeur et deux assesseurs, dans les conditions indiquées à l’art. 8 pour la nomination des Doyens de Facultés.

Ils désignent en outre trois de leurs membres qui devront faire partie du Conseil de perfectionnement et de surveillance de l’Université de Paris.

Art. 61. — C’est ce Conseil qui, sur le rapport des professeurs compétents, détermine le nombre et les fonctions des employés inférieurs du Muséum d’histoire naturelle, les nomme et les révoque.

C’est lui qui établit les conditions pécuniaires d’inscription pour les divers cours payants, qui décide des remises de payement; en un mot, ses relations avec le Muséum sont les mêmes qu’avec les Facultés et les Écoles.

Il fait le règlement intérieur du Muséum, et juge les difficultés qui pourraient se présenter dans l’administration de cet établissement.

On voit que le Conseil des professeurs disparaît, et avec lui, le budget spécial du Muséum d’histoire naturelle. Si partisan que je sois de l’indépendance des Universités, je crois qu’il y a de graves inconvénients à donner une sorte d’omnipotence aux divers corps enseignants. Elle mène fatalement au népotisme, aux excès de pouvoir et aux dénis de justice. Les mêmes inconvénients ne sont pas à craindre d’un groupe nombreux, comme celui qui constitue une Université entière.

§ 2. — Du Collège de France.

Art. 62. ™ Le Collège de Franco est un établissement consacré à l’enseignement et au développement des découvertes et des méthodes scientifiques récentes.

Art. 63. — Les chaires n’ont pas d’appellation fixe : il n’est pas nécessaire qu’elles soient toutes remplies. Dix sont consacrées à l’enseignement des sciences proprement dites, six à l’enseignement des sciences économiques et politiques, dix à celui des sciences littéraires.

Lorsqu’une science a fait rapidement des progrès considérables, lorsqu’un homme s’est illustré par des travaux d’une importance capitale, il convient de donner une place de premier rang à cet homme et à cette science ; c’est au Collège de France à fournir cette place.

Il résulte de là que c’est une erreur capitale d’avoir au Collège de France des chaires perpétuelles, à titre fixe et devant toujours être remplies. De deux choses l’une : ou l’on voudra nommer comme professeur un homme dont les travaux correspondent exactement au titre de la chaire vacante, et l’on risque fort de n’avoir qu’une médiocrité, ou bien l’on élude le principe, et on nomme un homme distingué, mais qui se trouve fort gêné par le titre imposé à son enseignement. C’est ainsi que, sans avoir de chaire de Physiologie, le Collège de France possède deux physiologistes dont l’un, le maître illustre de la Physiologie française, est chargé du cours de médecine, l’autre d’un cours d’histoire naturelle. La vérité eut été de les nommer tous deux professeurs, en les chargeant d’enseigner ce que bon leur semblerait, sous le titre qu’ils croieraient le meilleur.

Dans la répartition des chaires en trois catégories, je fais observer qu’il me semble que la catégorie des sciences proprement dites devrait surtout être remplie par les sciences mathématiques et physiques, puisque les sciences naturelles prennent au Muséum un débouché suffisant.

Art. 64. — Lorsqu’il y aura lieu de créer une chaire ou de placer un savant, cette nécessité sera signalée au Ministre de l’instruction publique, avec désignation du candidat, par l’Académie des sciences pour la première section des professeurs, par l’Académie des sciences morales et politiques pour la 2e section, par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour la 3e section; le Ministre nommera, après avoir pris, sur l’opportunité de la mesure, l’avis du Conseil de l’enseignement supérieur.

Aucune condition d’éligibilité ne sera exigée du professeur, hormis celle de citoyen français.

Il fallait un mode nouveau de présentation, puisqu’il ne s’agit plus ici de chaires à titre fixe et où la succession soit régulière. Il m’a semblé que l’Institut (sauf l’Académie française, Où la politique prime [tout) présentait seul l’autorité suffisante pour déclarer qu’une science a besoin, grâce à ses progrès rapides, d’être représentée au Collège de France, qu’un savant mérite, par son mérite hors ligne, une situation également hors ligne et qui lui donne toute liberté. Il ne pourrait être question de l’Assemblée des professeurs, à cause de la variété des spécialités enseignantes. Comment un professeur de mathématiques ou de physique pourrait-il prononcer sur la nécessité de créer une chaire de Mongol ou de Thibétain, et réciproquement?

Art. 65. —Les professeurs du Collège de France feront par an trente leçons publiques et gratuites. Ils pourront faire des cours privés et payants, avec

des conditions d’inscription qui seront déterminées par le Conseil de perfectionnement de l’Université de Paris.

Celui-ci nommera et révoquera les employés inférieurs de l’établissement.

Art. 66. — Les Professeurs nomment un Directeur et deux assesseurs, dans les conditions déterminées en l’art. 8 pour la nomination des Doyens.

Ils désignent en outre trois de leurs membres qui devront faire partie du Conseil de perfectionnement de l’Université de Paris.

Ce sont les dispositions habituelles.

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